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 Cendrine Rovini: menaces, sensibilité et naturel violenté…
De Anne-sophie • 14 août 2007 •
Catégorie: Créer/Bâtir

Aujourd’hui, je ne résiste pas à l’envie de vous parler d’une artiste dont j’apprécie beaucoup les créations. Il s’agit de Cendrine Rovini, que j’ai “rencontrée” il y a déjà quelques mois sur la toile, et dont la sensibilité perceptible dans ses créations m’émerveille toujours autant….

Pour comprendre l’univers de Cendrine, il y a tout d’abord son blog (”Ruisselet”): du haut de son petit village de montagne, elle explique comment elle perçoit les combats pour la défense de la planète. Mais il y a aussi une bonne partie de ses oeuvres, que l’on découvre au fil du pixel, sur différents sites: celui qui expose ses créations, intitulé tout simplement Atelier de Cendrine Rovini, et où l’on découvre notamment ses magnifiques “Bijinga”, “belles femmes” en japonais, “une femme, à la fois un peu éthérée et gourmande, souvent mystérieuse et iconique“...

Bijinja la terre dévorée Bijinga sous l’arbre Bijinja aux bains

Aujourd’hui, pour vous accompagner dans son univers, nous allons nous intéresser à une nouvelle série de dessins, intitulée “Menaces”… une rencontre artistique et assez philosophique, sur le “naturel violenté”, sur l’homme et sa nature, dans tous les sens du terme… Je ne sais trop pourquoi, mais l’idéal est, je pense, d’accompagner cette lecture avec en fond la chanson “Cry me a River” interprétée par Lisa Ekdahl, sur l’album “When did you Leave Heaven? (1997) ou l’album “Heaven, Earth and Beyond (2002)” (vous pouvez l’écouter ici en même temps, sur l’enregistrement de 1997)…

Menace 1 Menace 3

Pour Cendrine, cette nouvelle série de dessins, “Menaces”, traduit ses inquiétudes écologistes. Comme elle l’explique si bien elle-même:

Ces nuages qui planent sur les têtes de ces “innocentes”, très artificielles et caricaturales fillettes, émanent du milieu naturel (baies rouges et vertes, abeilles, vulves, bientôt ours, pommes, blé, plumes…): qu’il sagisse d’un naturel presque étranger à l’humain ou d’un naturel qui fait notre corps, comme les vulves (pour moi, la vulve c’est le féminin par excellence, la puissance et la magie, la force instinctive et de reproduction, l’ombre et la terre fertile). Sans être animiste, je pense que ces éléments de nature sont animés d’une sorte d’âme et de volonté de perdurer malgré les violences que les hommes exercent. Violence, donc, contre la nature que nous portons en nous, pas seulement violence à l’encontre de notre habitat, notre planète (notre “environnement”, mot idiot s’il en est): nous tentons de nous détruire nous-mêmes, dans une sorte de preuve d’auto-détestation.”

J’ai l’impression que nous sommes inconsciemment portés par la volonté de nuire (je ne vois pas d’autre explication au fait que nos pays occidentaux savent l’ampleur du désastre à venir et déjà présent mais persistent tout de même dans cette lancée funeste - voir les dernières élections présidentielles, par exemple).

Dans les émissions de Yann-Arthus-Bertrand, on entend souvent dire “tout est lié“, eh bien c’est vrai mais pas seulement au sein de la nature sauvage : c’est vrai aussi jusque dans des endroits qui, dit-on, n’appartiennent qu’à la sphère privée. Au risque de choquer, je pense qu’il y a un rapport avec notre manque d’imagination, notre volonté de tout Unifier, de tout expliquer et justifier par la science, un rapport, en bref, avec nos dieux, avec notre Dieu jaloux, mâle, unique et se voulant unique, fondamentalement violent et martial, colonisateur et toute parole. Notre grande faiblesse est cette pauvreté, les peuples les moins violents contre leur terre sont ceux qui ont la multiplicité, de dieux ou d’esprits, de croyances et de pratiques obscures, ceux qui ne passent pas forcément par la parole, la Raison ou la Vérité.”

L’univers qui nourrit, entre autre, l’imaginaire de Cendrine? Un mouvement français allant dans le sens de la réhabilitation de l’imagination, justement.

On le trouve chez des gens comme Tobie Nathan, Mikkel Borch-Jacobsen, Annie Le Brun (”Ecologie de l’imaginaire“), Mona Chollet (article), Philippe Pignarre, en Belgique chez Isabelle Stengers, Thierry Melchior, aux Etats-Unis chez James Hillman, Starhawk… Pour le coup, la vraie pensée, la plus rigoureuse et la plus cultivée, la nouveauté et la verve, l’intellect sans sècheresse se trouvent là, chez ces gens.”

Et le vide alors, le vide de sens, la quête du sens… Où en sommes nous en fait…? La pensée, en France, aujourd’hui, est à côté de la plaque? Quelle nature pour quel sens en fait?

Je parlais du vide de notre dieu unique, (qu’on l’appelle Dieu, Jésus ou Raison, Marianne ou Science) et on est parfois attéré par le vide et l’inanité des raisonnements de pseudo-penseurs français, car qu’ils soient de gauche ou de droite, tous sont furieusement Un (athée ou confit en christianisme), tous sont terrifiés par le multiple, le déviant, le féminin, l’instinct, le sauvage et le primaire et tous ne brassent que vent, à coup de jeux de mots lacaniens ou de succession douteuse d’idées ressassées (Finkielkraut est un spécialiste). La nature ce n’est que ce qui nous entoure, c’est parfois joli, c’est indispensable mais il faut la policer, la dominer, comme nous croyons nous dominer nous-mêmes. La violence sociale faite aux femmes, l’injustice au salaire, la violence médicale sur le corps de la femme qui accouche et sur son enfant ce n’est pas autre chose et ça rejoint la violence à la vieillesse, à bas bruit, la violence à la nature.”

Et la série de dessin “Menaces”, c’est un peu tout ça…? La faute et la culpabilité de l’homme qui se retournerait, en somme, contre lui…?

Oui, pour en finir avec “Menaces”, tous ces nuages, c’est ce qui nous pend au nez, si je peux m’exprimer ainsi, c’est ce qui risque de nous tomber dessus si nous ne cessons tout de suite de nuire. Je suis d’ordinaire assez réfractaire à l’idée chrétienne de la Faute et de la culpabilité mais s’il y a un domaine où ces mots peuvent prendre un sens réel et signifiant, c’est bien celui du naturel violenté. Ça nous viendra du dedans (la psyché, le corps malade) et du dehors (les canicules et les tempêtes) et des deux (les guerres de subsistance et les grandes migrations).

Menaces, ce sont encore une fois des jeunes filles… Cendrine attend un bébé, et je crois qu’elle s’en fait beaucoup…

“Oui! Je découvre que ce sont des fillettes, dans ma série des Menaces. Et j’attends précisément une fille, je crois que je me fais du souci pour elle et que ça ressort comme ça dans cette série, qui est née pendant ma grossesse. Bien sûr j’ai de l’espoir parce qu’il existe des gens comme toi qui se battent d’une façon plus active et tangible que moi (enfin, on fait ce qu’on peut hein!…), moi je suis surtout du côté du rêve et des eaux tièdes de l’émotion mais j’espère que, si les gens laissent s’ouvrir leur capacité d’émotion justement, s’ils cessent de vouloir toujours tout analyser, certains seront sensibles à ce qui fait la vraie richesse : la vie des images en eux, le corps authentique (et non plus batti de toutes pièces par une société unificatrice), les images et l’âme dont elles viennent car tout ça c’est la chair, la fantaisie (pas DisneyLand), c’est le respect d’où nous venons et où nous allons. Bon, rêver ne m’empêche pas d’appliquer chez moi les mesures les plus essentiellement respectueuses de la nature, au niveau des déplacements, de l’hygiène personnelle et de la maison, au niveau des économies d’eau et d’aliments, bref, même si mon engagement est assez restreint pour le moment, je tente de vivre en accord avec mes idées !

Menace 2

Quand on lui demande comment elle en est venue à la création, à cette sensibilité si “naturelle”, Cendrine répond qu’elle n’était bonne à rien d’autre… Je ne la crois pas mais là aussi, explications…

Pourquoi je suis venue à la création ? Tout bonnement parce que je suis incapable d’autre chose, je suis une bonne à rien, du point de vue de la société productiviste, je n’apporte aucune richesse tactile. Mais attention, comme je ne suis pas tout esprit, j’aime tenter de vivre de ça, vendre si je peux et montrer, savoir que des gens inconnus emportent ça chez eux d’une façon ou d’une autre.

Longtemps j’ai cherché à faire comme tout le monde, j’ai enseigné l’espagnol pendant une année scolaire mais je n’avais pas la “vocation”, je croyais qu’il fallait -”gagner sa vie”-sinon-on-peut-toujours-crever, j’ai meublé le temps, puis, j’ai aimé un homme et eu mon garçonnet Léonard. J’ai écrit pour mon blog Ruisselet, tout en créant des bijoux et des sculptures d’argile, j’ai rencontré celui avec qui je vis actuellement, Triplex Nomine, de V.I.T.R.I.O.L. avec qui je sais ce qu’est aimer et être aimée vraiment et c’est lui qui, dès le début, m’a donné le courage de me rendre compte que mon travail, mon vrai travail, était celui de créer, en écrivant, en sculptant, dessinant et peignant. Mes voisins se demandent ce que je fabrique, à ne pas prendre ma voiture chaque jour, je sais que c’est un luxe, mais je tiens à les rassurer, je gagne peu, mais je gagne peu sans soucis parce que ma richesse est ailleurs. Je me contrefiche d’être propriétaire ou non, et je plains les gens qui sont capables d’élire un président de la République sur sa promesse de faire 70 % de propriétaires !

Et côté rêve, espoir, Cendrine explique qu’elle a de l’espoir tant qu’elle constate que son premier rêve n’est pas de devenir propriétaire, tant qu’elle sait qu’elle n’est pas la seule;-)Et puis plus sérieusement, si je n’avais plus d’espoir, je cesserais d’être vigilante face à ceux qui nous gouvernent, je serais triste comme les pierres, je cesserais d’écrire mes quelques articles sur Ruisselet et j’arrêterais mes “Menaces”… Et tout ce que l’on souhaite, c’est bien que Cendrine garde espoir!

Pour poursuivre dans l’univers de Cendrine, il y a aussi l’Atelier Numérique, où se retrouvent toutes les créatures de Cendrine, dont un certain Ludovic Bonnetête mais aussi un ensemble de peintures numériques ou une série intitulée “complete nonsense”. Enfin, pour ceux qui auraient envie d’acheter une de ses oeuvres, ça se passe sur la galerie Artmajeur, où l’on retrouve un grand nombre de ses créations!…

Une Réponse »

  1. Très sympathique cette petite trouvaille. Mais dis moi, tu dors quand AnnSo ?

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