Ecolo-Info
 “Les problèmes sont globaux et les solutions sont locales”, Kofi Annan
De Shabnam • 12 novembre 2008 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

Qu’est-ce qui cloche avec la communication des hommes politiques français autour du développement durable? On parle trop des problèmes sans mettre en avant les solutions et montrer l’exemple, et les chargés de comm’ n’ont pas la fibre DD: un petit exemple à l’appui…

Le Lundi 27 octobre 2008, j’étais invitée à la Conférence de Presse EUROCITIES des Maires sur le changement climatique. EUROCITIES est un réseau fondé en 1986 par les maires de Barcelone, Birmingham, Francfort, Lyon, Milan et Rotterdam. Aujourd’hui 130 villes situées dans une trentaine d’états européens y participent.

L’objectif de ce réseau est de permettre aux grandes métropoles de partager leurs connaissances, leurs expériences, leurs pratiques et leurs projets, mais aussi de défendre les intérêts des grandes métropoles auprès des institutions européennes, par exemple.

Mais pourquoi cette conférence sur le changement climatique?

Il s’agissait d’adopter une déclaration (pdf) pour marquer l’engagement des grandes métropoles dans la lutte contre le changement climatique. En effet, 75 à 80% des émissions de gaz à effet de serre (hors industrie) se concentrent dans les grandes villes!

Les villes sont donc des acteurs incontournables et j’étais très heureuse d’entendre plusieurs exemples qui témoignent de ce partage de bonnes pratiques entre les grandes métropoles:

- à Amsterdam, à partir de 2015, les permis de construire ne seront délivrés qu’aux maisons à énergie positive.

- 40% des déplacements maison-bureau à Copenhague s’effectuent en vélo (ce chiffre n’inclut ni le taux de personnes qui se rendent au bureau à pied ni en transport public!).

C’est ainsi que la déclaration vise à appuyer les politiques de mobilité urbaine, d’urbanisme et d’habitat, de développement économique, la gestion des déchets, la production d’énergie, etc…

Mais on se demande tous si une déclaration peut aider…car elle n’est pas contraignante…elle n’engage que moralement ses signataires. Elle a tout de même le mérite de mettre clairement sur papier les idées et les volontés à un moment donné. On ne pourra jamais regretter qu’on ait adopté la déclaration universelle des droits de l’homme, bien qu’elle soit bafouée encore et encore.

On peut regretter que ces villes n’aient pas été plus courageuses, à l’instar des villes américaines. Ces dernières ont rejeté la politique de Bush et son refus de Kyoto. Elles se sont mobilisées pour réduire leurs émissions de CO2 en signant le 20 février 2007 un accord et non une déclaration. Même si dans la réalité, le respect de l’un est aussi difficile à imposer que l’autre, le choix du mot est porteur de sens: un accord (pdf) a beaucoup plus de poids et de sérieux qu’une simple déclaration. De plus, cet accord a donné lieu au Mayors Climate Protection Center qui met en avant les meilleures pratiques et les idées à propager!

Ce qui est surtout regrettable à cet évènement à Lyon, c’est l’évènement en lui même (ça y est je ne vais plus jamais être invitée à une conférence de presse…).

Les pouvoirs publics ne montrent pas l’exemple.

Je ne comprends toujours pas comment on peut organiser des conférences en France en distribuant des dossiers de présentation sur papier glacé chloré imprimé uniquement sur le recto (ça ne se fait plus aux USA, au Royaume-Uni, dans les pays nordiques, etc…). Ma première impression est que je suis face à des personnes qui parlent sans savoir de quoi elles parlent, puisqu’elles n’ont pas assimilées le plus simple des gestes…

On m’assure que ce sont des LEDs, mais j’espère tout de même qu’ils les éteignent quand les salles ne sont pas utilisées…

Les conférences s’organisent toujours autour de “noms” et de personnalités. On invite un secrétaire d’Etat qui prononce un discours qu’il a ressorti de ses fonds de tiroirs à propos du changement climatique, de la France, de la France et, ah oui, j’ai oublié de dire, de la France et ses territoires ruraux. Or, dans la salle il y a des maires et maires-adjoints de je-ne-sais-combien-de-villes européennes qui sont venus exprès pour cette conférence. Ce nombrilisme français faisait honte. Et surtout, le choix d’inviter à parler des personnes qui ne sont pas les experts, qui ne peuvent que rester dans des considérations très superficielles, est très regrettable…

Heureusement qu’il y a les autres: le point le plus intéressant de la journée fut la table ronde où plusieurs représentants de villes européennes ont partagé leurs expériences locales et concrètes :

  • Fuel poverty initiative à Dublin (combattre la flambée du prix du fuel en isolant les habitations)
  • Le maire de Parkstadr-Limburg nous a expliquer plusieurs choses, mais j’ai surtout retenu sa blague qui n’en était pas une: “the banks are not safe, invest in sustainable projets!)
  • Etc., etc.

C’était un vrai laboratoire d’idées qui aurait dû être au centre de la journée avec des documents à l’appui. En effet, le changement climatique est un sujet si abstrait que ce n’est qu’en donnant des cas concrets de ce qui est fait et ce qui peut être fait. Ce n’est pas en endormant un public en répétant les mêmes discours que l’on entend partout, mais en expliquant ce qui se fait et ce qui peut être fait.

C’est le Maire de Parkstradt-Limburg qui dira we need to formulate small solutions for the big problems, to give the mental energy to people to act(il faut formuler les petites solutions pour d’importants problèmes, afin de donner l’énergie mentale aux personnes pour qu’elles agissent).

Je suis tout à fait d’accord avec lui…

Au final…

Avis aux hommes et femmes politiques français: si vous voulez que le message politique sur des dossiers techniques comme celui du changement climatique - donnez des exemples concrets et impliquez vos chargés de développement durables. Les organisateurs de la conférence de Lyon auraient dû inviter un lyonnais à la tête d’un projet passionnant et innovateur dans ce domaine pour partager un cas concret. Alors que ce n’est pas le choix de projets porteurs d’idées qui manque à Lyon , le département des relations internationales a préféré organiser un tel évènement sans se référer aux vrais acteurs du Grand Lyon sur ces sujets.

C’est très dommage, car nous serions rentrés inspirés et avec une envie de partager ces bonnes pratiques. Au lieu de cela, on nous donne une déclaration, certes pleine de bonnes intentions, mais nous sommes à une époque qui requiert du concret pour montrer qu’on peut faire bouger les choses, qu’on peut changer les choses.

Heureusement que je faisais parti d’un groupe qui a pu constater ce qui est fait sur le terrain à Lyon:

  • En visitant le projet Lyon Confluence de constructions Haute Qualité Environnementale (dont un projet d’immeuble à énergie passive qui sera réalisé par l’architecte Hermann Kaufmann (lauréat 2007 du premier prix d’architecture durable));
  • En constatant des gestes simples tels que le ramassage des feuilles dans de gros sacs en papier brun réutilisables au lieu des sacs poubelles en plastique qui se déchirent,
  • En voyant le Vélov présent partout,
  • Et m’étonnant que les Lundis matin : il n’y a pas d’embouteillages dans Lyon (le résultat d’une bonne politique mobilité?!).

En anglais, nous avons un dicton qui dit “Practice, don’t preach” (mettez en pratique, ne prêchez pas).

Yes we can!

(ma petite fierté du moment vu que je suis franco-américaine ; )

++ Liens ++

++ Le communiqué de presse de Nantes Métropole, l’un des grands moteurs et très impliqué dans cette initiative.

++ Mayors’ Climate Protection Center

++ Le livre (75p.) des meilleures pratiques des villes américaines. Une petite mine d’idées de ce que les villes font et peuvent faire.

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Shabnam Juriste de formation (spécialisée dans les questions de conflit entre modèles économiques), je me passionne pour les idées vertes et mûres permettant de ne pas ou plus gaspiller.
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2 Réponses »

  1. Merci Anoushka pour ces propos fort pertinents !
    Et pour cette “remarque” sur les dossiers de presse ou diverses plaquettes de communication : cela fait effectivement un moment que cela me révulse ! Même les instances les plus “impliquées” ne donnent absolument pas l’exemple !
    Mais je tiens à vous remercier pour le côté positif, malgré tout, de votre message !

  2. Merci Sabine ; )

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