Ecolo-Info
 C’est une question de réponse…: ne gâchons pas une bonne crise!
De Anne-sophie • 30 mars 2009 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

D’après Jean-Marie Pelt, à la question “quelle terre allons nous laisser à nos enfants“, Pierre Rabhi répond par une autre question: “quels enfants allons nous laisser à notre terre“. Cette réponse me trotte en tête depuis que l’on m’en a fait part, tant elle contient l’Essentiel…

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Quel respect des valeurs…?

Avant hier, en lisant un récent ouvrage au sujet des défis de la gouvernance mondiale, paru volontairement avant la réunion du G20 qui débute mercredi à Londres, je tombe sur ce texte de Mark Halle (expert environnemental de l’International Centre for Trade and Sustainable Development, où l’on trouve sa bio), “Harnessing Trade for a Global Green Transition“. En voilà quelques courts extraits “grapillés” au sujet de la crise, avec une remarque qui m’a interpelée concernant les notions de valeurs morale et légale,:

“President Obama’s chief of staff, Rahm Emmanuel, is famous for saying that we should “never let a good crisis go to waste”. (…) There can be no doubt that the top political challenge is one of vision and leadership. (…) The WTO Preamble contains a statement that commits the multilateral trading system to serve the wider goal of sustainable development, but this commitment has generally been considered to moral rather than legal value and it has largely been ignored. (…) The real political challenge is to accept that the game is up, the economic paradigm to which we were all taught to pay obeisance is dead, having not only failed to deliver social justice, poverty alleviation and environmental responsibility, but having failed even to deliver rigorous economic management.  The rich did indeed get richer, but the poor got poorer as well as we built massive pyramid schemes of wealth divorced from productivity, marginalized millions and drove our climate over the cliff.”

En gros, in French: “le conseiller en chef d’Obama, Rahm Emmanuel, est connu pour son expression: “ne jamais gâcher une bonne crise” (…) Il n’y a aucun doute: le défi politique majeur est celui de la vision et du leadership politique. (…) Le préambules des statuts de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) affirme que le système commercial mondial doit servir un objectif de développement durable, mais  on a généralement donné à cet engagement plus de valeur morale que de valeur légale. (…) Le vrai défi politique est d’accepter que le jeu est fini, que le paradigme économique auquel on nous a toujours demandé d’obéir est mort, il  n’a non seulement pas apporté de justice sociale, il n’a pas réduit la pauvreté ni insufflé de responsabilité environnementale, mais il a aussi échoué à délivrer un management économique rigoureux. Les riches sont en effet devenus plus riches, et les pauvres se sont appauvris, alors que nous constuisons des schémas pyramidaux de richesse déconnectés de la productivité, que nous avons marginalisés des millions de personnes dans le monde et conduit notre climat dans le ravin

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Comment JE vois le monde?

L’autre nuit, une nuit blanche, je retrouve sur ma table de chevet Comment je vois le monde“, d’Albert Einstein. A la question “A quoi bon les richesses?” voilà ce qu’il répond (et je ne le cache pas, j’ai une admiration sans fin pour Einstein):

Toutes les richesses du monde, fussent-elles entre les mains d’un homme totalement acquis à l’idée de progrès, ne permettrons jamais le moindre développement moral de l’humanité. Seuls, les humains exceptionnels et irréprochables suscitent des idées généreuses et des actions sublimes. Mais l’argent pollue toute chose et dégrade inexorablement la personne humaine. Je ne peux comparer la générosité d’un Moïse, d’un Jésus ou d’un Gandhi et la générosité d’une quelconque fondation Carnegie”

Einstein que Nicolas Hulot aime citer également. Dans le dernier Terra Eco d’avril 2009 (p. 56), il rappelle cette citation du génie “notre époque se caractérise par la profusion des moyens et la confusion des intentions“… avant d’exprimer le fond de sa pensée :

Le temps des écogestes est révolu. Il faut fermer le ban et précipiter l’étape suivante. Les crises écologique, alimentaire, énergétique et financière, qui se combinent pour former une crise systémique, ont une seule et même origine: une profonde crise culturelle. Le plus petit dénominateur commun de ces crises est notre incapacité chronique à nous fixer des limites, c’est-à-dire notre goût de l’absolu pour la démesure. Il n’y a pas besoin de prix Nobel d’économie pour le comprendre. Par ailleurs, les changements que nous faisons dans nos modes de vie relèvent de l’épaisseur du trait. Ils ne sont pas à l’échelle des enjeux. Ce qui est en cause, c’est bel et bien notre système économique. Les recettes du passé ne fonctionnent plus. Pire, elles sont les poisons d’aujourd’hui”

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Hulot qui déplore d’ailleurs l’abus que l’on fait du terme “développement durable”: “j’ai parfois l’impression qu’il ne s’agit plus que d’une camomille mielleuse destinée à nous faire ingérer nos excès“, a-t-il confié à Walter Bouvais (fondateur de Terra Eco), avant d’ajouter plus loin, “les solutions ne sortiront pas des moules habituels. Elle ne viendrons pas de ceux qui sont obsédés par une croissance économique qui ne vaut que pour elle-même. Il faut chercher ailleurs. C’est cette curiosité qui doit animer les décideurs. Les personnes qui réfléchissent et qui vont loin de manquent pas”.

La joie créative de la sobriété heureuse…

Alors pour conclure, je ne peux m’empêcher de vous laisser méditer sur ces mots: curiosité, créativité, envie… Et surtout, surtout, reprendre les premières lignes du livre d’Einstein…

Ma condition humaine me fascine. Je sais mon existence limitée et j’ignore pourquoi je suis sur cette terre, mais parfois je le pressens. Par l’expérience quotidienne, concrète et intuitive, je me découvre vivant pour certains autres, parce que leur sourire et leur bonheur me conditionnent entièrement, mais aussi pour d’autres hommes dont, par hasard, j’ai découvert des émotions semblables aux miennes…”

…Avant de vous laisser avec Pierre Rabhi (fondateur du mouvement Terre et Humanisme), que j’ai eu la chance d’interviewer en décembre dernier… “qui sommes nous et comment allons nous évoluer, car la société, c’est chacun de nous…?” “Le plus d’un côté correspond au moins de l’autre”… “Ne tombons pas non plus dans un enfer écologique, le changement réside avant tout dans un changement d’état d’esprit... dans le bonheur d’être…”


Pierre Rabhi, Ateliers de la Terre 2008 - Sommes nous prêts à changer nos comportements? from Ecolo-Info on Vimeo.

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Anne-sophie Economiste de formation (spécialisée sur les questions de commerce et développement et sur les liens entre économie et terrorisme), j'use de mon "virus de l'info" pour essayer de transmettre au plus grand nombre une grille de lecture plus verte de l'actualité!
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13 Réponses »

  1. Bravo Anne So,
    Cela fait du bien d’avoir aussi une vision philosophique de la crise et de changement à venir.
    J’avais également vu Nicolas Hulot, sur une émission de France 2 qui parlait du dénominateur commun des 3 crises (sociales, financières et écologiques) en expliquant notre incapacité à nous fixer des limites.
    Je l’avais trouver ce soir là très investit et malheureusement seul par rapport à des politiques qui souriaient mais ne comprenaient surement pas la portée de ces idées….

  2. [...] découvre dans un des derniers articles de Ecolo Info les propos de Albert Einstein : “Toutes les richesses du monde, fussent-elles entre les mains [...]

  3. Frugalista is it!
    : )
    bel et intéressant article Anne-So!

  4. “Aujourd’hui sur Ecolo-Info, on se veut inspirant…;-)”

    Eh bien c’est réussi, et avec brio !!

  5. Quel article!! Bravo!!
    A chacun de pousser ses réflexions selon sa vision des choses, tu en as mis des pistes pour tout le monde! ;)
    C’est claire que si on va pas au fond “des crises” on va s’enfoncer encore plus dans le trou ou renforcer un monde pas très idéal même s’il devient “vert”.
    Particulièrement, je suis en plein crise “culturelle individuelle” :p et j’essaie bien de ne pas la gâcher! ;) ça me pousse à vouloir comprendre mes “états d’esprit”, pourquoi est-ce que je me comporte ou ressens comme ça? pourquoi est-ce que même si consciemment je veux me comporter comme ceux-ci, finalement je me comporte ou j’ai envie de ceux-là? pourquoi est-ce que si je veux vivre dans la simplicité heureuse, il y a toujours des envies compliqués et sans limite? et bien, finalement la réponse est “culture”!
    Sur wikipédia: « Dans son sens le plus large, la culture peut aujourd’hui être considérée comme l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »…finalement tout alors! et la complication vient du fait que tout cela est “enraciné” dans notre inconscient, donc, changer sa culture n’est pas facile! :p
    Et là on arrive sur un autre champ, pour moi un mélange de science et spiritualité. J’ai trouvé des pistes de réflexion sur un film qui s’appelle “qu’est-ce qu’on sait vraiment de la réalité?” (à faire son tri bien sûre!) et les exposés du Prof. Bernard d’Espagnat (Templeton prize 2009). Peut-être que la solution est tout simplement d’être conscients que nous ne sommes pas notre culture, cad, savoir ce que nous sommes en essence et n’est pas le confondre avec ce que nous percevons selon notre culture (mental)…et bla bla bla! :p
    Merci Anne-So pour cet article! :)

  6. Un petit lien à ajouter…
    http://www.bastamag.net/spip.php?article521

    Le philosophe Edgar Morin, le politologue Pierre Monod et l’artiste Paskua lancent un « Manifeste pour la métamorphose du monde ». Ils y proposent sept réformes fondatrices : réformes politiques, économiques, sociales, de la pensée, de l’éducation, des modes de vie et de la morale. Les trois auteurs préfèrent s’adresser aux artistes du monde entier qu’aux dirigeants du G20. « Il y a des raisons d’espérer », écrivent-ils. « Les grands mouvements de transformation commencent toujours de façon marginale, déviante, modeste, voire invisible. (…) Aujourd’hui l’alter-mondialisme devient un terme à prendre à la lettre : l’aspiration à un autre monde. Elle se manifeste par des myriades de pensées, d’initiatives, d’actions multiples dispersées dans la société civile et qui sont ignorées par les structures politiques et administratives sclérosées. »

    *Edgar Morin*, philosophe et sociologue
    *Pierre Gonod*, politologue et prospectiviste
    *Paskua*, artiste, à l’origine de l’”International Art Movement for the Metamorphosis of the World”

  7. Merci Anne-Sophie pour cet article plein de bon sens :) et il est vrai très intéressant en ces temps gris, noirs et tristes là où on remet en cause notre environnement économique et pleurons sur notre environnement blessé.

    Qu’ils soient “verts”, “écologiques”, “éco-friendly” ou conventionnels… tous les produits ont un impact sur notre cadre de vie et sur l’environnement ; et même les produits qui nous font du bien n’échappent pas à cette règle. Un comble. Il n’existe donc aucun produit “zéro impact”.

    Mais il existe une démarche résolument créative et innovante qui prend en compte les données éthiques et environnementales dès la phase de conception du produit, en parallèle des paramètres classiques : coûts, délais, esthétique, technique… Cette démarche tend à minimiser les répercutions négatives des activités de production sur l’environnement et la société.

    Cette démarche “l’éco-consommation/production” ou consommation/production éco-responsable
    …C’est mon engagement de tous les jours !

    En effet, consommer de façon responsable est, pour moi, bien plus qu’un choix : c’est un véritable engagement. Pour ce faire, j’apporte une attention particulière aux marques qui s’investissent à changer le monde comme moi à mon niveau je tends à changer.

    La réponse est en nous pour nous tous… N’est-il pas simplement question de retrouver un bon sens, de trouver notre équilibre intérieur pour avoir un équilibre de vie?
    Le bon sens est une valeur d’avenir.

    « L’Homme, non pas centre statique du Monde, — comme il s’est cru longtemps ; mais axe et flèche de l’Évolution… »…alors je vais continuer à me faire du bien en faisant du bien au monde qui m’entoure ;)

  8. Merci pour ce billet Anne-So !!
    Pour une fille qui n’a plus le temps d’écrire, tu te débrouille pas mal ;-)

  9. [...] un billet de la semaine dernière, Anne-Sophie rappelait la phrase attribuée à Pierre Rabhi : “quels enfants allons nous [...]

  10. [...] http://ecoloinfo.com/2009/03/30/cest-une-question-de-reponse-ne-gachons-pas-une-bonne-crise-act-sens... [...]

  11. O.K., il faut former des citoyens vigilants; Anne CHEVREL, journaliste vient de nous offrir deux merveilleux ouvrages ” la mer est partie”, ” la colère de gaia”,www.planeterevee.com ,protéger l’environnement et aborder les relations intergénérationnelles sur un mode inattendu et positif, un vrai bonheur! J.M.

  12. Merci Anne-So pour ce condensé de Vision et d’intelligence que je ne manquerai pas de relayer à mes confrères du CODES (Ville de Bordeaux) et du C2D (CUB), instances de concertation où certains ont tant de mal à sortir des dogmes qui ont pourtant fait la preuve de leur inefficacité.
    La bise

  13. [...] C’est une question de réponse: ne gâchons pas une bonne crise! Ecolo-Info, 30 Mars 2009 [...]

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