Alors que le second voyage en Sàpmi (Laponie) est en préparation, le projet “le peuple du soleil” est allé se raconter auprès d’enfants de 2 à 13 ans. Matyas nous livre ici une description de ses interventions et la manière dont les enfants français ont perçu le mode de vie du dernier peuple nomade d’Europe que sont les Samis. Un témoignage émouvant et touchant sur la compréhension de la réalité d’éleveurs de rennes, de pêcheurs, sur l’Histoire, une certaine sagesse, et un certain mode de pensée… Prenez donc le temps de vous immerger et de vous laisser aller avec lui…
Le “peuple du Soleil” est une expérience de vie avec les Sàmis, derniers nomades d’Europe vivant dans l’Arctique. La richesse de la culture sàmi ouvre à un mode de vie sans horaire, sans patron, sans stress, sans individualisme. Une vie saine dont l’unique décideur et référence est la saison, le temps, la température, le ciel, le climat, les animaux.
Il suffit de regarder un Sàmi dans ses yeux rieurs pour savoir qu’il ne pense pas pareil que vous, qu’il ne vous regarde pas de la même façon, qu’il n’est pas formé de la même façon, que ses valeurs sont autres.
Cette vision de la vie mérite d’être partagée. J’ai relevé le défi de la vivre, de tenter de la comprendre puis de la partager.
Une idée a germé dans ma tête : via leurs vêtements, leurs coutumes, leur mode de vie et leurs arts, les Sàmis peuvent être une source d’ouverture d’esprit pour des enfants. Je suis donc rentré en contact avec le réseau École et Nature par lequel j’ai reçu des appels de professeurs qui ont souhaité que j’intervienne auprès de leurs élèves.
Je suis intervenu dans trois lieux différents en France, mais avant de vous raconter voici un article sur Reporterre, sur la relation des parents sàmis à leurs enfants.
Fanny, professeur à Toulouse
Mon arrivée à Toulouse est tardive. J’arrive à minuit… Fanny m’accueille à la gare, sourire aux lèvres. Rencontre. Nous avions passé plusieurs mois à discuter par téléphone sans jamais se rencontrer. C’est chose faite. Je loge chez Fanny, nous parlons de la journée de demain et de mon intervention dans sa classe de CM1/CM2 avant de dormir.
Dans mon sac, j’ai mon ordinateur. Ma présentation n’attend qu’un clic pour s’ouvrir aux yeux des enfants.
8 h : nous partons à l’école, nous installons dans la salle de classe, encore vide, le projecteur vidéo, l’écran, mon ordinateur et les petites enceintes.
9 h : les enfants arrivent. Je me réveille de l’intérieur. C’est ma première présentation, impossible de savoir comment cela va se passer, ni comment les enfants vont réagir. Ils s’installent, sont tous beaux, je les regarde. Ils me regardent. Fanny parle puis me laisse commencer. Premier slide, une carte d’Europe.
Je déroule la présentation que nous avons faite avec Céline Perrin, amie qui travaille avec moi sur l’élaboration du projet pédagogique.
10 h 30 : la présentation est terminée. Je leur ai montré les paysages, les plateaux et les fjords pour planter le décor puis ai affiché quelques portraits de Sàmis afin d’introduire les différences physiques. Ensuite nous avons regardé ensemble leurs vêtements, leurs habitats traditionnels, leur nourriture, leurs coutumes et avons écouté le chant traditionnel sàmi, le joïk. Jusque-là les enfants avaient ri en voyant les enfants, je leur ai fait deviner en quoi est le lavvù (tipi sàmi), le goahti (igloo sàmi), quel est cet animal avec des cornes… mais lorsque la musique a retenti dans la classe, les enfants sont devenus hilares. Ils ont ri à gorge déployée. C’était déroutant et communicatif. J’ai ri aussi. Nous avons ensuite lu la pensée des Sàmis sur l’environnement “ce n’est pas la terre qui appartient aux Sàmis, mais les Sàmis qui lui appartiennent”. Déjà sensibles à l’environnement par leur professeur, ils ont tout de suite compris. Un enfant a alors levé la main et a dit : “oui mais la pollution c’est pas la faute des enfants, c’est les adultes” (sic !). Je n’ai pas su quoi répondre lorsqu’un autre me demande “pourquoi ils mangent le renne alors que c’est leur ami ?”.
Nous finissons par une vidéo du groupe sàmi Adjagas :
Les enfants ne rient pas, ils sont très attentifs…la magie des Sàmi opère.
11 h : après la récrée, j’interviens dans une autre classe de CM2, chez Delphine, une collègue de Fanny qui participe également avec enthousiasme au projet. Tout se passe à merveille, les enfants posent aussi beaucoup de questions, sont très intrigués et comprennent bien vite.
12 h 30 : nous partons manger.
14 h : j’interviens maintenant sur le projet de bande-dessinée que nous menons dans la classe : d’après mes photos, mes histoires, et des cartes d’identités de personnages fictif sàmis que j’ai rédigés, les enfants vont réaliser leurs propres planches BD.
16 h : nous finissons l’intervention les deux classes réunies dans la cour de l’école et motivons les élèves sur les Sàmis, sur ma prochaine venue, ils me font tous un grand “Merciiiiiiiiii” qui me donne la banane.
Sur le chemin du retour, au milieu des champs de tournesols, nous marchons avec Fanny et “débriefons”. Ce que nous avons ressenti se confirmera la semaine suivante : les enfants ont été ravis et sont pressés que je revienne pour que l’on dessine ensemble et que l’on parle encore des Sàmis…
Yes ! Mission réussie !
Axelle, maman-professeur à Troyes
Je suis arrivé près de Troyes un samedi midi où toute la famille Rousse m’attendait avec impatience.
La maman, Axelle, fait ce qu’on appelle “l’école à la maison” à ses 3 enfants et m’a contacté pour parler de mon projet.
12 h : à mon arrivée nous faisons connaissance doucement, la famille, les enfants et moi puis nous asseyons autour du feu qu’ils ont préparé. Très motivés, les parents ont acheté du saumon que l’on a fait cuire sur la braise et du saucisson de renne. Nous nous sommes installés en cercle sur des rondins de bois au fond de leur jardin. L’endroit est magique : de grands arbres bordent leur jardin rempli d’arbres fruitiers qui ont tapissé le sol de pommes et de feuilles. Le soleil perce à travers la rosée et donne à ce paysage d’automne toute sa chaleur et sa magie. D’autres enfants nous ont rejoins, nous sommes une bonne dizaine à manger. C’est délicieux. Axelle a imprimé un petit livret qu’elle a fait, avec une carte de Sàpmi, des photos… Je raconte les Sàmis, explique le cercle polaire, la vie là-bas. Les enfants sont attentifs.

Vient le dessert : une charlotte au chocolat avec des personnages dessinés par les enfants ! Je suis touché et ravi, c’est beau !

14 h 30 : après le repas, nous nous installons dans le salon avec mon ordinateur. La présentation commence, je raconte les Sàmis, leur amour de la nature, leur chant et leur coutumes. Les enfants sont curieux, posent des questions, souvent très pertinentes… Les parents se montrent aussi intéressés que leurs enfants ! Je suis content, le moment est très sympathique et tout le monde essaye de répondre à mes devinettes…
15 h 30 : je fais une sieste (!)
16 h : les enfants viennent me chercher avec des grands cris “on a construit des lavvùs, on a construit des lavvùs“. Je me lève et pars dans le jardin avec eux : 4 lavvùs se dressent là, bordés de tissu et de draps. Je souris et part les aider. Pendant ma sieste le papa a trouvé de très longues branches qu’il avait mises de coté. En quelques minutes, les lavvùs étaient debout. Incroyable. Nous avons alors pris un goûter au milieu du campement, qu’on appelle siida en Sàmi et j’ai raconté quelques histoires aux enfants sur le fonctionnement des lavvùs, qui leur ont permis de s’amuser le reste de la journée.


Notre journée sàmie est terminée, les enfants voisins sont rentrés chez eux et après avoir mangé avec la famille Rousse, les enfants sont allés se coucher. Nous restons dans le salon avec Axelle et son mari à discuter. Ils me racontent leur choix d’école à la maison, qui me touche beaucoup. L’amour qu’ils mettent dans l’éducation de leurs enfants se ressent : les enfants sont spontanés, bien dans leur peau, drôles et créatifs. Je n’ai pas ressenti de peur, ni de renfermement. Ayant été, pour ma part, assez mal à l’aise à l’école, j’aime ce principe qui, bien que certains puissent en avoir des préjugés défavorables, s’adapte au rythme des enfants pour un meilleur apprentissage. Chapeau et merci à cette joyeuse famille qui m’a accueilli les bras ouverts ! J’ai hâte de revenir !
Caroline & Sophie, professeur à Paris
Caroline Sost dirige l’école Living School à Paris, dans le 19e. Cette école alternative l’est tout autant dans la pédagogie que dans le soin apporté au contexte d’apprentissage. En effet, outre les apprentissages indispensables (lire, écrire, compter), les institutrices apprennent les attitudes essentielles de la vie : être autonome, avoir des relations harmonieuses avec les autres, être en bonne santé, comprendre le monde et y apporter sa contribution.
Un beau programme qui se déroule dans une classe remise à neuf avec des matériaux écolos (peintures, bois), du mobilier provenant de forêts gérées durablement ainsi qu’un gros effort pour des menus équilibrés et bio pour le déjeuner. Les enfants ont entre 2 et 6 ans.
Caroline Sost étant absente, c’est Sophie qui donne la classe aujourd’hui accompagné d’Adrienne, une américaine de New York qui parle aux enfants en anglais.
8 h 30 : nous arrivons dans l’école avec Céline qui prépare les interventions avec moi, et qui cette fois franchit le pas de m’accompagner en classe. Les enfants arrivent petit à petit. Ils sont “vraiment chous” mais beaucoup plus jeunes que les autres enfants que j’ai vus. Nous devons donc aller à l’essentiel pour éviter qu’ils se dispersent.
9 h : les enfants s’assoient en demi-cercle, je raconte les photos et mon voyage, alors que Céline passe parmi les enfants un diffuseur qui embaume nos narines d’huile essentielle de sapin. C’est magique, nous sommes alors dans la forêt. Lorsqu’un renne apparaît sur l’écran nous passons le lichen dans un chapeau et le faisons toucher aux enfants. Ils ferment les yeux et tentent de deviner. Nous rions, les enfants sont intrigués. Nous avons capté leur attention. Un peu plus loin dans la présentation nous leur passons de la musique sàmie, un chant traditionnel, un joïk. Ils rient moins que dans la classe de Toulouse, ils écoutent. C’est drôle d’observer leurs réactions !

9 h 45 : nous faisons un break, les enfants sont agités. Je distribue un dessin en noir & blanc, premier dessin de la future bande-dessinée, ils colorient le renne, la petite fille et le petit garçon du dessin.

10 h : nous nous remettons en cercle et regardons le clip d’Adjagas. La réaction des enfants est surprenante : il n’y a pas un bruit dans la classe… ils sont médusés et regardent assidûment. Nous regardons ensuite les dernières photos et surtout la peinture des Sàmis en cercle et nous décidons de faire pareil, nous nous donnons alors là main. Je mets de la musique et nous restons là à écouter main dans la main. Ce moment est très beau. Une vraie paix s’est installée.

10 h 30 : nous partons au parc des Buttes Chaumont avec les enfants. Leur enthousiasme est grisant et nous donne envie de rester la journée entière…! Nous repartons vers 11 h 30, heureux de ce moment. Les enfants nous font un grand “Merci” et “Au revoir” qui nous va droit au cœur après ces jolis moments passés ensemble.
Voila pour les premiers enfants qui ont découvert les Sàmis, leur culture et leur sagesse. Les 3 moments ont été chacun uniques et vibrants. Les enfants sont vraiment réceptifs à ce sujet. Les couleurs les touchent, les visages les font rire, les paysages les enchantent, le chant les captive. Mon objectif est de partager pour émerveiller et parler de l’amour que les Sàmis ont pour la nature. Cela ne m’empêche pas de parler de pollution, de réchauffement climatique et de droit des terres, c’est aussi mon job, mais les enfants ont le droit de rêver et je ne veux pas leur montrer la planète sous un jour triste et les rendre peureux d’un avenir sans rêve mais pleins de problèmes à résoudre.
Gandhi a dit un jour : “la vie est un mystère à vivre, non pas un problème à résoudre“. C’est aussi cela le mystère des Sàmis, ils ont relevé le défi du mystère alors que nous passons nos journées à résoudre nos problèmes. L’environnement en est un aujourd’hui, mais si nous expérimentons réellement et physiquement la nature alors nous l’aimerons plus et serons prêts à accepter le mystère de la vie. C’est pour moi le défi du projet pédagogique : arriver à faire vivre une expérience pour mieux comprendre notre relation à la nature, et donc à la vie.
++ Liens ++

L’aventure du “peuple du Soleil” auprès des enfants !





















le 21 novembre 2008 à 18:12:
super…
ne change rien!
amitiés
Jéromine
le 21 novembre 2008 à 21:08:
Ce reportage est très touchant, on a envie de s’asseoir auprès des enfants et de t’écouter, partir dans le jardin construire des Lawù avec eux. Merci beaucoup pour cette bulle de découverte remplie d’air frais.
Bon vent.
le 21 novembre 2008 à 22:18:
Encore un message magnifique! Et changer le monde devient plus simple d’un coup…
Mais les enfants sont déjà des adultes, et les adultes restent toujours des enfants. La remarque “la pollution c’est pas la faute des enfants, c’est les adultes” me semble déjà venir de la bouche d’un adulte. Des amies ont tristement marqué leur distanciation de l’enfance quand, à 8 ans, elles ont décidé qu’elles se permettaient de jeter du plastique dans la rivière, “comme les grands”. Comme si les questions d’environnement étaient enfantines! Et si la beauté, l’amour, les joies que dégageaient la nature disparaissaient, les adultes resteraient-ils seulement humains?
le 22 novembre 2008 à 11:53:
Yes !! A quand une présentation pour les adultes ? Ça m’intéresserait beaucoup, je peux me faire petite et m’assoir au milieu des enfants ? :)
le 22 novembre 2008 à 12:28:
Matyas moi aussi. J’ai relu tes posts cette nuit, quelle merveille.
le 22 novembre 2008 à 20:11:
Alors comme cela on a fait la sieste, comme les enfants :)
le 23 novembre 2008 à 13:36:
Des enfants qui ont découvert un nouvel univers
Super et peut être de futurs voyageurs en quête du grand nord !
le 24 novembre 2008 à 11:07:
Merci Mathias d’être venu présenter ce peuple à nos enfants de Living School. C’est merveilleux qu’ils aient accès à ces connaissances, ces parfums, cette manière de vivre. Merci de nous avoir fait connaitre ce peuple que je ne connaissais pas.
Nous somme allés voir les photos, ce qui est dommage c’est qu’il n’y ait pas leur musique !!
Bonne continuation pour vos projets et merci encore
le 25 novembre 2008 à 14:39:
Merci Merci…Pour le coup ce sont vos messages qui me touchent !
Les enfants sont tellement réceptifs…c’est magique.