Premier article pour Brendan aujourd’hui, qui commence fort en signant notre ACT’Sense de la semaine! Au programme? D’hallucinants champignons. Depuis janvier 2008 en effet, restaurateurs et bistrotiers ont revu leur système de chauffage extérieur pour conserver leur clientèle de fumeurs, même par grand froid. L’assouplissement du décret a des conséquences qui ne sont pas au goût de tout le monde et aussi pouvons nous nous interroger sur les économies d’énergie et tenter de changer les points de vue sur la notion de sobriété énergétique…
Après les “dégonfleurs” (de pneus de 4×4) et les “déboulonneurs” (de néons commerciaux), bientôt les “cueilleurs” ? Ces derniers temps, une nouvelle forme d’activisme pointe du doigt les utilisations abusives d’énergie. Les grosses cylindrées et les enseignes de magasins allumées toute la nuit sont ainsi mises à l’index pour cause de consommation d’énergie disproportionnée par rapport au service rendu (les premières) ou de gaspillage pur et simple (les secondes). Les derniers arrivés sur la liste des gloutons énergivores sont les champignons chauffants, ces lampadaires-radiateurs qui servent à réchauffer les terrasses des cafés et restaurants quand vient la bise.

“Iceberg candle” - Campagne du NRDC en Chine - Cf. Galerie ACT
Les députés verts Yves Cochet, Martine Billard et Noël Mamère viennent de déposer une proposition de loi visant à interdire les terrasses chauffées. Cette proposition n’est pas unique en Europe, puisqu’elle fait écho à une initiative similaire des Verts de Berlin l’an dernier. L’article de Novethic sur le sujet publié à l’époque rappelait la controverse entre écologistes dénonçant des équipements de confort “tueurs de climat” et utilisateurs rejetant la stigmatisation. Il mentionnait également la décision prise au printemps 2007 par la plus grande chaine de vente de produits de jardinage, Wyevale, de supprimer les radiateurs extérieurs de son catalogue suite aux protestations reçues.
La Tension énergétique
Ces nouvelles polémiques traduisent les tensions qui apparaissent autour de certains usages de l’énergie qui relèvent du loisir ou de l’agrément alors que le monde doit faire face au changement climatique. Pour se donner les moyens de dépasser les clivages et d’établir des valeurs communes, il est nécessaire d’ouvrir le débat sur nos dépenses énergétiques (individuelles aussi bien que collectives), puis d’établir des règles de fonctionnement en adéquation avec les choix de société ainsi exprimés.
Pour ce faire, Bernard Chabot, qui est intervenu sur le sujet de la sobriété énergétique lors de l’université d’automne de l’association négaWatt, propose pour cela de classer, par sage débat démocratique, les besoins à satisfaire par priorités: de nécessaires (vitaux, indispensables, nécessaires) à superflus (extravagants, nuisibles, criminels) en notant également les niveaux intermédiaires (d’agrément, futiles, luxueux).
On peut alors recenser les régulations disponibles au niveau où l’on se situe (individuel, familial, communal, régional, national, etc.) en allant des obligations aux interdictions (programme prioritaire, diffusion grande échelle, décollage, signal d’incitation, signal de désincitation, interdiction, délit, crime). Puis coupler hiérarchie des besoins et échelle des régulations pour promouvoir les services énergétiques les plus sobres (cela va sans dire, mais encore mieux en le disant) associés aux besoins à satisfaire en priorité.

La santé publique est un exemple intéressant d’application concrète de l’ensemble de la palette des régulations : obligation de vaccinations, campagne de promotion pour une alimentation équilibrée, messages de désincitation sur les paquets de cigarette, taxes sur le tabac, interdiction de la consommation de drogues, etc.
La sobriété énergétique n’est pas synonyme d’austérité ou d’ascétisme, mais plutôt le contraire d’ébriété ou de gloutonnerie énergétique. C’est également la meilleure façon d’économiser l’énergie. Elle pose de nombreux problèmes quand des secteurs entiers de l’économie dépendent de comportements énergivores et non durables. Promouvoir la sobriété énergétique doit donc aller de paire avec une réflexion sur le fonctionnement de notre système économique. Et c’est un autre débat… d’actualité !
++ Liens ++
- Novethic, Haro sur les champignons chauffants, 9 Novembre 2007
- Métro, Les terrasses chauffées vont faire un tabac, 2 décembre 2007
- Libération, Faut-il interdire les terrasses chauffées?, 7 novembre 2008
- Effets de Terre, Boycottons les Terrasses Chauffées, 31 Janvier 2008
- Negawatt
- Consulter la proposition de loi n°1221 sur le site de l’Assemblée
En février dernier, le Parlement européen condamnait les terrasses chauffées. Inutile de préconiser des économies de chauffage à l’interieur des bâtiments si on laisse cafés et restaurants installer des chauffages d’extérieur pour les fumeurs.
Il faut compter entre 200 et 500 euros par radiateur, et prévoir 2 radiateurs en moyenne pour une terrasse de 12m2…

Des champignons énergétiquement indigestes - Ecolo-Info ACT’Sense #30





















le 17 novembre 2008 à 13:06:
En plus de toutes les raisons que tu listes avec justesse, je trouve ce principe des champignons chauffants d’une indécence totale vis-à-vis des SDF qui se gèlent à quelques mètres de là.
le 17 novembre 2008 à 13:16:
Bon article et débat toujours d’actualité. Comment faire passer l’idée d’une écologie non punitive et culpabilisante ?
“La sobriété énergétique n’est pas synonyme d’austérité ou d’ascétisme, mais plutôt le contraire d’ébriété ou de gloutonnerie énergétique.”
Finalement tout est dans l’art de choisir ses mots: la sobriété fait-elle rêver ? La frugalité, la simplicité ?
Exemple classique: il faut faire un “régime” chaque été mais on ne dit pas que cela revient finalement à entrer dans une démarche d’”ascèse”.
To be continued…
le 17 novembre 2008 à 18:25:
J’aime bien l’image que tu a mis (les 2 d’ailleurs), j’avais aussi trouvé ça très pertinent lors de l’université d’automne de négaWatt.
En tout cas bravo pour ce premier article.
le 17 novembre 2008 à 18:59:
A Agnes.
dans ce cas ta maison chauffé à bloque en hiver est aussi d’une indécence totale vis à vis des sdf.
c’est pas en se privant de chaud que tu réchauffes ceux qui ont froid.
le 17 novembre 2008 à 19:13:
Antoine, sacré blagueur va !
Je suis sûre que tu as bien compris en réalité que l’article causait des chauffages qui sont utilisés pour chauffer le trottoir … dehors, à l’air libre… à l’extérieur quoi !
Rien à voir donc avec l’intérieur des maisons (fut-ce la mienne).
le 17 novembre 2008 à 19:38:
“Il faut compter entre 200 et 500 euros par radiateur, et prévoir 2 radiateurs en moyenne pour une terrasse de 12m2…”!!
l’année dernière je me suis engagée à boycotter les restos et bars avec terreasses chauffés. (http://untrucparjour.blogspot.com/2008/03/truc-n2-je-boycotte-les-resto-et-bars.html)
Dans l’absolu, ce n’est pas toujours possible quand je suis en groupe.
Mais le très bon point pour moi, c’est que ça m’a obligé à découvrir de nouveaux cafés et restos bien sympa qui ne gaspillent pas!
: )
le 17 novembre 2008 à 19:49:
@Antoine “c’est pas en se privant de chaud que tu réchauffes ceux qui ont froid.” Non, c’est sûre, mais comme le souligne Agnès un peu de respect ne fait de mal à personne. C’est comme quand on te dit que ce n’est pas parce que tu fermes ton robinet en te brossant les dents que ça va donner à boire à un assoiffé …
J’ai vécu presque 1 an en Irlande, un pays autrement plus froid que la France et là bas il n ‘y a pas de champignons chauffants sur les terrasses, les gens prennent leur manteau pour aller fumer et il y a parfois des couvertures disponibles pour manger en terrasse, c’est très agréable quand on mange proprement ! :) Il faut remettre les choses à leur place, fumer ce n’est pas un besoin primaire et maintenant qu’enfin on se débarrasse du tabagisme passif, il faut qu’on trouve le moyen de polluer avec ces chauffages !!
J’aime beaucoup l’idée du schéma avec la hiérarchisation des besoins énergétiques, cela me fait penser à ne nouvelle pyramide de Maslow.
Bravo Brendan pour ton premier article ;-)
le 21 novembre 2008 à 21:05:
alala c’est un truc auquel j’ai jamais réfléchis…fervent amateur de terrasse chauffés à Panam…
Hum, je vais réfléchir maintenant, bravo pour ce très pointilleux article….
Les Sàmis c’est isolation par l’extérieur et poele à bois qui chauffe la maison en entier grace à de minces parois. Simple et efficace et chaud.