Ecolo-Info
 Réinventer l’entreprise, Repenser l’économie…
De Max • 28 mai 2009 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

Les Trophées Rethink récompensent, chaque année, des entreprises et des étudiants qui ont su inventer de nouveaux modèles économiques pour répondre aux défis majeurs du développement durable ou transformer les enjeux majeurs de notre époque en opportunités de développement, en créant de nouveaux produits, services ou “business models” originaux.

La soirée de remise des Trophées a eu lieu le 24 mars 2009 à la Chambre de Commerce et de l’Industrie de Paris. Temps fort de la soirée: une table ronde animée par Erik Izraelewicz (La Tribune) sur le thème “Réinventer l’Entreprise, Repenser l’Economie”. Max a assisté à cette conférence et souhaitait depuis longtemps partager ses impressions avec vous sur Ecolo-Info…

Le 24 mars dernier, à l’occasion de la dernière soirée des Ateliers de la Terre, pour la remise des trophées Rethink, nous avons eu droit à une joute multi-culturelle, entre un agro-écolo, un entrepreneur, et deux dirigeants de grosses entreprises.

Il est intéressant de noter qu’habituellement, les débats/conférences autour du développement durable, n’attirent que des gens convaincus, passionnés des thématiques abordées, qui parlent face à un public tout aussi  convaincu. Sans être stérile, cela limite le débat et borne les questions/réponses à une promenade de santé.

Ce soir là, ce ne fut pas le cas grâce aux intervenants brillants qu’étaient Pierre Rabhi, Gunter Pauli, Clara Gaymard et Henri Proglio, qui ont présenté chacun à leur tour la vision de leur monde idéal.

Repenser le monde

Pierre Rabhi, maître de l’agro-écologie, nous a expliqué comment la sobriété heureuse était la seule voie permettant à l’Humanité de vivre en harmonie avec la Nature, avec la Terre. Il nous a rappelé les fondamentaux de l’agriculture, et a évidemment encouragé les jeunes entrepreneurs à se pencher sur la question de la souveraineté, alimentaire et économique de l’ensemble de la population. Il a expliqué comment l’homme, en cherchant des solutions de plus en plus complexes à ses problèmes, a fini par se détacher de la Nature qui, au contraire, doit absolument être placée au cœur de toute réflexion.

Pierre Rabhi, Décembre 2008, Ateliers de la Terre

Gunter Pauli, fondateur du ZERI, a félicité les jeunes entrepreneurs, et placé sa confiance en eux : jeunes et donc libres de tout préjugé acquis par l’expérience; sans capital, ce qui leur permet de prendre plus de risques, ils sont les apporteurs des solutions de demain….

Sa philosophie, basée sur le biomimétisme, propose une approche plus systémique et intégrée de notre modèle de production. Il a évidemment donné des exemples de filières totalement intégrées, mettant en application des technologies propres, inspirées de la nature.

Gunter Pauli

Clara Gaymard, Présidente de la région Europe du Nord-Ouest de General Electric, a félicité tant d’initiatives. Elle a insisté sur l’importance de développer des technologies plus performantes, de soutenir l’investissement dans la recherche car l’homme trouvera des solutions au défi majeur de notre époque.

Clara Gaymard

Henri Proglio, PDG de Veolia Environnement, nous a rappelé que son entreprise était de facto dans le développement durable…et que cette démarche, ne datant pas d’aujourd’hui, est le cœur de métier de son groupe. Il a dressé un bilan des bienfaits que ses activités apportent aux populations, et de l’importance de promouvoir des technologies performantes pour répondre aux dures réalités que tend à imposer le changement climatique.

Henri Proglio

Ces 4 interventions, plus ou moins préparées, auront eu l’intérêt de lancer le débat.

Pierre Rabhi s’est alors chargé de rappeler que la Terre est la seule garante de notre survie, et que penser autrement que par et pour l’humus (la terre) était voué à l’échec pour notre espèce.

G.Pauli de renchérir que le travail des grandes entreprises, basé sur une recherche du profit à tout prix, mettait trop souvent de côté la passion et l’innovation. Il ne s’est pas gêné pour exprimer le peu de confiance qu’il avait dans les grandes entreprises pour résoudre les problèmes de notre Monde, tant qu’elles se raccrochaient à notre modèle inégalitaire et toxique.

C.Gaymard, plus que H.Proglio, a sauté sur son micro, pour citer Charles Péguy : “Les moralistes ont les mains blanches parce qu’ils n’ont pas de mains“. Et de rassurer tout le monde sur l’intérêt de son activité, qui est, rappelons-le, de construire des turbines d’avion ou des centrales. Elle a expliqué que la forêt, sans l’homme, s’étouffait et se condamnait, et que les activités de son entreprise permettaient de maintenir la vie en Afrique….et que ça, personne ne pouvait le critiquer.

H.Proglio a été un peu moins véhément dans sa réponse, mais a expliqué qu’employer 350 000 personnes dans le Monde, qu’approvisionner le Niger en eau potable sans bénéfice pour l’entreprise, et développer cela dans les autres pays pauvres, ce n’était possible que pour une multinationale, travaillant, qui plus est, en partenariat public-privé (PPP).

Le débat ne saurait être réduit à quelques lignes, il fut passionné et de qualité.

Interrogations

N’ayant pas eu le droit aux habituelles questions-réponses, à cause du timing qui s’était allègrement étalé, je profite de ce petit article pour poser quelques questions….

Peut-on dire qu’une entreprise, quelle qu’elle soit, apporte la vie en Afrique ? (ce sont les termes de Clara Gaymard)

- Est-il judicieux de se tourner vers l’inconnu, en cherchant à maîtriser le plus possible les éléments constitutifs de la vie (jusqu’au gène) pour répondre à nos besoins alors que la Nature a, elle, trouvé les solutions? (G.Pauli a d’ailleurs illustré cela en notant que dans une forêt, il n’y a ni chômage, ni déchets…tout le monde travaille, et tout est désirable! Il a décidé de renommer l’Homo Sapiens Sapiens en Homo non-Sapiens)

- Peut-on parler des bienfaits d’une multinationale sans parler de la façon dont elle s’attribue les marchés, à huis-clos avec les dirigeants corruptibles de nations à la dérive ? (A ce propos, Pierre Rabhi a garanti que l’Afrique était un continent riche…et qu’apporter des tuyaux ne devait pas justifier le pillage de masse, l’exploitation, qui s’y déroulent).

- Sommes-nous dans une situation où nous devons tenter de sauver le modèle existant en prenant en compte  de nouveaux critères qui permettent de tendre vers un développement plus durable, ou plutôt inventer de nouveaux modèles plus responsables, avec toute l’expérimentation que cela induit?

Pour terminer, je propose une conclusion d’une amie, Aude, pour qui cette table ronde fut la confrontation de deux modèles:

Le modèle décentralisé, multiple, qui favorise l’entreprenariat et les petits modèles agricoles. Ce système se renforce grâce à la diversité.

Le modèle de la grande entreprise, qui se manifeste par une mobilisation des compétences, pour accomplir des projets toujours plus fous, plus démesurés, au risque d’appliquer une monosolution.

Ce modèle, qui plus est, tend à se renforcer par un effort conjoint de tous ces partisans, qui vont dans la même direction. Cela introduit bien entendu des risques de dérive (exemple des bulles économiques): lorsqu’une partie du modèle est contaminée, tout le devient…

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