Ecolo-Info
 Nous en sommes tous capables!
De Brendan • 13 janvier 2009 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

Comme Anne-Sophie lundi, j’ai moi aussi lu le billet d’Hélène Crié-Wiesner sur rue89 au sujet de “The Bridge at The Edge of The World: capitalism, the environment, and crossing from crisis to sustainability” de James Gustav Speth et “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme” de Hervé Kempf, journaliste au Monde, qui pointent les limites des efforts individuels et qui prônent une rupture avec le capitalisme.

Selon Gus Speth, “la situation requiert des changements plus profonds et plus systémiques que l’approche environnementale en vigueur aujourd’hui. On doit complètement changer le système.”

Et pour Hervé Kempf, “chacun, chaque groupe, pourrait dans son coin réaliser son bout d’utopie. Il se ferait sans doute plaisir, mais cela ne changerait pas grand-chose au système, puisque sa force découle du fait que les agents adoptent un comportement individualiste. (…) L’enjeu n’est pas de lancer des alternatives. Il est de marginaliser le principe de maximisation du profit en plaçant la logique coopérative au cœur du système économique.

Que les petits gestes individuels soient complètement insuffisants, ce n’est pas une nouveauté. Alors point de salut hors d’un mouvement collectif? Quelle différence peut faire un individu dans la lutte contre le changement climatique? C’est à cette question que Colin Beavan a apporté son point de vue récemment dans un billet publié sur le site worldchanging.com. Colin Beavan, il y a peu de chance que vous le connaissiez. Mais si vous êtes un lecteur de blogs environnementaux US, vous n’avez pas pu passer à côté. Il écrit le blog NoImpactMan.com où il relate son expérience de changement radical de style de vie.

Voici son propos :

  1. Il y a un cas de figure où une personne n’a aucune influence, c’est quand elle de tente rien.
  2. Bien sûr, une action collective est nécessaire et cela passe par une pensée et une action politique.
  3. L’action collective a d’autant plus d’impact qu’elle est portée par des personnes qui sont cohérentes dans leurs actions individuelles.
  4. Nous avons besoin d’un changement de culture et ça ne se décrète pas dans les cabinets ministériels. C’est le coeur et l’esprit qui doivent évoluer, et ça c’est une affaire d’individus.
  5. Si nous voulons que le système change, il faut que nous changions.
  6. Nous devons adopter un nouveau modèle de “citoyen engagé” dans lequel on réalise que notre comportement influe sur notre environnement. Nous devons amener la démocratie participative à un niveau supérieur où on ne se contente pas de voter pour nos dirigeants mais où l’on prend la responsabilité de créer une nouvelle culture.
  7. On y gagne le sentiment d’une vie pleinement vécue où l’on n’est plus la victime d’un système mais maître de son destin.

Il dépasse clairement les simples bons gestes pour prôner un rôle culturel actif, mais rattache le changement systémique souhaité par Gus Speth et Hervé Kempf à une évolution individuelle en premier lieu.

Il me semble également important de noter le sentiment d’accomplissement personnel qu’apporte, selon Colin Beavan, l’action. Pierre Radanne ne tient pas des propos très éloignés dans un entretien récent à La Voix du Nord quand il explique que l’action permet de lutter contre l’angoisse refoulée générée par la prise de conscience du réchauffement climatique.

Il faudrait donc continuer à faire prendre conscience du réchauffement climatique, mais sans doute travailler beaucoup plus à placer les gens en position d’être acteurs à part entière, d’être une part de la solution comme le rapportait Anne-Sophie dans un récent billet. Les collectivités locales qui établissent des plans climat travaillent beaucoup sur les aspects relevant de leurs compétences, elles pourraient aussi sans doute agir pour la mise en mouvement de leurs habitants, entreprises et associations en créant les conditions d’une implication active dans les actions locales de ce défi planétaire.

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7 Réponses »

  1. S’il est effectivement nécessaire d’opérer un changement plus profond, nos éco-gestes ne sont pour autant pas dénués d’intérêt dans ce changement.

    Nos gestes portent en eux le potentiel de transformer le monde. Ce potentiel se révèle quand ils se lient les uns aux autres et finissent par former un ensemble.
    Et dès lors chaque goutte d’eau, chaque maillon de la chaîne peut avoir un poids.
    Ce qu’il nous manque encore c’est de ne nous percevoir comme des maillons non pas anonymes qui s’enchainent les uns aux autres sans véritable sens, mais au contraire comme des individus uniques qui délibérément choisissent d’appliquer à leur niveau du mieux qu’ils peuvent de nouveaux gestes avec la certitude d’appartenir et de contribuer à une action plus grande, collective.
    C’est alors que le temps de l’individualisme pourrait laisser place à un temps ou l’individu réussit comme le dit Thierry Gaudin dans son livre « 2100, récit du prochain siècle » à « être seul avec lui-même tout en étant ensemble avec les autres ».

    Voici ce que l’astrophysicien André Brahic nous dit récemment sur l’antenne d’Europe1 à propos du réchauffement climatique et de notre prise sur cet événement. Je cite :

    Nous sommes sur une ligne de crête en équilibre. Le ravin est à gauche et à droite. Et il y a des milliers de mètres de profondeur. Faut pas tomber du ravin. Alors on voit très bien qu’une planète qui est plus proche du soleil comme Vénus a connu un emballement de l’effet de serre. Le résultat est une température de 400° et une pression de 100 atmosphères, un sous-marin n’y résisterait pas. Vénus est invivable. De l’autre côté du ravin, il y a Mars où l’effet de serre a avorté. La température s’est refroidie. La vie à du démarrer sur Mars on le soupçonne mais elle s’est arrêté car l’effet de serre a avorté. Et la Terre est donc au milieu. De quel côté allons nous tomber ? Alors il est évident que l’action de l’homme est négligeable devant l’action du soleil, l’action des planètes, l’action de la nature. L’homme n’a pas ce pouvoir. MAIS prenez un funambule en équilibre sur son fil. Si vous donnez une petite pichenette, il va tomber. L’action de l’homme est faible, mais la pichenette dans la mauvaise direction peut le faire tomber… Nous sommes à un tournant.
    Fin de citation

    André Brahic met en lumière que même notre action collective qui se nourrit de la somme des contributions individuelles, a en soi elle aussi un caractère qui peut paraître dérisoire, mais c’est parce que nous ne sommes encore enfermés dans une vieille idée fausse du changement qui veut que l’on déploie de gros moyens pour faire naître de grandes transformations. Ce n’est plus le cas depuis longtemps et cela le sera de moins en moins. Dans un monde où de plus en plus tout est lié à tout et où l’instabilité devient la norme et la stabilité l’exception, on a coutume de dire et même si cela reste une image caricaturale, qu’un battement d’aile de papillons peut provoquer un tsunami à l’autre bout du monde.

    Un geste peut participer à faire basculer un système ou être l’élément déclencheur, le point de bascule, qui va le faire changer radicalement. C’est bien connu une seule goutte supplémentaire et c’est le vase qui déborde.

    Ainsi chaque geste compte. Il n’y a pas de petits gestes car chaque geste s’inscrit dans un tout dont il peut être le point de départ ou le point de bascule.
    Il nous appartient maintenant de créer des vagues de changement, des vases qui débordent ou encore selon l’image suggérée par André Brahic des “pichenettes” qui vont participer à nous faire avancer dans la bonne direction et nous conforter dans notre destinée de terrien.

    http://www.1milliondedvdpourlaplanete.net

  2. Le livre où les idées sont exprimées est : “Pour sauver la planète, sortez du capitalisme” (Seuil). Voir : http://www.reporterre.net

  3. Merci pour cette précision Monsieur Kempf! Nous avons mis toutes les références dans l’article précédent (http://ecoloinfo.com/2009/01/12/systeme-dexploitation-capitalisme-219-cherche-solution-de-debogage-actsense-37-kempf/), mais pas dans celui-ci! Je les ajoute de suite!:-)

    Boris: il y a aussi la jolie métaphore du colibris dans le genre!:-)

  4. Bonjour,

    J’aime beaucoup le point 5 que je m’évertue à claironner autour de moi, comme vous tous d’ailleurs ? Pas facile pourtant de demander aux autres de faire des efforts quand rien autour de nous ne nous y pousse. Voyez les vitrines des grands magasins allumées toute la nuit, les éclairages publiques à outrance, les guirlandes de noel, les tours de la Défense ( y a t’il vraiment des gens qui bossent à 3 h du mat’ ? ). Beaucoup se demande à quoi ça sert d’éteindre la lumière des toilettes dans ces cas là …
    J’espère de tout coeur que la pensée individualiste s’étiolera avec l’urgence climatique et sociale qui se prépare.

  5. @Une question à Monsieur Kempf,
    Est-ce que sortir du capitalisme est une condition nécessaire et suffisante pour faire changer les comportements individuels? Et est -il possible, avant de sortir du capitalisme, de faire changer les comportements individuels par une action pédagogique, ou cela n’est-il possible que par un changement politique? Ce qui signifierait alors que seule une contrainte forte est de nature à modifier les comportements.
    Un exemple est celui de l’automobile: il est possible dans notre pays, sans le moindre investissement ,de faire baisser de 35 % la consommation de carburants des particuliers, et donc les émissions de CO2 qui vont avec ! il leur suffit pour cela de diminuer de 10% leur vitesse moyenne sur leurs trajets habituels ( gain de carburant 20 %), de choisir parmi les voitures existantes celles à basse consommation,et de bien les entretenir et de renoncer à 5% de leurs déplacements en voiture. Or seule l’augmentation du prix des carburants a fait un effet, ainsi que le bonus-malus, donc l’argent, et depuis la baisse, on voit à nouveau des comportements aberrants. En quoi sortir du capitalisme changerait-t-il quoi que ce soit à cette situation?
    Deuxième question: pourquoi la presse, entre autres Le Monde, est-elle si peu diserte sur le problème posé par le développement de la consommation de charbon pour produire de l’électricté, qui entraîne maintenant 42 % des émissions de CO2 dans le Monde, ainsi que des désastres sanitaires et écologiques( les Allemands par exemple depuis des dizaines d’années la région de Cologne avec leur lignite, les Américains entassent les déchets toxiques de leurs centrales dans des décharges dont les barrages se rompent etc..) . Oui, pourquoi les journaux français sont-ils si discrets sur cette question, et on par exemple si peu fait de publicité à la lettre de Hansen à Barack Obama, qui traite précisément de cette question?

  6. Bonjour

    J’ai lu avec intérêt cet article, les liens et les commentaires. Je n’ai rien de particulier à y ajouter. J’aimerais juste signaler une contre-vérité écrite par BMD dans le commentaire précédent : “il leur suffit pour cela de diminuer de 10% leur vitesse moyenne sur leurs trajets habituels ( gain de carburant 20 %)”. C’est malheureusement techniquement faux, car le facteur vitesse n’est pas prépondérant dans la consommation d’un véhicule. Ce sont principalement ses accélérations/décélérations et le rapport engagé qui compte. Et cela dépend à la fois du comportement du conducteur mais aussi de l’infrastructure et du trafic (celui ci dépendant également de l’infrastructure). Une réduction de vitesse a parfois même l’effet inverse de l’effet escompté. Par exemple, lorsque le trafic est extrêmement dense, cela diminue sa fluidité, et peut provoquer des effets “accordéons”, qui sont des phases accélérations-ralentissement au cours desquels les véhicules consomment massivement. Et le meilleur moyen de diminuer sa consommation de carburants dans les transports reste bien-sur de privilégier les transports plus doux que la voiture :-D
    Je rejoins par contre BMD sur le fait que l’addition des comportements individuels ne sont pas inutiles, loin de là, surtout lorsqu’ils permettent de montrer que faire mieux est possible, et même assez facile dans un premier temps.

  7. [...] Nous en sommes tous capables, Ecolo-Info, 13 Janvier 2009 [...]

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