Nicolas Tavernier nous a contacté en avril dernier dans le cadre du projet qu’il mène avec les autres membres de son association, l’association Cyclomonde. L’idée : parcourir le monde à vélo… pour le défi sportif, mais aussi à des fins scientifiques (les 5 étudiants de l’équipe sont des universitaires et ingénieurs, en biologie – biochimie et agroalimentaire/agronomie – et en droit). Nicolas nous livre donc ici ses impressions sur le périple effectué l’été dernier entre la Russie et la Mongolie… Objectif: en savoir plus sur la gestion de l’eau au Lac Baïkal, la plus grande réserve d’eau douce de la planète…
Bonjour Nicolas, alors dis nous, pourquoi ce projet ?
Dans le contexte actuel de réchauffement climatique et d’incertitude quant à l’avenir de notre planète, nous avons voulu que notre aventure ne soit pas seulement sportive, mais aussi scientifique et écologique, éducative et citoyenne pour sensibiliser le grand public aux problèmes de nos ressources en eau douce.
La gestion des ressources en eau est une problématique majeure et actuelle. La population mondiale grandit, tandis que l’eau se raréfie. Le réchauffement climatique en est une des causes, car en favorisant l’évaporation des fleuves et des rivières, il modifie la quantité d’eau disponible et sa répartition et en modifiant le régime des précipitations, il accentue les inégalités entre différentes régions du monde.

Comment êtes vous partis, avec quels soutiens et quels moyens?
Nous sommes allés à Moscou depuis Paris en avion. De Moscou nous avons fait 1500 km de train jusqu’à Irkoutsk en 4,5 jours, en 3ème classe, dans des compartiments de 30 personnes sans douches. Nous étions les seuls français parmi les Russes, une expérience exceptionnelle. A Irkoutsk nous avons acheté des VTT qui nous ont emmené jusqu’à Oulan Bator (1500 km) en passant par Oulan Oudé. Nous avons rejoint Paris en avion depuis Oulan bator. L’ensemble des émissions carbone a été compensé via le programme Action Carbone.
Nous avons également été soutenu par l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6), l’INSA de Lyon, le Crous de Versailles, la Mairie de Lyon et la société Annick Delmas.
Le voyage s’est bien passé ? Avez vous eu des frayeurs quelques fois ? Des moments difficiles ?
Le voyage s’est très bien passé notamment sur la plan ambiance à notre étonnement. Ce n’était pas facile tous les jours : entre les moustiques voraces et agressifs (jamais vu çà !), la chaleur, la pluie (80 km sous la pluie c’est très long), les casses mécaniques (plusieurs crevaisons, deux pneus cisaillés, quatre rayons cassés, de la visserie perdue sur la route …), les chauffards (des fois ça passait prêt !), la police en qui on ne peut avoir confiance (en Russie) et quelques autochtones bien ivres parfois dans les petits villages…

Nous avons pu interagir avec les populations sibérienne et mongole. Concrètement, nous n’avons jamais ressenti une quelconque hostilité envers nous, les français ont la cote là bas semble-t-il! Beaucoup de gens nous ont dépanné de l’eau, un peu de nourriture, renseigné le chemin ou simplement pris le temps de discuter malgré la barrière de la langue (très difficile le russe, ne parlons pas du mongol d’autant plus que là bas, l’anglais est d’une totale inutilité!).
Vos plus beaux instants ? Les plus belles rencontres ? Et les plus belles images ?
Chaque jour a apporté son lot de surprises. Nous avons rencontré des gens tous les jours. L’un des plus beaux moments a été la soirée avec une famille mongole vivant sous la yourte. Les 4,5 jours de train non stop ont été aussi quelque chose d’incroyable.

Qu’en retenez vous globalement ? Avez vous rempli les “objectifs” que vous vous étiez fixés en partant ?
Oui. Réaliser le chemin Moscou-Oulan Bator en rencontrant les associations oeuvrant à la préservation des ressources en eau. Le film est presque prêt. En attendant, le bilan de la gestion et de l’état des ressources en eau douces du lac Baïkal est d’ailleurs disponible sur notre site. Le lac Baïkal en Sibérie est le plus grand réservoir d’eau au monde : il représente à lui seul 20% des réserves mondiales. C’est un symbole, et il représentait donc un cas d’étude essentiel du fait de son immense volume. Les eaux du Baïkal ont pour principale source la Selenga, un fleuve possédé à 60% par la Mongolie et 40% par la Russie, ce qui rend nécessaire une gestion concertée de celui-ci.
Et si on veut faire comme vous, quels conseils donneriez vous ?
Ce voyage d’un mois a nécessité 8 mois de préparation intensive. A partir du moment où l’on part en expédition, il faut prendre le temps de bien préparer son matériel, bien se renseigner sur les conditions climatiques du pays concerné. Si la voyage a une thématique (comme nous l’eau), bien se renseigner sur les possibilités (comme par exemple dans notre cas, planifier les rencontres avec les associations, préparer ses questions). Mais surtout, c’est le budget ! Il faut bien prendre le temps de bien “budgeter”, de ne rien oublier car généralement c’est le budget qui conditionne la réalisation d’une telle expédition et qui permet d’obtenir des subventions à condition que le dossier soit bien ficelé… ce qui nécessite là aussi une bonne préparation, un objectif clair et une étude approfondie du sujet.

Et maintenant, un autre projet en tête?
Nous allons essayer de valoriser au mieux le film en organisant des conférences avec des spécialistes de la gestion de l’eau ou des chercheurs hydrobiologistes. Pas d’autre expédition en vue pour l’instant.
Merci beaucoup Nicolas de nous avoir décrit ce beau projet! Et pour ceux qui veulent en savoir plus, ne loupez pas la conférence qui aura lieu sur le campus de Jussieu à Paris le 26 novembre prochain !!
++ Plus d’info ++
- Cyclomonde.info pour plus de détails sur le projet
- Lire l’interview de Baïkal environment Wave, l’une des ONG rencontrée sur le terrain
- Lire l’interview de Great Baïkal Trail, une autre ONG rencontrée sur place
Les membres de l’association donneront une conférence intitulée “Eau, une Ressource Epuisable ?” le 26 novembre 2008 à 17h45, sur le Campus de Jussieu (Paris), Amphithéâtre 34A (entrée libre, tout public)
Au PROGRAMME :
17h45 : Projection du Film « La Steppe au Fil de l’Eau »
Reportage sur l’état et la gestion des ressources en eau en Russie (région du
Lac Baïkal) et en Mongolie. Film réalisé par l’association Cyclomonde au cours
d’une expédition de 1500 km en vélo au coeur de la Sibérie et de la Mongolie.
18h30 : Intervention de Armelle BERNARD-SYLVESTRE
Directrice de la Communication de la société Eau De Paris
L’eau à Paris : quelles origines, quels enjeux aujourd’hui et demain ?
19h00 : Dégustation d’eau devant une exposition photos

La Steppe au Fil de l’Eau





















le 19 novembre 2008 à 11:06:
Bonjour,
Effectivement, une fois la décision de partir prise (et c’est parfois le plus difficile ;-) !), la recherche de financement reste compliquée pour la première fois. Toutefois, beaucoup d’associations ou de “baroudeurs” ont déjà eu cette expérience et peuvent aider à gagner du temps : se renseigner auprès de sa région / département / ville qui délivrent des subventions, la Guilde européenne du raid et ne pas hésiter à questionner des personnes qui seraient déjà partis (via leur blog /site web). Ce sont toujours des personnes qui apprécient le contact et l’échange (voilà au moins une adresse : mondedarlequin@free.fr) !
En tout cas très beau voyage, cela ne vaut il pas la peine de relayer l’info auprès de Report Terre (France 5), même s’ils sont centrés sur l’Europe, peut-être seraient ils intéressés par la projection ?
le 20 novembre 2008 à 14:10:
C’est très intéressant, cette idée !! Je suis impresionnée, merci d’en parler..
le 22 novembre 2008 à 11:05:
Un ami est en train de finaliser un projet pédagogique afin de sensibiliser les enfants à la problématique de la gestion de l’eau. Ce voyage autour du monde sera en liaison avec des classes primaires et de collèges de l’Isère. Le départ est prévu début mai.
Allez découvrir ce beau projet sur http://www.ofildelo.org