Ecolo-Info
 Dans quelle mesure mon assureur contribue-t-il au changement climatique?
De Anne-sophie • 14 décembre 2008 •
Catégorie: Agir/Grandir

A l’occasion de la conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est terminée avant hier à Poznan, les Amis de la Terre France ont publié cette semaine le rapport “Assurances françaises : changements climatiques garantis ?”. C’est la première fois qu’une étude est faite sur les 15 plus importants assureurs français* et…. il apparaît qu’aucun d’entre eux ne dispose d’une politique climatique complète. Pourtant, la gestion d’actifs des assureurs français génère des émissions induites de 490 millions de tonnes de CO2, ce qui équivaut à 90 % des émissions totales de la France.

Au banc des accusés, on trouve surtout les politiques de gestion d’actifs, qui surprennent par leur laxisme en matière climatique et énergétique. Les pouvoirs publics ne se sont pas non plus emparés du sujet: à l’heure actuelle, aucune réglementation ne fait le lien entre climat, énergie et gestion d’actifs. A la question se savoir si les investissements climaticides ont encore de beaux jours devant eux, les Amis de la Terre ont mené l’enquête… avec assurance! Voilà quelques explications avec Yann Louvel, chargé de campagne Finance privée aux Amis de la Terre, que nous avions déjà interrogé il y a quelques temps au sujet du choix des banques.

Salut Yann! Vous venez de sortir un rapport sur les assurances françaises et le changement climatique… Au premier abord, on ne voit pas trop le lien? Peux tu nous expliquer en quoi mon assurance a un impact sur le climat?

Eh bien… c’est la même chose que pour les banques! Au premier abord, les liens entre “assurance et climat” laissent penser instinctivement aux émissions de gaz à effet de serre (GES) émises dans le réseau des agences françaises ou par les déplacements de leurs employés, ce que nous appelons les impacts “directs”. Mais comme pour les banques, l’enjeu n’est pas du tout là mais bel et bien dans le coeur de métier des assurances, à savoir la distribution de produits d’assurance et la gestion d’actifs, les assureurs étant assis sur un tas d’or!

De toute façon, les changements climatiques ont déjà et auront un impact direct sur l’activité des assureurs de par l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements climatiques extrêmes, une évolution qui se fait dors et déjà douloureusement ressentir dans le secteur depuis plusieurs années. Pour donner quelques chiffres, Allianz estime que 40% des dommages aux biens assurés sont dûs aux catastrophes naturelles, ce qui a coûté aux assurances la bagatelle de 28 milliards de dollars l’an dernier, un chiffre en constante augmentation.

Quelles sont les principales observations du rapport?

La première observation, c’est que l’on part de loin et qu’il y a d’énormes progrès à faire dans le domaine!

Les assureurs ont deux rôles majeurs à jouer pour faire face aux enjeux climatiques, et ils se débrouillent mieux dans le premier que dans le deuxième:

1. Favoriser les changements de comportement de la population en proposant des produits d’assurance automobile et habitation aux particuliers incitatifs. Les incitations en question pour l’assurance automobile sont les suivantes :

  • Politique de prix préférentielle pour les véhicules de classes A et B, pour les forfaits à faible kilométrage, et pour les utilisateurs des transports en commun;
  • Surprime pour les voitures les plus émettrices (classe D et suivantes) ou qui parcourent le plus de kilomètres à l’année;
  • Formations à l’éco-conduite modifiant le comportement des assurés et diminuant la sinistralité et l’impact environnemental de la conduite;
  • Intégration de critères environnementaux exigeants pour les réseaux de garages agréés.

Et pour les produits d’assurance habitation :

  • Couvrir sans surprime les systèmes de production d’énergie renouvelable et l’utilisation d’éco-matériaux;
  • Garantir la production d’énergie de source renouvelable;
  • Mettre en place une politique tarifaire préférentielle pour les logements les plus efficaces énergétiquement, sur la base du label BBC (Bâtiment Basse Consommation) en construction et rénovation;
  • Lors de la reconstruction post-sinistre, encourager fortement une reconstruction très efficace énergétiquement.

2. Mais l’effet de levier le plus important réside assurément dans la gestion d’actifs, c’est-à-dire dans l’utilisation et l’allocation des fonds collectés par les assurances, les investissements réalisés avec les 1 500 milliards d’euros que contrôlent les assurances françaises.

Et dans ce domaine, bien peu de choses sont faites à l’heure actuelle. A commencer, comme pour les banques, par le calcul des émissions induites par les investissements des assurances. Seule CNP Assurances calcule une partie des émissions de ses fonds, mais c’est indépendant de sa volonté puisqu’elle a en fait bénéficié de l’initiative de l’étiquetage de la Caisse d’Epargne qui distribue une partie de ses produits. La MACIF a également testé l’un de ces fonds cet été. En l’absence de données, difficile de prendre des engagements de réduction des émissions de GES induites alors qu’elles sont absolument indispensables vu les montants en jeu pour respecter les engagements français (facteur 4 d’ici 2050), européens et mondiaux. De nombreuses assurances sont “en réflexion” sur le sujet, mais on attend toujours des résultats concrets!

De même, pratiquement aucune assurance n’applique de filtre incluant des critères climatiques s’appliquant à la totalité de son portefeuille et pas seulement à quelques fonds dits ISR pour ”Investissement Socialement Responsable”. Aucune d’entre elles n’a de politique de réduction et/ou d’exclusion de titres sur des critères climatiques et énergétiques, qui les amèneraient par exemple à réduire leurs investissements dans les énergies fossiles ou à exclure les fausses solutions au défi climatique que sont les agrocarburants, le nucléaire ou le captage et le stockage du carbone.

Enfin, il est dramatique que les assurances, en tant qu’investisseurs institutionnels majeurs brassant des centaines de milliards d’euros, n’utilisent pas leur influence pour pratiquer un activisme actionnarial climatique dynamique auprès des entreprises dans lesquelles elles investissent. Elles rencontrent en effet régulièrement les hautes directions de ces entreprises dont elles surveillent les résultats et la gouvernance, et elles sont donc les mieux placées pour faire passer un message fort concernant l’intégration de la contrainte carbone par ces entreprises, particulièrement dans les secteurs les plus émetteurs comme celui de l’énergie ou des transports.

Avez vous classé les assurances?

Contrairement aux banques, nous avons décidé de ne pas classer les assurances pour plusieurs raisons :

1 - Contrairement aux banques dont nous analysons les impacts environnementaux et sociaux des activités, nous n’avons pour l’instant évalué les assurances que sur un seul et unique critère précis: le climat. Même si cette évaluation nous permet d’avoir une idée de la prise en compte des considérations extra-financières, qui commencent au passage à intégrer les considérations financières, nous ne considérons pas cela suffisant pour juger l’ensemble des politiques des assurances françaises en la matière. D’autres critères peuvent jouer, comme le caractère mutualiste par exemple.

2 - Les activités des différentes assurances sont très disparates, certaines ne distribuant pas de produits d’assurance biens et dommages, comme CNP Assurances et La Mondiale, tout comme leur mode d’organisation. Difficile de comparer un géant mondial comme AXA à un acteur franco-français comme la MAIF.

3 - Nous n’avons pu reprendre notre raisonnement en terme de “risques” comme nous l’avons fait pour les banques, d’une part parce que les assurances ne financent pas directement les “projets controversés” que nous suivons à travers le monde par des prêts, mais aussi et surtout parce que notre analyse ne porte que sur la dimension climatique et qu’elle n’est pas assez précise pour nous permettre d’identifier précisément les entreprises dans lesquelles les assurances investissent.

Donc comme les banques, les assurances peuvent aussi être plus “responsables”?

Assurément! Elles peuvent être plus responsables en incitant leurs clients à l’être, comme indiqué ci-dessus, et elles peuvent surtout l’être en pratiquant une meilleure gestion de leurs fonds propres et en assumant leur responsabilité d’investisseurs majeurs pour mettre la pression sur les entreprises dans lesquelles elles investissent!

Que puis-je faire à mon niveau alors pour inciter mon organisme d’assurance à être plus responsable?

Au niveau individuel, nous conseillons aux clients des compagnies d’assurance et aux sociétaires des mutuelles d’assurance deux choses :

1- Demander à leur assurance d’avoir accès au maximum d’informations et donc de rejoindre l’initiative de la Caisse d’Epargne sur l’étiquetage des produits financiers aux particuliers qui permet d’avoir des informations concernant la sécurité, la responsabilité et l’impact sur le climat de chaque produit financier.

2- Demander à leur assurance que celle-ci encourage au maximum les comportements vertueux et écologiques des consommateurs, en reprenant tous les incitatifs mentionnés ci-dessus pour les produits d’assurance automobile et habitation.

Bon, après les banques et les assurances… à quel secteur comptez vous vous attaquer maintenant?;)

A tous les investisseurs institutionnels français, les gros poissons qui brassent des centaines de milliards et qui sont très peu connus du grand public! Pour compléter ma réponse sur le classement des assurances, nous pensons en effet à analyser beaucoup plus précisément les investissements dans le secteur énergétique des gestionnaires d’actifs français: les grandes banques, les assureurs, et probablement d’autres acteurs qui jouent un rôle majeur dans l’orientation et l’allocation des flux financiers mondiaux. Ces acteurs financiers privés ont donc la responsabilité de stimuler et d’accompagner la transition énergétique absolument indispensable dont le monde a besoin en investissant massivement dans l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables.

Autre chose à ajouter?

Dans l’attente des résultats des négociations du paquet énergie-climat européen qui vont déterminer beaucoup de choses dans les années à venir, peut-être un seul mot d’ordre : justice climatique!

* AXA, Generali, Aviva, CNP Assurances, Crédit Agricole-LCL, BNP Paribas, Société Générale, AGF, Groupama-GAN, Crédit Mutuel-CIC, Natixis, La Mondiale, MMA, MACIF, MAIF

++ Liens ++

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Anne-sophie Economiste de formation (spécialisée sur les questions de commerce et développement et sur les liens entre économie et terrorisme), j'use de mon "virus de l'info" pour essayer de transmettre au plus grand nombre une grille de lecture plus verte de l'actualité!
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3 Réponses »

  1. j’en avais déjà entendu parler de ce rapport par un pote des Adt (les Amis pas les Ateliers :) ) et je viens de voir l’article de Novethic…ça avance :)

  2. Moi je voudrais en profiter pour pousser un coup de gueule sur les assurances.

    Avec mon ami Nicolas, nous allons faire du Wwoofing en France pendant 6 mois. C’est à dire que l’on est nourri et logé par des gens chez eux et qu’en retour on travaille avec eux 4 ou 5 heures par jours, 5 ou 6 jours par semaine. c’est le principe du bénévolat, ou plutôt de l’échange de services. Nous allons faire de l’éco-construction et donc nous avons besoin d’être assurés pour cette activité. Hey bien , c’est la croix et la bannière !! Impossible de trouver un assureur qui nous garantit la couverture à 100% Car le bénévolat n’est pas reconnu … En gros, on te couvre quand tu fais des échanges pécuniers, mais pas des services …

    Avoir un assureur green, c’est vrai que c’est très important, mais si les assureurs pouvaient reconnaître et protéger le travail bénévole ce serait encore mieux !
    Si quelqu’un connait ce cas de figure et a quelque chose à nous propose, nous sommes à l’écoute :)

    Merci

  3. à nathalie J : si tu penses que ta garantie responsabilité civile ne suffit pas, tu as la solution de te faire assurer en temps que bénévole d’association : à toi d’en créer une pour ton projet. Cette asso, en tant que personne morale, contractera une assurance qui couvrira les risques de son activité et de ses bénévoles…

    la M*a*i*f pour ne pas la citer est spécialisée dans ce genre de contrat

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