Ecolo-Info
 Quelle conscience écologique pour le dernier peuple nomade d’Europe?
De Matyas • 26 août 2008 •
Catégorie: Respirer/Voyager, Réfléchir/Entreprendre

A la question : le peuple Sàmi est-il si écolo que ça ? Voilà ma réponse… selon mon expérience vécue là-bas dernièrement… De quoi compléter le regard “intuitif” du carnet de voyage par une vision “écologique” des Sàmis…

© Matyas Le Brun

Peuple indigène le plus “occidentalisé”, la communauté Sàmi à vu se développer les motoneiges en hiver, les quads en été, les maisons ont remplacé les Goahtis en hiver - et le Lavvù en été, ils utilisent la voiture…

Bref, en apparence ils semblent avoir oublié qui ils étaient. Mais c’est sans compter sur la mémoire qui coule toujours dans le sang de ce peuple fascinant, aujourd’hui en révolte pour sa dignité et la reconnaissance des peuples “indiens” et indigènes du monde (un des plus actifs sur le plan international).

© Matyas Le Brun

Les éleveurs sont ceux qui ont gardé le plus de tradition et pour le coup vivent très proches de mère Nature :

  • Beaucoup portent encore le vêtement (pour de vraies raisons liées au climat et non pour le folklore touristique),
  • Des jeunes m’ont avoués demander pardon à la Terre pour les dommages qu’ils peuvent faire (couper des troncs, tuer des animaux…)
  • La famille chez qui j’ai habité part chasser et pêcher l’été pour stocker pour l’hiver, ils suivent les rennes lors des migrations en dormant sous le Lavvù, leur maison (construite par eux-même) est dépouillée de tout matérialisme, ils n’ont pas de douche et ont des toilettes sèches. La télévision est bannie et une bonne isolation permet au petit poele à bois de chauffer toute la maison,
  • Les éleveurs de rennes ont également une connaissance intacte de la nature, ils savent déceler les signes et sont à l’écoute de leurs animaux,
  • Ils savent prédire le temps selon des calculs ancestraux,
  • Ils ont une vision poétique de la nature qui se traduit par la musique, la littérature, le cinéma…
  • Ils ont une manière d’éduquer les enfants très alternative et radicalement différente des Norvégiens, en deux mots, les enfants sont beaucoup plus libres et considérés pour la réalité de ce qu’ils sont, des êtres présents, tout comme les adultes,
  • Certains Sàmis ont une connaissance très profonde des plantes issues des traditions Chamanes, ils sont donc des guérisseurs et botanistes “modernes”,

Voila en quelques exemples une vision “écologique” des Sàmis.

© Matyas Le Brun

Dans la réalité, cela n’enlève pas le fait qu’ils utilisent du pétrole comme nous, mais l’échelle n’est pas la même : lorsque nous faisons des kilomètres pour un oui ou pour un non, eux partent sur leurs terres pêcher et chasser pour leur propre subsistance et ne consomment jamais ce qu’il y a dans les magasins.

De même, on pourrait dire que ce sont des “décroissants” car peu d’entre eux voyagent à travers le monde pour une semaine de vacances par-ci ou par-là comme nous le faisons, et la sobriété à l’intérieur des maisons n’a d’égal que les anciennes villas Japonaises…

Même leurs attitudes indiquent qu’ils n’ont rien perdu de leurs ancêtres: ils sont assis sur leur canapé comme le faisaient les anciens dans le Lavvù sur les peaux de rennes, ils passent leur temps à rire et n’ont pas peur, ni de demain, ni de la mort, et dans leurs yeux vibre la sève intense de la créativité.

© Matyas Le Brun

Les deux pieds enracinés dans le sol, une seule chose leur pose problème: leurs rennes. Leurs rennes malmenés par les blancs; par les terres - de plus en plus privatisées; par les infrastructures qui poussent comme des amanites vénéneuses sur les hauts plateaux.

Donc pour la réponse, c’est oui! Non seulement ils ont une certaine écologique de vie, qui n’est pas sans impact sur la nature certes, mais qui est sans comparaison avec la nôtre, mais en plus, ils ont une vraie sagesse de vie et un vrai respect pour leur environnement, propriété collective, qui est tout ce qu’ils possèdent.

Dans leurs veines coulent bel et bien des rivières, et dans le rire des enfants résonne le chant mélodieux de la forêt.

© Matyas Le Brun

Retrouvez d’autres articles sur mon voyage sur le blog Archi-Vert hébergé par FemininBio, partenaire financier du projet “Le peuple du Soleil”.

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Matyas est Reporter-Photographe et Vidéaste. Créateur de la rencontre ethno-écologique LePeupleDuSoleil.com, il vit avec les éleveurs de rennes Sàmis, derniers nomades d'Europe.
Envoyer un email à l'auteur | billets de Matyas

15 Réponses »

  1. Intéressant ton article Matt!Juste un petit bémol: ne pas laisser croire qu’être écolo signifie “refus du progrès technologique”… ce que j’ai eu l’impression de lire entre les lignes…? Je pense aussi que les décroissants ne sont pas des gens qu ne voyagent plus, mais qui ont choisi de voyager différemment - à côté de bien d’autres choix de vie autre que ceux liés à la question du voyage!:-) En ce sens, la manière dont tu es partie peut aussi être qualifiée de décroissante, non…?;-)

    Quoi qu’il en soit c’est super d’avoir tous ces détails sur leurs modes de vie, merci!:-)

  2. Une question “basique” me vient à la lecture de ton billet Matyas, tu écris : “Leurs rennes malmenés par les blancs”.
    Mais à voir les photos que tu joins, j’ai l’impression que les Sâmis que tu as rencontrés sont plus blancs que moi.
    Eux-mêmes, désignent-ils les autres en utilisant la couleur de la peau comme critère ou bien ont-ils une autre nomenclature ?

  3. Salut Matyas !

    Comme Anne-Sophie, je pense que le terme “décroissant” n’est pas adapté, car il fait référence à un courant vraiment très particulier, il est assez délicat à employer. Au départ, il s’agit en gros de travailler moins, pour gagner moins, et de réduire ses besoins pour conserver le même confort de vie, voire l’augmenter en ayant plus de temps à réinvestir dans les loisirs, la culture, le lien social (”plus de lien, moins de bien”). Mais on comprends cependant ce que tu veux dire.

    Autre remarque, c’est assez différent de ce que tu disais par chez moi (http://reporterre.wordpress.com/2008/07/29/les-samis-ont-une-connaissance-encore-intacte-de-la-nature/). Mais j’ai bien compris que dans un cas tu répondais à la question “sont-ils conscients des problèmes écologiques ?” et que la réponse tendait vers le “non” (je synthétise !). Alors que là tu analyses leur mode de vie disons “spontané”, avec notre vision d’occidentaux sensibilisés à l’écologie et pour qui toilettes sèches = écolos, ce qui n’est pas faux. Cependant, est-ce que eux ne le vivent pas comme un retard ?

    Et je suis très intéressée aussi par la réponse à la question d’Albert, me la suis aussi posée en te lisant.

    Bises !

    élodie

  4. Matyas tu t’es sans doute laissé emporter par ton élan ““Leurs rennes malmenés par les blancs”. Les Sames ne sont pas à priori noirs !
    les rennes sont plutôt malmenés par les habitants non éleveurs de rennes qu’ils soient
    fermiers , habitants inquiets pour leurs fleurs ou simples touristes désirant faire des photos
    ou se promenant en motoneiges
    Sinon il est difficile de connaitre le point de vue des sames : dans une même famille same
    entre un éleveur de rennes de 50 ans , le fils de 25 ans éleveur de rennes , un fils fonctionnaire et une fille insititutrice ce n’est pas forcément les 2 éleveurs de rennes qui ont la conscience la plus ecolo et il y de forteschancesd avoir 4 avis différents alors au sein d’une communauté dont le nombre est estimé entre 40 000 et 100 000 sur les 4 pays
    connaitre leur opinion cela devient magique

  5. Merci de vos commentaires pertinents, vous me donnez du grain à moudre. J’adore :D !

    Je vous réponds dans l’ordre :

    Anne-Sophie : les Sàmis ont accepté le progrès technologique, donc ils ne sont pas foncièrement écolo mais ce dont je parle est une manière de penser. Quand je dis “ils ne voyagent pas”, ce n’est pas dire : “ils se privent de voyager : ils sont donc décroissants ou écolo”, non, c’est juste une constatation ! Ils ne sont pas dans une dynamique décroissante consciemment, mais ils le sont, le vivent (contrairement à nous qui prenons le contre pied de notre société). Après plusieurs rencontres, beaucoup de Sàmis et de Norvégiens m’ont dit que les Sàmis voyageaient très peu à travers le monde. Que quand ils voyageaient c’était pour visiter de la famille. Après, je suis tout à fait d’accord avec toi, qu’il ne s’agit pas d’être “contre” (quoique cela dépend de quoi on parle, je suis contre beaucoup de chose du progrès technologique et surtout de ses utilisations…) mais de choisir d’autres solutions, notamment en terme de déplacement.

    Albert : On a souvent appelé les Sàmis “les indiens blancs” car ils ont la peau surement plus blanche que toi effectivement, on les yeux bleus et les cheveux blonds pour beaucoup d’entre eux. Quand je dis “malmené par les blancs”, c’est très général : je parle de la confrontation “Peuples indigènes / occident”. AUjourd’hui la dichotomie n’est bien sur plus aussi forte qu’au temps de la colonisation mais le fait de dire “blanc” nous rappelle que c’est la société occidentale chrétienne qui est parti coloniser et asservir ces peuples. Un exemple intéressant : dans un film (Dernier Joïk dans la forêt), les Sàmis éleveurs de rennes font face à la déforestation massive en Finlande. Les réserves de Lichen, alimentation principale des rennes, sont en effet dans les forêts (arbre à Lichen) ce qui cause de grave problème. Greenpeace vient aider les éleveurs en posant un camp dans une forêt pour militer contre la déforestation. Ils sont troublés, ainsi que les Sàmis, par des bucherons violents qui militent, eux, pour leur travail et le maintien de la coupe des arbres.
    Ce qui est intéressant c’est que :
    -les bucherons peuvent très bien être des Sàmis,
    -les sociétés de coupe sont des sociétés productivistes occidentales
    -les Sàmis font face au recul et à l’attaque vicieuse de leur culture de la part d’une société pour qui la nature est un supermarché géant.
    J’ai également rencontré un Sàmi qui fait de la recherche et met en parallèle les faits de l’histoire (la colonisation et l’expropriation culturelle des Sàmis) avec la réalité d’aujourd’hui : il tente ainsi de démontrer que nous sommes toujours envers les Sàmis dans un processus de colonisation pernicieuse.
    Bref, sous le terme “blanc” je fais référence à la différence de vision du monde et d’état d’esprit entre les peuples indigènes et les sociétés industrialisés et la confrontation qui existe encore. Dans l’article que je viens de finir pour le prochain “Nouveau Consommateur”, je me suis moi-même décris comme un petit blanc, c’est une manière de faire comprendre certaine chose. Nous pourrions en discuter plus longuement de visu si tu veux !

    Elodie : Pour le terme “décroissant”, je devrais peut-être employer quelque chose d’autre mais une de mes définitions ici serait : vivre en consommant moins, mieux, sain, utile. Et dans ce cas les Sàmis rentre dans la case (A les mots…). Quand tu dis “garder le même confort de vie”, cela m’interpelle. Nous sommes-nous tant que ça rendu dépendant de notre “confort” ? Comme le dit Emilie Barrucand : “quand nous sommes dans le confort mental nous n’avons pas besoin de confort matériel”…Les Sàmis se rapprocherait de cet état d’esprit pour ce que j’ai expérimenté avec eux. Par ailleurs je crois que nous cherchons à “résoudre le problème” en comblant nos manques dans notre vie alors que peut-être la vrai question est : quelle est notre place sur cette Terre ? DU coup on a moins besoin de matériel peut-être ? Les Sàmis connaissent leur place, “qui est la leur”, comme dit Jéromine Pasteur et ne cherche pas à gagner plus ou moins qu’un quelconque modèle idéal.
    Je ne comprends pas vraiment ta remarque sur la différence entre ce que j’ai écris dans ton interview et ce que j’écris ici….Ils ne sont pas forcément conscience des problèmes écologiques oui, mais VIVENT dans une certaine écologie. C’est ce que j’ai dis sur Reporterre. En effet, je pense qu’ils ne cherchent pas à atteindre une “perfection” écologique puisqu’autour d’eux la nature semble se porter bien et l’histoire qu’ils ont vécu leur font surement penser qu’ils ont droit à ce progrès, ce qui est légitime. Pour moi ils ne sont pas informés sur ces sujets. Par contre, ce que je fais ici c’est Mon constat sur leur façon de vivre. Si j’ouvre mon regard sur eux et que je compare avec notre mode de vie, leur impact sur l’environnement est moindre. Disons même qu’il n’a rien à voir puisque leur lien à la Terre est fusionnel.
    Le vivent-ils comme un retard, je te le dirais dans un an après le voyage d’hiver ! Ce que j’ai perçu, c’est simplement que c’est “comme ça” et qu’ils ne pensent pas à ce qu’ils pourraient avoir de mieux. Leur maison était, avec son unique poele pour chauffage, ses murs en bois et ses toilettes sèches, d’un confort exceptionnel crois-moi….mais simplisme. Comme l’était le Lavvù ou le Goahti ! Et puis, ils voient aussi l’évolution qu’ils ont subi, en sont conscient. Se rendent bien compte qu’ils ont de la chance par rapport aux anciens, de pouvoir aller pêcher en Quad et de regrouper les rennes en motoneige. ET puis il ne manque pas de moyen financiers, ils pourraient très bien avoir plus que ce qu’ils ont, c’est ça qui est encore plus troublant ! AI-je éclairé ta remarque ?

    Skum : Merci pour tes remarques “vécu” et tes précisions sur mes textes pour lesquelles je “m’emporte” dis-tu ! Concernant les “blancs” j’ai répondu à Albert un peu plus haut sur ce sujet : ce n’est pas une question de couleur c’est une question de confrontation entre 2 cultures / vision du monde.
    Effectivement, j’ai été pris en stop par une dame me disant être dérangé par les rennes qui broutaient ses fleurs….C’est un problème sans fin et c’est la confrontation qui moi m’attriste profondément entre : incompréhension des occidentaux qui ont comme valeur “le bien” et la propriété privé, et les peuples indigènes, qui font ce qu’on leur a toujours appris au sein d’une propriété collective des territoires et qui se retrouve mis en cause pour ce qu’ils sont…Quelle est la solution ? Le respect. Or il me semble que nous leur portons moins de respect par nos actions destructrices qu’ils nous en portent (Cf : le mot guerre n’existe pas en Sàmi).
    Quand à ta dernière remarque, cela dépend effectivement des intérêts de chacun…et je comprends ton “ironie” quand tu dis que c’est magique et peut-être facile de donner une opinion aussi tranché que la mienne. Ne crois-tu pas qu’il est question de différence d’expérience pour chacun des membres d’une famille Sàmi ? Ne penses-tu pas que les Sàmis soient encore au fond d’eux-même conscient des dangers qu’encourent leur culture ? Le lien qu’ils tentent d’unir entre tous les peuples indigènes, aborigènes, natifs, indiens du monde n’est pas une preuve que les Sàmis se sentent reliés à la Terre et à sa protection et qu’ils aient envie de le partager ?
    Lorsque j’ai travaillé sur le Festival c’est ce que j’ai compris.
    Donc effectivement, l’opinion de chacun des membres est peut-être différente mais l’esprit d’un peuple ne se tarit pas en seulement quelque générations : si certains sont attiré par l’argent, ils conservent en eux la pensée de leurs ancêtres, quoiqu’il puisse y faire, j’en suis persuadé car je le vis également ! C’est au nom de cela puis de mes discussions, rencontres et témoignages que je me permet d’avoir un recul tel que celui-là.

    Dis moi, toi ce que tu penses de cela.

  6. qu’est ce que ça veut dire “être écolo ” ? la question avait soulevé un début de réponse dans ton billet ici http://ecoloinfo.com/2008/07/17/le-riddu-riddu-festival-une-petite-tempete-pour-commencer/

    et en fait j’ai envie de dire que la question ne m’interesse pas finalement.
    désigner quelques actes ou personnes comme plus ou moins écolos par rapport à tel ou tel … cela me dérange même, c’est créer un jugement de valeur par rapport à des données quantitatives extèrieures, qui juge ? qui sommes nous pour juger ? qui sommes nous pour créer une catégorie écolo, pas écolo, ça me fait penser à bon en classe, mauvais en classe … et on reproduit du coup l’internelle vision occidentale basée sur la comparaison et la recherche de l’idéal.

    je voudrais que chacun puisse parler de cohérence et de sa recherche propre face à la cohérence entre actes, pensées, besoins réels.

    La décroissance est un bien grand mot pour étiqueter encore, et encore, et si nous sortions des étiquettes ? et si la vie était ailleurs que dans les étiquettes ?
    je cite Patrick Baronnet de la maison autonome http://www.heol2.org qui dit à peu près cela :
    “je ne suis pas décroissant (leur mode de vie est à l’éolienne, panneaux solaires, récup eau de pluie, toilettes sèches …) je suis même pour la croissance ! ” … gros silence … ” oui je suis pour la croissance de l’intelligence aux services de nos besoins profonds, la croissance de la conscience, la croissance de la cohérence”

    J’ai le sentiment qu’en créant des catégories croissant, décroissant, écolo, pas écolo, blancs, indigènes … etc on continue de perdurer l’erreur fatale de cloisonner les uns et les autres voire de les mettre à dos !
    nous sommes tous semblables et plus ou moins complexement incohérents. il est urgent de nous occuper de notre assiette en nous nourrissant d’expèrience d’autres cultures. il est urgent de nous changer. jusqu’à notre manière de séparer les choses, les êtres vivants.

    attention de ne pas tomber uniquement dans des débats d’idées ( stériles ? ) accés sur la meilleure définition de l’écolo parfait. déplaçons le débat par des actes. les français sont champions en paroles ( et moi la première …je suis consciente du chemin )
    attention aux mots.

    bon je me sens un peu radicale là, ça me change de d’habitude mais je crois qu’au fond c’est ce que je pense vraiment. tant pis si ça plaît pas.

  7. Merci Sel pour ton commentaire:-) Tu n’as pas tort, surtout que tous ceux qui se qualifient d’écolos” (moi la première) ne sont pas cohérents!….. C’est un peu comme les frites Mc Cain parfois même… LOL Beaucoup sont “écolos” sans le savoir avec un haut degré de cohérence.. pour d’autres c’est l’inverse…

    Je pense néanmoins que Mattyas cherchait surtout à mesurer une sorte de conscience… et en effet dans ses propos c’est la question de la cohérence qui ressort… Je crois qu’il s’agit surtout du degré de connexion à la nature et à la terre, le “lien sacré” que beaucoup perdent dans les sociétés développées, dont il parle, plus exactement… (Matt?)

    Après par contre, les actes comptent certes, mais ce que l’on entend actuellement par “actes” en France c’est “conso verte” surtout… et en ce sens, on manque cruellement de hauteur par rapport à d’autres pays qui ont su, à un moment, réfléchir… sur les logiques de fonds, et utiliser les mots justement, pour qualifier et justfier… tu ne trouves pas?

  8. Bon Matyas ne prendra j’espère pas les choses personnellement, (2ème accord toltèque) parce que j’aprécie particulièrement ses billets, ses questions entières, son entousiasme pour le beau le vrai.
    et ce billet-là est tout aussi bien écrit que les autres.

    ce que je voulais surtout mettre en valeur c’est que notre culture occidentale dualiste manichéenne bien-mal nous empêche de gouter pleinement à l’expérience de la vie. Je me dis qu’à force d’essayer de trop voir une chose, ou de trop la comprendre intellectuellement on en oublie de ressentir tout le reste.
    La pensée essaye de fixer la réalité qui de toute façon nous échappe car multifactorielle et beaucoup plus complexe que ce qu’on arrive à en percevoir. Le cerveau reçoit des milliards d’informations à la seconde de la réalité, mais nous en reçevons consciemment que quelques … Les Same sont peut-être dans une autre vision de la vie, parce que dans une autre vibration de celle-ci.

    Oui le rapport à la terre est à renouer, nous vivons déconnecter de nos actes, parce que nous n’en voyons jamais les conséquences directes, d’où une plus grande difficulté à la cohérence !!!!
    Notre terre est notre corps, nous vivons déconnecté de notre terre comme il en est de notre propre corps physique parce que notre mental (menteur ?) veut canaliser l’expérience de la vie et conformer la réalité à l’échelle de ce qu’il croit pouvoir vivre. bon je pourrais parler des heures là. je sens que c’est important pour moi ce que je dis. j’ai l’impression de passer du micro au macro, c’est de la physique quantique ! mais tout est lié.

    en tout cas il me semble important de poser la question de comment vivre avec nos différentes perceptions de la vie, et de ce que l’on veut en faire. comment vivre ensemble riche de nos différences ?
    bon je m’écarte du sujet-là ?

    c’est passionant ce sur quoi tu nous fait débattre Matyas. merci.

    Anne Sophie, quand tu parles des actes : en France, on a tendance à attendre que notre gouvernement se réveille de l’urgence, mais il est certainement bien moins conscient que l’Allemagne ou autre, parce que notre gouvernement est très occupé par son image, tu comprends nous c’est la FRANCE ! avec la saccro sainte arrogance française … bon ça ce n’est que ma vision du truc.
    donc l’initative individuelle est d’autant plus importante !

    allez à +

  9. d’ailleurs entre la richesse des propos ci-dessus de vous tous, et ce que j’en retiens et ressort, je sais comme mes perceptions et mes propos restent incomplets, partials. je voudrais parler à chaque point énoncé à chaque personne de ci ou de ça … mais finalement …

    pleins de tiroirs différents ont été ouverts, c’est là pour moi l’essentiel.
    continuons de partager nos diverses perceptions de la réalité …

    bon vous me suivez ?
    j’ai l’impression de …

  10. Mais qui est sel ?
    j’aime bien ce que tu dis !
    notamment sur les étiquettes, sur l’importance du ressenti, de l’émotion et la recherche de cohérence.

    Merci Matyas pour ta réponse.
    oui, je comprends mieux ce que tu veux dire. Mais effectivement, je rejoins sel sur cette (facheuse ?) habitude que nous avons a sectoriser; à mettre les uns et les autres (et nous même…) dans une case.
    bien sûr, nous pouvons repérer de grandes tendances, mais j’ai appris à me méfier des généralités.
    Quant à reparler de tout cela de vive voix, c’est avec plaisir ! à bientôt en septembre ? ;-)

  11. Whaou, qu’est ce que ça suscite comme discussion !
    Merci ! C’est vivant et vibrant. Ton ressenti est très beau Sel merci de tes commentaires, j’y adhère complètement à cette vision. (tu devrais applyer pour rédiger sur écolo-info !:D).
    Je ne vais pas reprendre tout ce qui s’est dit, c’est là. Pour revenir aux Sàmis et à mon projet : mon objectif est ce qui fait débat ici, car oui, je suis d’accord avec vous que les mots peuvent enfermer, que les généralités peuvent fausser la route. La notion judéo-chrétienne de bien et mal dont tu parles Sel, je suis en accord total avec toi….Et pourtant….
    Et pourtant dans les faits, la manière de penser occidental a déjà pourri des peuples indigènes vivant “sur d’autres vibrations” comme dit Sel, et le problème c’est que le mode de penser occidental continu de manière implicite et explicite à brouiller les pistes, à changer de visage, à se servir sans demander, à détruire sans penser à demain….tout ça pour : l’argent !? Parceque oui, il faut bien vivre, défendre son bout de terrain, montrer les dents si l’on convoite nos biens. L’objectif de mon projet est donc là : plus que vouloir aider les Sàmis, c’est de montrer ce que le mode de penser économique fait encore aujourd’hui, pour que nous tirions enfin les leçons de nos erreurs et surtout laisser libre champs aux Sàmis pour s’exprimer. Je ne sais pas si je vais y arriver, si un quelconque message va passer, mais je crois comme le dit Jéromine Pasteur, que “le regard d”un homme vivant de manière ancestrale bouleverse celui qui le croise”…Et ces regards là j’en ai croisé et je ne peux pas rester indifférent.
    Donc, peut-être que je mets les Sàmis dans mes boites mais la dichotomie indigène / occident est là et nous devons la regarder en face pour changer aussi, c’est ce que nous demande les peuples indigènes et tous ceux qui portent leurs messages : quand, enfin, allez-vous changer ? “Quand le dernier poisson sera empoisoné ? la dernière rivière polluée et le dernier arbre coupé ? Alors vous vous rendrez compte que l’argent ne se mange pas.” (Seattle) Mais nous refusons obstinément car la manipulation dont nous sommes de pleine gré victime nous clou dans un quotidien loin de toute créativité qui pourrait nous permettre de réinventer une vie plus en accord avec nous même. Car oui nous sommes 20% selon l’étude des créatifs culturels à vouloir changer et les choses restent scotché au niveau décisionnaire par nos dirigeants qui votent que oui ou non.

    Ce rapport avec Les indigènes existent pour que nous réfléchissions. Le fait de ne pas accepter cette dichotomie de mots blanc/noirs, est-ce aussi parceque nous refusons de croire que nous pouvons faire du mal ? Si nous avions réellement conscience du désordre que nous causons, alors nous arrêterions peut-être. Voulons nous le voir ? Je suis d’accord avec toi Sel, nous devons faire notre chemin intérieur, et loin de moi l’envie d’apitoyer les gens sur le sort des Sàmis ou de nous culpabiliser, cela est stérile en effet. J’ai juste un réel problème avec le fonctionnement du système occidental économique et des dérives qu’il entraîne. Et profiter d’un système qui me dépasse et que je n’accepte pas me fait me tourner la tête et vouloir montrer ce qui se passe ailleurs, ou le vivant est plus respecté, moins chosifié, me parait être une bonne occupation (LOL).

    Un bon exemple : la plupart des Sàmis habitent en Norvège, qui a voté non à l’Europe. J’ai un jour demandé à un jeune pourquoi il a voté non, il m’a dit “je ne pourrais plus chasser comme avant si l’on rentre dans l’Europe”. Leur vision de l’Europe et de ses lois non adapté à leur vie représente en quelque sorte cette Europe économique occidentale galopante et uniformisante qui tend à vouloir tout contrôler et transformer l’homme en machine.

    Sommes-nous à un point ou nous avons besoin de lois et de dictats car nous ne respectons plus rien et ne pouvons plus connaître la conséquence de nos actions ? Il y a peu, le monde n’avait pas de frontière, les gens existaient sans avoir de papiers, pourquoi aujourd’hui nous nous perdons dans tout ces “problèmes à résoudre” que nous nous imposons ? La vie n’est-elle pas d’abord un “mystère à vivre” ? (Gandhi).

    (pfiou, je pensais pas écrire autant, je vais me coucher maintenant..:D)

  12. “la plupart des Sàmis habitent en Norvège, qui a voté non à l’Europe. ” : mais ils subissent tout de même les contraintes car par exemple pour l’abattage des rennes ils ne peuvent plus le faire dans les “villages d’été” pour des raisons d’hygiène édictées par l’union européenne !!!
    et une autre raison semble avoir été la fin des subventions ( par exemple pour les clotures ) du gouvernement norvégien
    En fait rien n ‘est simple

  13. dis moi si je me trompe Matyas
    dans ce que je lis de te ce que tu as écris je retiens la question : “quand allons nous changer ?” c’est à dire nous les occidentaux. évidemment que nous sommes occidentaux mais nous sommes aussi indigènes quelques fois dans le sens premier du mot indigène = originaire du pays où l’on vit.

    et j’en reviens à la question ” quand nous les occidentaux allons nous changer ?” mais c’est moi, c’est toi, c’est Anne Sophie et Albert les occidentaux … “the revolution starts by One” Jill Scott le chante si bien.

    J’ai rencontré un gars Eric qui avait installé des toilettes sèches dans son immeuble à Angers, il s’était arrangé avait trouvé un morceau de placard pour y mettre son saut et sciure, toute les semaines il vidait son saut dans un sac pour l’emmener en vélo à un agriculteur !!!

    installons des toilettes sèches dans chacun de nos foyer ! là commmence le changement.
    J’ai été bouleversé de rencontrer les gens qui marchent leur paroles. ceux qui agissent m’ont transformée d’avantage que ceux qui parlent.

    Matyas as-tu vu le dvd de Christine Della-Maggiore sur les ayoero (j’ai ptetre fait une faute ?)
    dans ce reportage y est très bien mis en valeur comme notre culture occidentale (culture mentale) impose sa vision du monde sans aucune considération de manière alternative de voir la vie. et c’est là je trouve le plus étonnant, comment en sommes nous arriver à vouloir alliener toutes alternatives qui soit ?

    pour ça je trouve qu’il faut en revenir à son propre fonctionnement et voir comment aujourd’hui encore même au sein des plus écolo c’est la guerre des idées qui reignent. avec l’envie que tout le monde pense comme soi pour aller là où l’on pense que c’est le plus juste. je crois que changer c’est aussi arrêter de vouloir changer les autres, mais de se concentrer à faire vivre à travers soi ce que l’on a envie de vivre. le changement ne viendra jamais d’en “haut” à notre échelle ( nous ne sommes pas décisionnaires)
    “the revolution starts by one” …

    allez rencontrer la famille Baronnet http://www.heol2.org ils vivent ce dont ils ont rêvé.
    allons rencontrer les Same, ils vivent ce qui est juste pour eux. encourageaons nous dans nos exigences de cohérences respectives. encourageons les Same à être conscient de leur richesse, de leur sagesse à perdurer.

  14. [...] débat sur le degré d’écolo-attitude (pour un récent aperçu de ce genre de débat, cf. les commentaires suivant cet article de Mattyas la semaine dernière) des uns et des autres, mais simplement vous interroger sur votre ressenti actuel… Car pour [...]

  15. [...] va falloir que je m’y fasse à cette question“. Je vous ramène à la discussion que l’on a eu il y a peu sur ma tentation de qualifier les Sàmis avec des mots de notre jargon [...]

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