Ecolo-Info
 Le tourisme d’aujourd’hui: quête de soi, colonisation moderne ou recherche d’humanité ?
De Matyas • 05 décembre 2008 •
Catégorie: Respirer/Voyager, Se déplacer/Bouger

J’ai lu une excellente Bande-Dessinée hier soir dans mon lit et elle m’a fait réfléchir à beaucoup de choses que je vous livre pèle-mèle, n’en soyez pas offusqués… La BD, vous la connaissez tous… C’est :

Autant vous le dire tout de suite j’aime beaucoup les Bidochon. Mon frère, mes parents, mes cousins et moi-même, on est fan de l’humour singlant et drôle, attendrissant et critique de Binet, créateur en 1980 du premier Tome des “Bidochon”. Ce couple de “bôfs” Français qui tombe dans les panneaux de la société “moderne” est très pertinent.

Ce Tome, “en voyage organisé”, m’a particulièrement touché à l’heure où je réfléchis à l’impact que peut avoir un projet tel que “Le peuple du Soleil“, crée il y a plus de 9 mois maintenant. Mon objectif ? Partir vivre avec les Sàmis, peuple d’Europe de l’Arctique qui vit encore de l’élevage de rennes, de la pêche et de la cueillette. Mais pourquoi ? Outre le fait que je sois attiré par les Peuples Premiers depuis tout petit, j’ai une réelle conviction qu’en ces temps de remise en question de nos modes de vie, de la consommation à l’urbanisme, ces peuples peuvent être un modèle par leur sagesse et pensée proche de leur environnement.

J’ai réalisé cet été que les Sàmis sont des gens qui vivent bien, ils sont très joyeux, se contentent d’un rien, et cultivent un art de vivre positif avec une facilité déconcertante. Les Sàmis vivent directement les effets du réchauffement climatique, c’est un fait. Mais à court terme, ils courent probablement moins de danger (sic!) que nous, qui nous polluons l’esprit et le corps au quotidien, bien aidés par la société d’influence dans laquelle nous vivons. En effet, le réchauffement climatique ne les rend ni dingues, ni drogués, ni obèses, ni stressés, ni corrompus, ni malheureux, ni violents. Privés de vivre pendant des décennies, ils sont encore aujourd’hui…heureux et présents. Comme ils l’étaient autrefois.

© Matyas Le Brun

Les Sàmis ont des racines qui s’étendent d’une vallée à l’autre, leur identité résonne dans leurs voix et leur joie vibre dans leurs yeux : ils vivent le présent comme jamais je n’ai vu personne embrasser l’insaisissable. Voila ce que j’ai ressenti: de l’amour de vivre.

J’étais parti avec la compréhension que les Sàmis étaient une espèce en voie de disparition et que je devais les défendre. Aujourd’hui je comprends que les racines des peuples premiers sont aussi vivaces que du lichen par -50°C: leur insatiable désir de liberté, de simplicité et de profondeur de vie sont la matière première de mon témoignage.

Monsieur et Madame Bidochon voyagent. Comme tout le monde. C’est bien de voyager, de s’aérer, de voir d’autres horizons. Nous pouvons aller aujourd’hui partout dans le monde, fixer sur pellicule et dans notre mémoire les différences de paysages et de coutumes à travers le monde. Cette différence, que nous vivons dans la rencontre avec cet autre, habitant là-bas, sur ses terres, à l’autre bout du monde, est relative à la distance parcouru pour y arriver. Sommes-nous alors aptes à saisir en 3 jours, une semaine ou un mois, tout ce qui fait nos différences ?

Rencontres, ou consommation de paysages?

Voyager est alors une claque énorme. Soit cela nous bouleverse et on en redemande car à l’intérieur de nous ça bouge et c’est bon, soit ça bouge tellement qu’on refuse d’accepter. Tout cela est relatif au voyage de chacun, de ce que l’on perçoit, ce que l’on cherche, ce que l’on regarde. Le prisme s’adapte à nos désirs d’authenticité. Pour moi, si notre être profond est dans une dynamique d’évolution de soi, le voyage est une réponse intérieur, si notre être profond s’est enfoui depuis des années sous des couches d’émotions non-exprimées, on retiendra une vision extérieur, une image, polissée ou déchirée selon nos attentes.

Les deux sont complémentaires, ce sont nos différentes réactions à cette claque du voyage, mais le risque de passer à coté de l’essentiel est grand.

La société que nous avons bâtie en occident nous pousse à fuir parce que la peur, parce que le désir, parce que la frustration de ne pas se réaliser, parce que la volonté trop prenante de réussir à tout prix, de gagner plus que notre voisin…

Nous cherchons à atteindre le paradis de l’enfance, à retrouver les bras de notre mère, telles des branches d’arbres apaisantes, remplies de sons d’oiseaux enivrants. Nous tentons de retrouver cette spontanéité d’enfant, cette naïveté d’amour qui ne cessent de manquer aujourd’hui dans la société industrielle qui rend individualiste. Dans nos têtes se construit un rêve, une image idyllique de la vie, de la nature, du rapport aux autres (que Don Miguel Ruiz appelle “Le rêve de la planète” dans le génialissssssime “Les 4 accords toltèques“), qui dévient destructeur s’il n’est pas assouvi dans le concret, dans ce qu’on est au fond, avec les talents que nous avons reçu. Nous partons alors à la quète de cet idéal.

Ailleurs…

© Matyas Le Brun

Ma Bulle… ce voyage!

A l’instar des Bidochon, je n’ai cessé de voyager dans ma bulle pendant des années, laissant ma naïveté et ma curiosité m’emmener par la main de pays en pays avec au fur et à mesure une honte grandissante pour simple offrande. Honte d’être habillé comme je suis face à celui qui n’a rien, honte de manger à ma faim face à celui qui tend les bras, honte de fouler ce sol dont je ne connais rien et que je ne cherche pas à comprendre car ce que je suis venu chercher ici, c’est moi.

Combien sommes-nous à voyager ainsi? Combien sommes-nous à nous chercher chez nous pour mieux accepter la différence chez l’autre? Le vrai voyage n’est-il pas celui qui nous appelle à plus d’authenticité à l’intérieur pour plus de lâcher-prise à l’extérieur?

Tout cela travaille dans ma tête. Je tente de regarder cet enfant qui me tire le vêtement. J’ai 17 ans, je suis au Mexique. J’ai peur, peur qu’il me vole parce que je suis riche. Mais de quoi ai-je peur au fond ? D’affronter cette image du rien alors que je pense avoir tout ?

“Nous avons perdu notre confort spirituel, mental et physique alors nous comblons ce manque en travaillant sur notre confort extérieur” (Emilie Barrucand, anthropologue).

Les Bidochon recherchent des images qu’ils ont vu à la Télé pour tenter de ressentir au fond d’eux-même le bonheur qu’il doit être de vivre là-bas. Ils cherchent une profondeur qu’ils fuient au quotidien dans une atmosphère et des rapports humains qui les empêchent d’ETRE, d’EXISTER et d’AIMER vraiment. Les Bidochon jugent alors, la différence leur fait peur.

“Il nous faudra bien répondre à notre véritable vocation qui n’est pas de produire et de consommer jusqu’à la fin de nos vies, mais d’aimer, d’admirer et de prendre soin de la vie sous toutes ses formes” (Pierre Rabhi, agriculteur).

Nous en venons alors au sujet, les Bidochon sont inconscient de leurs actes : ils ne comprennent pas qu’ils reproduisent un schéma colonisateur vieux de plusieurs siècles, ce même schéma qui a asservit les Peuples autochtones du monde.

C’est le plus beau voyage que j’ai fait!

Aujourd’hui, au 21e siècle, notre façon de voyager, de bouger, de rencontrer les habitants d’un pays, aux quatre coins du monde, sans prendre conscience de notre impact écologique et social, témoigne d’un refus total d’acceptation de ce que nous sommes: nous perpétuons, en foulant des terres étrangères sans respect (pour “faire” tel ou tel pays), à disperser le modèle industriel et occidental dans lequel nous avons grandit. Nous le disséminons comme des semences OGM qui volent au vent et grandiront au milieu du bon grain l’année suivante.

Notre venue sur ces terres, est signe de notre toute-puissance écrasante, de notre abondance romaine vulgaire, de notre prétention et de notre indifférence à la condition de l’autre. Monsieur et Madame Bidochon ont voyagé, ils ont vu et rentrent maintenant chez eux. Qu’ont-ils appris en 15 jours ? Leur dépendance à la “Matrix Occidentale” étant trop forte pour qu’ils puissent lâcher prise en si peu de temps et se fondre dans une culture locale pour la comprendre, ils rentrent perplexes, content, mais perplexes. Mais les Bidochon ont-ils voyagé pour comprendre les différentes réalités du monde? En voyageant pour notre plaisir d’enfants gâtés, nous blessons celui qui est ancré dans la chair de sa terre natale et a qui nous imposons notre regard de jugement sur sa condition. Car lui ne possède pas.

Nous nous positionnons alors en sauveur humaniste (”il faut les aider”) ou en touriste naïf (”c’était le plus beau voyage que j’ai fait”). En un sens, nous participons à la perversion et à la disparition des cultures locales. Il ne faut pas oublier que si nous avons tout, nous, c’est sur le dos de nos voisins du sud, chez qui nous piochons allègrement pétrole, denrées rares, métaux, nourriture, animaux, bois…La colonisation bat son plein dans nos maisons et nous rêvons en plus d’aller voir comment ils se débrouillent à côté alors que nous leur avons tout volé.

Pourquoi ? Notre confort matériel ne nous suffit plus ? Cherchons-nous une culture enraciné car nous sommes des orphelins de la Terre au nom du progrès ?

Le petit prince traversa le désert et ne rencontra qu’une fleur. Une fleur à trois pétales, une fleur de rien du tout…
- Bonjour, dit le prince.
- Bonjour, dit la fleur.
- Où sont les hommes ? demanda poliment le petit prince.
La fleur, un jour, avait vu passer une caravane :
- Les hommes ? Il en existe, je crois, six ou sept. Je les ai aperçus il y a des années. Mais on ne sait jamais où les trouver. Le vent les promène. Ils manquent de racines, ça les gêne beaucoup.
- Adieu, fit petit prince.
- Adieu, dit la fleur.

Trois Couronnes

Un jour j’ai voulu prendre en photo une famille Sàmi qui vendait de l’artisanat sur le bord de la route. J’ai dit “bonjour”, puis j’ai demandé à prendre une photo, comme je l’ai fait pour tous les gens que j’ai rencontré pendant mon séjour. Une femme a tendu la main et a répondu “3 couronnes”.

Je n’ai rien donné, rien pris, je suis parti. 3 Couronnes ce n’est rien, mais soudainement je suis devenu complice de cette perversion qui me forçait à  transformer une culture ancestrale en image de Walt Disney “parcequ’ils sont tellement beaux avec leurs habits”. Ils étaient magnifiques c’est vrai. Des visages creusés, des habits sales mais somptueux, un regard profond et sincère, vrai. Par ces deux mots “3 couronnes”, je suis devenu l’assassin de leur culture et cette image m’a sauté à la figure.

Je n’étais qu’un touriste qui passe et qui consomme, comme des milliers sur cette route de “Laponie Norvégienne” qui mène au célèbre Cap Nord…

© Matyas Le Brun

Viens jouer avec moi, lui proposa le petit prince. Je suis tellement triste…
- Je ne puis pas jouer avec toi, dit le renard. Je ne suis pas apprivoisé.
- Ah ! pardon, dit le petit prince.
Mais, après réflexion, il ajouta:
- Qu’est ce que signifie « apprivoiser » ?
- Tu n’es pas d’ici, dit le renard, que cherches-tu ?
- Je cherche les hommes, dit le petit prince. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser » ?
- Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent. C’est bien gênant. Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt. Tu cherches des poules ?
- Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu’est-ce que signifie « apprivoiser »?
- C’est une chose trop oubliée, dit le renard. Ça signifie « créer des liens… »
- Créer des liens ?
- Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ ai pas besoin de toi. Et tu n’a pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

Aujourd’hui, je me suis demandé quel était mon but réel dans ce projet auprès des Sàmis et j’ai trouvé une réponse : ce que je suis et ce que je sais faire de mieux, je l’offre à la relation que nous pouvons avoir ensemble. Je ne pense pas que je vais les sauver, les exploiter, apporter ma pierre à un quelconque édifice existant seulement dans ma tête, “mon rêve pour la planète”. Je me donne à la relation. Tout projet naîtra pour le partage de l’un avec l’autre. Il sera partagé par lui, Sàmi, et par moi, Breton, car ensemble nous pensons qu’un message est là et doit être transmis. Cela ne m’appartient pas et ce qui se passera ne nous appartiendra pas plus.

Ce partage, c’est la reconnaissance et la dignité que nous nous offrons mutuellement, car si nous nous savons différents, nous avons le profond désir de comprendre ensemble pour grandir ensemble. Délivré de mon prisme, j’apprends à tisser une relation et cela prendra le temps qu’il faudra.

S’apprivoiser devient alors un cadeau lorsqu’on rencontre des gens qui osent le temps de la relation

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Matyas est Reporter-Photographe et Vidéaste. Créateur de la rencontre ethno-écologique LePeupleDuSoleil.com, il vit avec les éleveurs de rennes Sàmis, derniers nomades d'Europe.
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8 Réponses »

  1. Merci de ton article. En effet, le tourisme de masse est devenu un produit de consomation…. où on y va pour les paysages et les produits pas chers, la piscine, le soleil sans forcément se préoccupper des conditions et de de la vie des gens locaux.

    Pour moi les meilleures expériences à l’étranger, c’est quand on s’intègre localement et qu’on prend le temps de découvrir pas que les paysages mais aussi les gens qui y habitent, leur culture, leur mode de vie. Là, c’est enrichissant.

    Et en cela, je trouve le “couchsurfing” révolutionnaire… car avec cela, on revient sous une forme simple de “tourisme”, l’accueil de l’étranger chez soi ou l’accueil de soi par un étranger.

  2. Après avoir réalisé des missions d’aide au développement en Inde, à Madagascar, en Thaïlande et au Brésil, j’ai pris conscience qu’il n’est pas facile de se mélanger tel qu’on peut le rêver aux populations locales, encore moins en voyage de courte durée. En tout cas, il est primordial de se garder de toute attitude et de toute intervention qui pourraient bouleverser les équilibres sociaux, culturels et écologique des communautés d’accueil.

    Ta phrase “je suis devenu l’assassin de leur culture et cette image m’a sauté à la figure” est très pertinente, j’espère qu’à la lecture de ton article d’autres réflexions naîtront. N’oublions pas malgré tout que certaines personnes loin des circuits touristiques survivent (en Inde par exemple) et que quelques pièces peuvent parfois leur offrir un sursis de plus. Donner n’est donc pas toujours “mal”.

  3. [...] Je lisais l’autre jour l’article de mon ami Matyas sur Ecolo Info, et il parlait des Samis, un peuple premier de Laponie, des gens simples qui vivent avec très peu de choses (le stricte minimum) et ont l’air beaucoup plus heureux et moins contrariés que nous les occidentaux. Ca me fait réfléchir … Ce que l’on cherche tous, lorsque l’on travaille beaucoup, que l’on achète des objets, que l’on fait pleins de sorties, de voyages, c’est être heureux, n’est-ce-pas ? Comment mesure-t-on le bonheur ? Comment savoir si l’on est bien dans ses baskets ? Comment faites-vous ? Moi, j’habite dans un superbe appartement près de Paris avec de chouettes meubles et tout le confort, j’ai un très bon travail, je partage ma vie avec une personne formidable, je mange à ma faim, nous faisons pas mal de sorties dans de bons restaurants, nous avons des amis adorables, et pourtant je n’ai pas l’impression d’être dans la période la plus heureuse de ma vie. Ca ne veut pas dire que si je n’avais pas tout ça je me sentirais mieux, mais je me demande si ce n’est pas trop justement. Trop de bonheur tue le bonheur, c’est possible ? Je parle surtout du bonheur matériel là, car je ne remets pas en cause les relations humaines qui sont indispensables. Ces réflexions m’amènent à me demander si la quête d’un monde plus respectueux de l’environnement n’est pas la marche vers le bonheur. Ahhh ça, on pourra accuser tant qu’on veut les écolos de vouloir revenir à la charrette, en attendant on a jamais entendu dire qu’avoir un gros 4×4 rend plus heureux :). Vous avez remarqué comme c’est apaisant de s’assoir sur une plage ( pas le 14 juillet à Nice hein …) et d’écouter la mer ? Marcher dans les bois, « prendre l’air », se « ressourcer » … Mais pour tout cela il faut du temps et le temps de c’est de l’argent, l’argent c’est le nerf de la guerre et la crise économique c’est un peu une sorte de guerre … Alors pour faire la paix, allez vous promener !! Allez, moi aussi j’y vais … [...]

  4. “le tourisme aujourd’hui quête de soi, colonisation moderne ou recherche d’humanité ?” et si c’était un peu des trois ?
    la quête de soi n’est elle pas une recherche de son humanité, et quand on la rencontre, c’est en même temps l’humanité tout entière que l’on rencontre ? la colonisation moderne est notre problématique quotidienne à mon sens, que l’on voyage ou pas, la colonisation commence quand on veux persuader son voisin qu’il devrait faire comme soi, quand on prétends détenir la vérité pour soi et donc pour tous les autres alentours, en référence article d’OceKo, avec les divers commentaires où on en a déjà parlé : http://www.oceko.info/me-to-you/je-veux-la-verite-qui-a-tort-ou-raison/

    plus j’avance dans la vie plus je vois qu’il y a de tout dans tout, et qu’il m’est difficile de classer une expérience selon tel ou tel critère. pour le voyage par exemple, impossible d’embrasser la complexité et la subtilité des différences culturelles à moins de passer des années, et même tout ne serait qu’impartial, déjà dans ma propre culture impossible. chacun y va donc avec ses filtres et prends ce qui lui fait résonance, et c’est difficile de juger, quelqu’un qui va à Las Vegas juste pour les machines à sous, va peut-être tomber amoureux du désert en y arrivant alors qu’il venait pour autre chose. on sait pourquoi on part (à peu près) mais on sait pas avec quoi on reviens . ..

    Ta conclusion me touche “S’apprivoiser devient alors un cadeau lorsqu’on rencontre des gens qui osent le temps de la relation…”
    mais que faire pour ceux qui ne prennent pas le temps ? et bien de mon expérience il y a aussi des choses qui s’échangent quand le temps n’est pas là, une minute d’intense présence peut sembler épaisse et laisser une trace à jamais, qui n’a pas expérimenter cela ? de manière général je préfère prendre le temps, parce que je me rends compte que ma perception me comblent de tant de richesse, qu’il me faut du temps pour savoir quel aspect de la rencontre (avec un être humain ou un paysage) privilégier … je ne sais pas si vous me suivez. je me suis surprise à tomber en extase devant les poteaux électrique en bois (il ressemblait aux poteaux élec dans Lucky Luke) à la Nouvelle Orléans quand j’y suis arrivée en 1998, alors que j’ai réalisé qu’on avait les mêmes en fin fond de province française !!! En voyage le tri des infos se fait différemment, et c’est un exercice que d’essayer de regarder le trajet que l’on fait tous les jours avec un oeil vif et neuf, comme si on le découvrait pour la première fois …

    j’ai aimé tous les voyages que j’ai fait parce que les rencontres m’ont mis face à des parties de moi que je ne connaissais pas, il y en a eu où j’ai pris le temps, d’autres ou j’ai traversé des villes et des paysages comme si je regardais à travers un prisme télévisuel. J’ai surtout découvert que c’est mon état d’esprit intérieur qui colorait tout le voyage … finalement le pays aura été super quand intérieurement j’étais gai, dispo, détendue alors qu’en réalité on aurait rien fait de particulier, il aurait plu, etc, et inversément … vous ne trouvez pas ?

    Voyager m’a permis aussi de remettre en question ce que je considérais comme normal dans mon pays, et ça c’est bien, parce que finalement rien n’est jamais normal tout est à remettre en question et à réinventer non ?

    et puis je n’ai jamais autant appris sur ma propre culture que par des visiteurs étrangers en France, ou même ceux qui sont là comme résident pour plusieurs années, parce que certains mettent une ardeur à comprendre leur pays de visite ou d’accueil et j’ai appris bcp grace à eux, en littérature, musique, histoire etc … bref on peut rencontrer sa propre culture à travers le filtre d’un oeil neuf de voyageur et je suis épatée de la riichesse et diversité qui habite déjà chacun de nous tous, habitant d’ici ou de là, le temps de la rencontre avec un autre être humain c’est déjà d’ailleurs un voyage non ?
    … désolée je suis bavarde, ça me touche ce sujet …

  5. Hello !

    @David : oui couchsurfing c’est génial, je l’ai pas mal utilisé pendant mon voyage. C’est vrai que c’est une solution génial pour rencontrer des locaux, je suis à 100¨avec toi, l’initiative est créatrice de liens véritables entre les gens.

    @Héloise : Je partage ton avis et surtout bravo pour ton travaille en humanitaire…c’est vrai que c’est pas forcémment facile. J’ai une question : penses-tu avoir été catalogué par les locaux parceque vous étiez une asso humanitaire venu pour les aider ? Une réaction de fierté peut aussi mettre une distance. Cela peut-être une atteinte à la dignité de la personne dans certains cas.

    @Nathalie : puisque tu as mis un ping-pong avec ton article, je te réponds : ce samedi je suis allé consommer justement, j’ai acheté des bouquins d’ethnologie. Et le dimanche je suis allé me ballader et suis allé parler aux arbres (oui oui !).

    @Sel : Mais Sel, quand ouvres tu ton blog avec tout ce que tu as à dire ???? C’est vrai que quelques secondes suffisent pour partager même un regard, un sourire, qui me font vibrer. Tu dis “mais pour ceux qui ne prennent pas le temps?”, cest justement la question, cela dépend de comment ils le vivent. On peut passer une vie en ayant peur des autres et ne jamais les rencontrer parceque ne pas prendre le temps c’est ne pas l’oser, ne pas se l’autoriser, c’est donc avoir peur d’une confrontation qui nous remets en cause. Les gens que j’ai rencontré n’ont pas à prendre le temps puisqu’ils n’ont pas la mm vie que nous ! C’est toujours difficile d’essayer de faire comprendre ce que j’ai vécu…disons que l’attention qu’ils portent à la relation à l’autre est infini et libre car leur relation à eux-même est infini et libre.

  6. mais Matyas … si j’ouvre mon blog … tu crois que j’aurai encore du temps pour lire et réagir à tous tes généreux billets ? … et tout ceux qu’écolo info offre ? … c’est si chouette de dialoguer autour des thèmes que vous proposez …
    j’y médite en tout cas …

    ” Les gens que j’ai rencontré n’ont pas à prendre le temps puisqu’ils n’ont pas la mm vie que nous ! ”
    est ce que tu veux dire qu’ils n’ont pas la meme présence à l’autre, à la vie que nous ? présence à tout leur sens, présence enracinée et en lien avec les étoiles, debout entre terre et ciel … à te lire ça donne toujours d’avantage envie de faire de telles rencontres en tout cas … merci

  7. enfin je prends le temps de lire ton billets, que je dévore avec délectation une fois de plus, tu as vraiment une belle plume et tes réflexions si claires et profondes ! Le sujet du voyage me touche aussi beaucoup, j’ai toujours voulu voyager et quand j’ai commencé à travailler vers 21 ans c’est ce que j’ai fais tout de suite, avec le sac à dos ou dans un complexe hotelier (y a pas photo j’ai eu rapidement une préférence pour le premier). Mais depuis quelques années, j’ai de plus en plus de mal, avec cette position -tu as bien raison d’employer le mot- de colonisateur. A quoi bon débarquer dans un pays juste pour prendre des photos, profiter du luxe à bas coût et de la plage et donner quelques pièces alors qu’on a des billets pleins les poches… Alors que va-t-on chercher dans ces pays lointains? Tu lances une grande question là, à laquelle je n’ai pas encore fini de réfléchir, j’avoue. Dans mon dernier voyage j’ai eu la chance d’être accueillie chez l’habitant et de vivre au ryhtme local et finalement c’est plutôt les liens qui se sont tissés là-bas qui m’auront le plus marqué plus que le paysage ou les palmiers…

  8. Article et commentaires très pertinents. D’accord avec Julie, les paysages et les palmiers sont une chose, les rencontres une autre. Regardez combien de gens rentrent de vacances et vous racontent en premier si la nourriture du restaurant était bonne ou si le chambre était propre… Depuis quelques années, j’observe toutefois des changements. les gens sont plus attentifs à ces rencontres et aux gens… ça évolue oui !

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