Ecolo-Info
 Epandages sauvages
De Agnès • 05 mars 2009 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

Les habitants de trois bourgs du nord Gironde (Asques, Saint-Romain la Virvée et Cubzac) se seraient volontiers passés d’un tel cadeau de Noël. C’est en effet dans le courant du mois de décembre et totalement par hasard qu’ils ont eu connaissance d’un projet déjà bien entamé, d’épandages de composts devant être réalisés sur leurs communes.

Où le hasard fait bien les choses

Alors qu’il attendait d’être reçu en rendez-vous à la mairie, un habitant de la commune d’Asques a mis son temps à profit pour feuilleter un dossier de Déclaration d’Utilité Publique concernant un projet d’épandage de composts. C’est parce qu’il avait déjà eu à subir des nuisances inhérentes à de précédents épandages de boues et de résidus que ce citoyen a cherché à se renseigner davantage sur ce projet et qu’il a finalement touché du doigt le gros point noir du dossier : la nature de ces “composts”.

La situation est la suivante : certains propriétaires de terres sur les communes d’Asques, Saint-Romain la Virvée et Cubzac ont signé des conventions d’épandage de compost avec SEDE Environnement, filiale de Veolia, Jusque là rien d’anormal, chacun disposant comme il le désire de ses terres.

Des coteaux, proches de Saint-Romain la Virvée

C’est néanmoins autour de la dénomination du terme de “compost” que les habitants des communes concernées bloquent. Selon eux et après enquête (notamment dans les propres analyses du dossier de Déclaration d’Utilité Publique), ce qui est abusivement nommé du compost serait en réalité un assemblage des boues de stations d’épuration (industrielles ou de collectivité), mélangées à des produits de désencrages d’imprimerie, des fientes de poulets d’élevage industriel (en provenance d’une unité située au sud de Bordeaux), de boues industrielles de traitements des effluents des industries laitières ainsi que des chutes d’atelier d’ameublement (bois aggloméré essentiellement).

Ce “compost” contiendrait également des métaux lourds (type cadmium, plomb, mercure…), des PCB, et autres “benzo fluoranthène“, “benzopyrènes” dont les quantités restent difficiles à évaluer.

Les opposants à ces épandages craignent, en autres effets néfastes, que les fientes de poulet ne présentent un risque majeur pour la propagation des virus H5N1 et H5N2 (grippe aviaire), sans compter les antibiotiques, médicaments ou  autres “facteurs de croissance” et “stimulateurs de ponte” qui vont immanquablement, selon eux, se retrouver dans les eaux de ruissellement ou d’infiltration.

Des zones à risques et protégées retenues

Outre la composition de ce “compost”, les endroits retenus pour son épandage posent aussi un très gros problème aux opposants. Les épandages ont ainsi été prévu dans les paluds, marais et les zones humides bordant la Dordogne, des zones inondables et concernées par un Plan de Prévention des Risques d’inondation (PPRI), classées en Zone Naturelle d’Intérêt Faunistique et Floristique (ZNIEFF).

Les opposants redoutent que tout le réseau hydrographique, constitué de fossés, vannes, esteys, digues… ne se trouve affecté en cas de pluies abondantes (les premiers épandages étant prévus pour ce mois de mars et avril, à la conjonction des pluies de printemps et de la fonte des neiges, toujours sources d’inondations), contaminant toute la biodiversité et polluant la Dordogne et tout l’estuaire, jusqu’à l’océan.

De plus, les habitants des communes concernées par ces épandages craignent que les odeurs nauséabondes générées par ces produits déversés ne manqueront pas d’atteindre la population et créer des nuisances olfactives trop importantes, des villages entiers se trouvant sous des vents dominants.

Enfin, les opposants ne manquent pas de pointer la quantité des volumes répandus (35000 tonnes sur 1700 hectares) et arguent que pour respecter les délais d’enfouissement, il sera nécessaire de faire appel à des moyens mécaniques lourds. Ce qui ne manquera pas de provoquer pour eux, le compactage des sols et leur lente asphyxie.

Schéma récapitulatif émanant du collectif  des associations

Des citoyens mobilisés

Rapidement un collectif d’associations se crée, la CCED (Coordination contre les épandages dégradants), sous l’impulsion initiale de “Défendons la qualité de vie à Asques”, suivie par l’”Association de Défense de l’Environnement Asques-St Romain” , ATTAC nord Gironde, “Sauvons Cubzac” (créée au moment du grand contournement), des représentants des verts et de la confédération paysanne, le CPNT… Au total le collectif rassemble plus d’une dizaine d’associations.

Des rencontres avec les élus sont organisées, la Préfecture de Gironde et le Ministère de l’Ecologie alertés, les réunions d’informations se multiplient, les habitants des communes concernées sont bien décidés à ne pas rester les bras croisés.

Leur action a le mérite de poser à nouveau une question cruciale : des intérêts privés doivent-ils fatalement primer sur la santé publique ?

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Agnès J'aime à traquer dans la vie quotidienne et locale les initiatives et les leviers permettant de changer les comportements et bouger les lignes.
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10 Réponses »

  1. Bonjour
    Je viens de prendre connaissance de cet article sur les épandages et je suis atterée, comment peux-t-on savoir ou sont déposés ces boues dangereuses? et comment apprendre leur composition?Habitante de Saucats, je me sens particulièrement concernée, et je souhaite réagir également…
    Merci

  2. Bonjour Stéphanie,

    Atterrant, oui je suis bien d’accord.
    Pour trouver des infos sur ces boues, il faut aller fouiner, fouiller un peu partout.

    Le forum du Courant Alternatif (http://www.courant-alternatif.fr/forum/viewtopic.php?f=6&t=96) pourra peut-être donner des pistes et/ou permettre d’avoir des réponses.
    Se rapprocher aussi du collectif d’associations, le CCED.
    Si vous le souhaitez, contactez-moi par mél (agnes@ecoloinfo.com), je vous donnerai les coordonnées de personnes très impliquées dans ce combat.

  3. Il y en a pleins du côte de chez mes beaux parents dans le 77, c’est inadmissible … En plus ça sent vraiment mauvais !

    Les déjections de poulets ne pourraient pas être utilisées pour faire du biométhane ? Comme avec les vaches ? Et des chutes de bois de l’ameublement, c’est dommage, on pourrait en faire de la fibre de bois qui est un bon isolant et aussi des granules.
    Le problème c’est que disposer des choses coûte moins cher que les recycler … C’est vraiment le monde à l’envers.

    Je souhaite bien du courage et de la persévérance à ces associations ! C’est beau de voir la mobilisation des habitants pour défendre leur village, j’ai hâte d’habiter dans un village comme ça !

  4. Bonjour, voilà une situation bien particulière qui mérite d’être largement relayer d’autant que la notion de “compost” est en fait bien encadrée par l’Ademe elle-même (http://www.ademe.fr/particuliers/Fiches/compost/index.htm) - Assez incroyable cet amalgame sur le compte d’une notion tirée du développement durable, c’est carrément de la publicité mensongère !

    Bon pour ce qui est du H5N1 c’est un peu fort tiré par les cheveux quand même (les modalités de contaminations au H5N1 étant bien surveillés au niveau mondial et liés à une proximité directe, cf. site OMS)

    Bien à vous

  5. aië!
    je vais voir si chez nous on a des infos et des actions qui peuvent être utile et on en reparle.
    bises

  6. bonsoir,
    pour ne pas vous effrayer, je crois que cette entreprise compte 200 (de mémoire) plateformes de compostage de ce type en France.

    Cette pratique n’est pas sans me rappeler ces brillants calculs mathématiques qui concluent qu’on peut gagner de l’argent en prêtant à des foyers qui n’ont pas les moyens de rembourser. Mais pourtant, sur le papier, ça marche!!! Alors pourquoi pas avec les métaux lourds?

    L’entreprise elle même dit dans son dossier de DUP (dupes?) qu’il existe d’autres moyens de traiter ces déchets (entre autres, la méthanisation), mais qu’ils ne seraient pas rentables…

    Vous avez dit Cynique???
    S’kusez moi, j’ai pas pu me retenir!

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  9. La Bretagne à une grande expertise en retraitement des boues et effluents agricoles. Des renseignements utiles pourraient sûrement être trouvés là-bas :
    http://www.bretagne-environnement.org/Cybertheque/Dechets/Devenir-des-dechets/Methanisation

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