Ecolo-Info
 Bâtir écologique, entre rêve et réalité
De Nathalie • 02 décembre 2008 •
Catégorie: Créer/Bâtir

Le week-end dernier, à l’espace exposition du parc de la Villette a eu lieu le salon Bâtir Ecologique. Je m’y suis rendue vendredi, j’avais prévu d’assister à des conférences, mais la gentillesse des exposants m’a fait déambuler des heures dans les allées !

Il n’est pas bien grand, le salon Bâtir écologique et pourtant j’ai trouvé réponse à bon nombre de mes interrogations. Vous avez remarqué que l’on entend de plus en plus parler des produits chimiques composants des objets d’usage courant ou encore dans nos habitations? Sachant que l’on passe en moyenne 80% de notre temps à l’intérieur (d’une maison, d’un centre commercial, d’un métro, d’une voiture, d’un bureau…) on a de quoi s’inquiéter de la qualité des bâtiments tout autant que de celle de l’air extérieur.

Moi qui habite dans un immeuble neuf, je me sens particulièrement concernée par les substances toxiques qui composent mes murs, qui revêtent mon parquet, qui sont diluées dans les peintures … Depuis que j’ai emménagé je fais un peu d’asthme et de nombreuses allergies … Je ne suis pas la seule ! Il suffit de creuser un peu le sujet pour voir que de plus en plus de gens sont réactifs au formaldéhyde, aux PCB, au benzène, au trichloréthylène … C’est d’ailleurs pour cela que les plantes dépuratives/dépolluantes sont si appréciées.

Revenons à nos moutons, le salon bâtir écologique c’est donc l’occasion pour tout le monde d’enfin mettre la main sur des matériaux sains pour la maison, des techniques de construction authentiques, parfois bien moins chères que les classiques à condition d’avoir l’âme d’un bricoleur. Au tout début de ma visite, j’ai tout de suite été voir pourquoi tant de monde se pressait autour d’un stand recouvert de paille, c’est parce qu’un groupe de jeunes faisait une démonstration de la réalisation d’un toit en chaume ! C’est tout simplement génial ! Avec quelques outils, des bottes de seigle ou de roseau et un mois de travail, on peut faire le toit d’une petite chaumière. L’association “De la graine O toit” propose d’ailleurs des stages, pour transmettre ce savoir ancestral. Le jeune homme qui nous a fait la démonstration avait fait à peine 10 jours de stage ! C’est vraiment fascinant comme technique puisque l’on travaille un matériau vivant et qui va “respirer” avec la maison.

Photo : Nicolas bonniot

Suite de la visite, j’ai fouiné un peu à toutes les échoppes pour trouver des stages ou des chantiers participatifs. Ce n’est pas ce qu’il manque, certaines associations étaient même présentes pour organiser des mini-ateliers. Si vous aussi vous souhaitez en savoir plus sur ces stages, je vous invite à consulter la liste des exposants du salon vous y trouverez des dizaines d’adresses en fonction de votre région. Le principe de ces chantiers est en général l’apprentissage par l’expérience de la construction d’une VRAIE maison. On vous propose parfois un savoir théorique en accompagnement, mais la plupart du temps, vous enfilez le bleu de travail et au boulot !

Petite parenthèse, si vous vous intéressez de près à la construction écologique, je vous conseille à ce propos de visiter le chantier de Guédelon dans l’Yonne. Une bande de passionnés (une cinquantaine de personnes) travaillent en rotation à la construction d’un château fort selon les techniques du moyen-âge (qui finalement reviennent au goût du jour, puisqu’elles sont les plus efficaces). En revanche, ils utilisent également les MOYENS du moyen âge. Pas d’électricité, pas d’outils modernes, il y a un forgeron, une personne qui fabrique de la corde, des chevaux pour transporter le matériel, c’est une incroyable expérience ! Le chantier durera environ 25 ans, vous aurez le temps d’aller y jeter un œil ! Notez qu’il est intéressant de revenir tous les 2/3 ans pour se rendre compte de la progression de la construction. J’adore !

Au détour d’un stand, je suis tombée par hasard sur la maison d’édition « Goutte de Sable », qui édite des livres et un DVD sur la construction d’une maison écologique, à partir d’un chantier participatif (80 000 euros pour 100 mètres carré, intéressant n’est-ce pas ? ). J’ai découvert Goutte de Sable sur … Ecolo Info! merci Albert :) . J’ai eu la chance de discuter avec Thierry, une personne très chaleureuse qui aime partager son savoir et ses riches expériences. Enseignants de profession, le couple de passionnés de la nature a décidé de partir pour un cyclo-tour-du-monde pour en apprendre le plus possible sur les authentiques et écologiques techniques de construction par delà le monde. Ils ont pris contact avec des architectes de tout horizons, mis la main à la pâte sur des chantiers, croisé leurs informations avec des ethnologues, des écologues … Leur périple les a amenés à rencontrer des gens formidables, s’arrêtant parfois à coté de leur impressionnante caravane de vélo suréquipés (vous imaginez 1 ans de bagages, de tentes et de matériel pour 2 adultes et 2 bambins sur deux vélos et remorques ?), pour leur offrir une tasse de thé ou le gîte pour une nuit. Ce genre de voyage me fait rêver, j’admire leur courage, leur ténacité et la gentillesse qui émane de Thierry qui conte avec plaisir ses extraordinaires moments. Je serai sûrement amenée à les revoir bientôt, mais ça c’est une autre histoire …

Photo : Nicolas bonniot

Le salon Bâtir écologique c’est aussi l’endroit rêvé pour trouver l’isolation parfaite pour votre prochaine maison… De la fibre de lin ? Du chanvre ? De la paille ? De la brique monomur ? Qu’allez-vous utiliser pour garantir la chaleur de votre nid douillet ? Les ateliers permettaient de comprendre avec plus de simplicité le fonctionnement de ce genre de matériaux. Savez-vous pas exemple que la paille est LE MEILLEUR isolant qu’il soit? En plus, c’est super marrant à installer, il faut frapper fort sur les bottes de paille avec un gros maillet pour les faire rentrer dans l’ossature bois de votre maison. Hélas, ce matériau souffre de sa mauvaise réputation. Ahhh les vilains petits cochons qui lui ont détruit sa notoriété pour des générations et des générations! Mais non, ce n’est pas inflammable la paille, car elle est si fortement compressée dans le mur que l’air de passe pas, et pas d’air, pas de flamme! La paille c’est très solide, ça vit avec votre maison, ça respire, ca ne se tasse pas, c’est écologique et extrêmement isolant. Si avec tout ça vous n’êtes pas convaincu ;)

La fin de ma visite c’est encore soldé par l’achat massif de livres,
je suis une “lecturomane”, j’aime entasser ces puits de savoir et les références ne manquaient pas… Vivement l’année prochaine et le prochain salon Bâtir Eco, qui sait je serai peut-être sur un stand moi aussi ?

Partager :
  • RSS
  • Fuzz
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Scoopeo
  • Google
  • blogmarks
  • Ddurable
  • Wikio FR
  • TwitThis

6 Réponses »

  1. Salut,

    Tu a bien de la chance d’y être allé, c’est la première année que je n’ai pas pu me libérer :-(

    Je voudrais juste faire quelques précisions.

    Attention, tu parle de “matériau qui respire”, ce n’est pas le cas. Il faut parler de perspiration : pour faire simple, c’est la vapeur d’eau qui passe, pas l’air. La caractéristique technique pour pouvoir comparer les matériaux, c’est la perméabilité à la vapeur d’eau (mu).

    La paille le meilleur isolant? Cela dépend de quoi on parle, d’un point de vue purement thermique, non. A épaisseur égale, le polystyrène (malheureusement) est plus performant niveau isolation. Mais il y a d’autre paramètre comme la perméabilité à la vapeur d’eau, la chaleur massique,… Mais aussi le bilan environnemental, et là, pour peut que les bottes de pailles soient produites pas trop loin du lieu de construction, aucun matériau ne peut rivaliser.

    Au sujet de la paille, je vous conseil de lire le magazine “La maison écologique” n°48 (les autres numéros aussi) qui consacre un dossier à ce type de construction.

    Personnellement, le “mode constructif écolo” que je préfère c’est structure bois et remplissage paille, puis pourquoi pas toiture en chaume. Peut être à cause de souvenir d’enfance : j’ai fait des cabanes avec des bottes de paille dans la grange de la ferme des grands parents, comme quoi il faut écouter ce que disent les enfants.

    Il n’y a que paille qui m’aille ;-)

  2. Merci à toi pour ce compte-rendu.

  3. Article très intéressant mais quand même un peu orienté! Quand tu parles d’à peine 1 mois pour couvrir une maison en chaume en étant moins cher car tu le fais toi même tu compares des chose qui ne se comparent pas. Avec des tuiles, seulement quelques jours suffisent à crouvrir le toit et si tu le fais toi même ça ne va pas te coûter si cher que ça (moins que le chaume certes mais encore faut-il trouver la matière première et à mon avis c’est pas facile)
    En plus dans la plupart des régions tu ne peux pas faire n’importe quoi comme style de maison.
    Et comme dit Arno, la paille n’est pas le meilleur isolant qui soit puisque quand on compare un isolant on parle d’isolation/cm d’épaisseur et qu’à mon avis à épaisseur égale il y a beaucoup mieux.

  4. Bonjour

    Oui mon article est orienté, comme tout le salon d’ailleurs :)

    J’ai oublié de préciser pour le toit en chaume qu’il faut le vérifier tous les 4 ans, pour refaire quelques endroits par ci par là et que ce type de toiture a une durée de vie d’environ 50 ans. C’est sûr que ce n’est pas la solution la plus économique, ni la plus pratique. Le toit en chaume, pour moi c’est aussi une réflexion globale sur le temps. Aujourd’hui, on travaille beaucoup, donc on a plus d’argent, mais on a moins de temps, et le temps c’est de l’argent, donc on cherche toujours à aller au plus rapide, très souvent au détriment du bon sens et des choses les plus écologiques.

    Il est tout à fait vrai que le toit en chaume, il faut aimer ! Je disais d’ailleurs à mon ami que j’aimerais bien en avoir un sur une sorte d’annexe à notre future maison, comme un garage ou une grange, mais je n’en recouvrirais pas ma maison, question de goût. Et puis, les régions ne sont pas toutes favorables à voir réapparaître les chaumières dans le paysage. Là ou j’ai grandi dans l’arrière pays Cannois, tu peux te brosser pour que la mairie accepte :)

    Merci Arno pour ces précisions

    J’aurais aimé vous montrer plus de photos, mais je n’avais plus de batteries à mon appareil ;) l’année prochaine !

  5. l’idéal c’est écolo-rapido-gratos.
    1 écolo
    On sait (grâce à la théorie du chaos) que toute activité humaine perturbe l’environnement. Il faudrait donc renoncer à bâtir pour être vraiment écolo. Mais on est obligé de bâtir car la réhabilitation est plus environnementalement perturbatrice au long terme.
    2 rapido
    Le plus rapide c’est l’escargot (la fable nous l’a rappelé). Pour s’implanter où on veut quand on veut il faut être nomade (sauf que le nomade est en contradiction avec l’écologie car il quitte un lieu quand il l’a épuisé). Il faut donc sédentariser mais sans être en chantier pendant 10 ans.
    3 gratos
    Tous ce qui est gratuit ne vaut rien (axiome commercial du premier siècle avant Tapie). Un bâtiment (sédentaire) au prix d’un véhicule (nomade) serait plus juste.
    L’habitation écolo-rapido-gratos éxiste pourtant et en voici le portrait :
    - ça fait 2 niveaux : pour tirer parti des structures et pour centraliser la climatisation pour limiter les déperditions et les surfaces isolantes
    - c’est un concept novateur : désolé pour les spécificités régionales mais les toits avec pentes rectilignes c’est pas pratiques, coûteux, gourmands
    -c’est en bois : pour la structure et les parois car c’est un matériaux renouvelable, vivant, structurant, etc… (j’en rajoute pas, je m’adresse à des pros)
    - c’est standardisé : du moins pour le concept, les plans (les architectes coûtent), les éléments de liaisons (en acier préfabriqués), les réseaux (électrique, eaux, évacuations)
    - le toit est en tôle : peu de matière, rapidement installé, résistant (au vent et à la pluie)
    - ça doit permettre l’auto-construction : pour sortir du standard car une maison c’est l’affaire d’une vie ou plus
    - ça doit coûter moins de 50 KE (pour 80 m2)
    - ça ne doit pas rester un rêve : c’est possible, il suffit de le faire (le “yes we can” est à la mode)
    Je vous en dirais + dans un prochain avenir (quelques petits calculs à vérifier et c’est parti)

  6. Super article !

    En plus du chantier de Guedelon (construction en pierre), j’ai entendu parlé d’un couple qui construisait un manoir en pierre de taille en Bretagne (http://www.letelegramme.com/ig/generales/regions/bretagne/manoir-ils-batissent-leur-reve-20080402-2798235_1276201.php) et je connais le même genre d’expérience en Provence (http://www.batir-provencal.com/index.php/Realisations.html).

    Pour répondre à Celestin, je ne pense vraiment pas que la standardisation soit une bonne chose. Si les anciens avaient décidé de construire en pierre en bretagne et en Provence, en argile et en bois en normandie, ce n’est pas pour rien. Ils prenaient simplement les matériaux qui leur tombaient sous la main, c’est du bon sens, c’est écologique.

Laisser une réponse