Ecolo-Info
 L’érotisme serait-il, lui aussi, écologiste ?
De Isabelle • 28 août 2009 •
Catégorie: Etre/Paraître

Vite, vite, août se termine et je vais finir par rater le coche pour ce billet qui me trotte dans la tête depuis des jours… le coche du sexe.

Et bien oui, c’est LE thème de l’été, le “marronnier” pour parler comme les pros du journalisme, le thème récurrent de nos beaux jours ensoleillés. Et il y en a eu cet été de jolis articles sur le sexe. On parlait du possible retour du poil chez Arrêt Sur l’Image, d’une lecture du machisme dans l’histoire à travers le vibromasseur dans Le Monde (si, si… allez voir !), des étudiants de Science Po qui s’apprêtent à sortir une revue érotique d’un très beau nom, L’imparfaite, les tribulations imaginaires de Vinvin à propos de cette cochonne d’Odette et des choses beaucoup moins drôles comme la diffusion de photos humiliantes intimes et parfois obtenues sous la contrainte dans les collèges. Ceci pour ne donner que les lectures de la fin de l’été… et dont je me souviens.

Couverture de la revue érotique de Sciences-Po, l’Imparfaite

Deux mois à voir du sexe écrit partout, tout cela, m’a naturellement remué les méninges… Et bon sang, le sexe vue par une nana qui ne voit le monde que par le biais de l’écologie et passionnée par la politique  (ben oui, y a des obsédées comme ça…), ça donnerait quoi ?

Côté politique : le sexe, plaisir démocratique par excellence

Ah les plaisirs du sexe!! Pensez-donc à cette merveille : y a t-il un plaisir plus directement abordable que le sexe? Y a-t-il quelque-chose à dépenser? Non. Fondamentalement non. On peut bien sûr agrémenter, de la lingerie par là, des jouets par ci. Mais le plaisir du sexe n’est pas là, il est dans la jouissance parfaite de nos sens, de la vue, de l’odorat, du goût, de l’ouie, du toucher… rien dont vous ne disposez pas dans votre plus simple appareil et -surtout- dans votre plus simple appareil!

Riches ou pauvres,  les plaisirs du sexe ne dépendent pas de l’argent, ils dépendent de notre capacité à nous ouvrir aux plaisirs de nos propres sens, offerts gracieusement par Dame Nature, que nous soyons même beaux ou moches. Chacun de nous dispose de tout l’appareil adéquat à la naissance, et le sexe apparait bien comme le plaisir le plus démocratique qui soit!*

Côté société : le porno, ou la pulsion de la consommation

Mais je reviens à mon titre “l’érotisme, serait-il lui aussi écologiste?” Récupération! diront certains. Oui, et amusée. Car en y réfléchissant, cela me semble bien pertinent.

On distingue souvent deux catégories dans “l’offre” de “publications” sexuelles: le genre pornographique et le genre érotique.

Photo dans la revue l’Imparfaite (une étudiante, Léa)

La pornographie se centre sur la satisfaction des pulsions de domination, possession, satisfaction du désir immédiat,etc.  bref des valeurs qui sont aussi celles de la société de consommation.

Symboliquement, on peut voir la partouze ou le gang bang comme la pulsion de répondre aux désirs du plus grand nombre. C’est là la définition du parfait objet de consommation!

L’offre porno qui s’affiche sur Internet gratuitement est inquiétante. Elle m’apparaît comme la déviance produite par notre société d’ultra-consommation où cette dernière n’est plus vue comme un moyen mais une fin, où le “consommateur” s’habitue et il faut sans cesse relancer son désir en allant plus loin. Si je regarde des sites pornos, je suis ébahie par la violence constante qui y réside, et beaucoup plus forte qu’auparavant (regardez des pornos des années 70, vous serez convaincus) : des nanas refaites , des acteurs dont on se demande s’ils sont tout à faits consentants ou amenés par surprise aux scènes auxquelles ils participent, et dont on se demande aussi parfois s’ils sont tout à fait majeurs. Et enfin des partouzes, gang bang à n’en plus finir, etc.

Si cette évolution m’inquiète particulièrement, c’est parce que lorsqu’on cherche des images sur le sexe, ce sont celles-là qui sont aujourd’hui les plus faciles d’accès. Et c’est donc sur celles que tombent les ados aujourd’hui quand ils commencent à faire leurs petites enquêtes sur ce grand mystère qu’est le sexe et qui commence légitimement à les titiller. Alors voilà, pour nombre d’entre-eux, ce sont elles qui fondent leur image de la sexualité. C’est sur cette base qu’ils partent. Triste et inquiétant, non?

Dessin de Zep (C) Glénat - Source: Titeuf et son zizi sexuel à la Cité des Sciences

Bon revenons à nos moutons. Le porno n’est donc pas DU TOUT écologiste. Ses valeurs sont à l’opposé de celles de l’écologiste.

Côté écologie : l’érotisme, ou la sublimation des potentiels de la Nature

Précisons bien dès le départ et avant que ça ne chauffe dans les lignes qui vont suivre: j’entends par érotisme, tout ce qui ne se fait pas sans consentement ou aux dépens du partenaire. Ou alors on quitte l’érotisme pour la perversité.

Le porno est centré sur l’excitation des pulsions. L’érotisme est centré sur l’exploration des sens. Il cherche à atteindre les plaisirs du toucher jusqu’à leur extrême et dans l’exploration la plus totale. Il sublime ceux de la vue. Et que dire des plaisirs du goût de l’odorat et de l’ouïe! L’érotisme ne leur ouvre-t-il pas de nouveaux champs, bien propre à lui? L’érotisme est un art qui se cultive et s’approfondit. Apprendre, touche après touche, caresse après caresse, excitation après excitation,  à mettre ses sens en totale liberté et disposition d’accueil. Et leur faire exprimer leur entière nature. Oui, nature. Oui, apprendre à découvrir l’immense potentiel que la Nature nous a donné à travers nos sens. Et par notre art et génie humain, les renforcer et les sublimer.

Gustav Klimt, Le Baiser, 1907/1908

Dans cette optique, ce qu’on appelle déviance peut se voir d’une toute autre manière. Les adeptes de la photographie érotique peuvent être vus comme des exhibitionnistes, des voyeurs, ou comme poussant les plaisirs de la vue. Les adeptes du bondage ? Ceux encore plus sensibles aux plaisirs de la vue! Et les petites morsures, fessées ou pincements? Peut-être des biologistes patentés qui savent que sous l’effet d’une douleur, le corps secrète des endorphines, ces morphines naturelles qui calment la douleur mais amplifient les sensations de plaisir.

Il me semble, vu par ce prisme de l’écologie, que l’érotisme est bien, oui, écologiste! Un retour à sa nature, une exploration des potentialités de la nature.

Et enfin, côté philo :)

A la dualité traditionnelle qui a beaucoup bercé nos sociétés “le plaisir corporel est-il licite ou non?“, l’écologie répond: vous est-il permis par la nature ou non?

C’est quand même beaucoup plus simple…

NB : c’était le test spécial été d’ecolo-info ! :) Si vous êtes écolo, et que le porno vous fascine, retournez à la case départ : c’est que vous avez manqué un épisode quelque part ! :)

++ Note ++

*en relativisant cette idée : le sexe serait bien le plaisir le plus démocratique qui soit si on n’en privait pas certains et surtout certaines par des mutilations comme l’excision. Ce sont encore 100 à 140 millions de femmes qui sont touchées de par le monde et dans certains pays, cette pratique loin de s’éteindre est en hausse. Mais bon… je n’avais pas envie d’entacher mon texte avec ce “petit” souci, toujours  bon à rappeler. Sources : UNFPA 2007

++ Liens ++

++ Livre ++

“Technologies de l’orgasme. Le vibromasseur, l”hystérie’ et la satisfaction sexuelle des femmes”, de Rachel P. Maines, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Oristelle Bonis, préface d’Alain Giami, Payot.

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18 Réponses »

  1. [...] à jour du 28 août 2009: Isabelle a posé sa réflexion noir sur blanc… ça se passe ici, sur Ecolo-Info, et je vous le recommande fortement;-)… Partager et [...]

  2. Amusant cet article !
    Je retiens que Sciences Po a une revue érotique, étonnant…
    Gael

  3. le sexe n’a rien avoir avec le pognon???
    mais quelle blague

  4. Merci de cet article. (Tiens j’ai un sujet similaire dans les cartons). C’est ici plutôt le lien entre consommation et pulsions.

    Est ce que l’objectif de la consommation, c’est de réaliser l’envie/les désirs du client? Ne parle pas t-on de client roi d’ailleurs. Le client veut, il faut lui fournir. Celui qui saura lui fournir en sera récompensé.

    Merci de cet article qui pousse la métaphore entre la relation que nous avons au sexe et qqpart notre façon de consommer (enfin de mon point de vue).

  5. Merci pour ce billet Isabelle.
    Oui… que de confusion engendrée entre sexe / plaisir / pouvoir / désir …
    Ce que tu écris par rapport à la quête/exploration vs consommation/pulsions me renvoi à Socrate qui pensait que le vice provient de l’ignorance et que nul n’étant délibérément mauvais, la vertu naîtrait de la connaissance.
    Oui ! Explorons, explorons, explorons… et prenons y du plaisir !

    Au fait, est-ce que qq’un ici à vu le film http://www.lesderniersjoursdumonde.com/ ?

  6. Anne So : le Klimt, quelle parfaite illustration ! A tous ceux qui n’ont pas vu un tableau de Klimt en vrai, c’est à recommander. Il sublime la peau : une texture, une transparence… C’est saisissant, bouleversant. Si un jour vous passez à Vienne, réservez une apprès-midi pour le musée Klimt. Le souvenir en bercera toute votre vie…

  7. [...] Article initialement paru sur Ecoloinfo [...]

  8. Gare à ne pas distinguer érotisme et pornographie à la seule lumière de la morale !

    On a bien trop tendance à nommer érotisme la pornographie approuvée par notre morale bourgeoise et pornographie tout ce qui n’a pas reçu le tampon adéquat.

    À se laisser aller à ce jugement, on laisse à penser que les écologistes sont juste de grands moralistes distributeurs de sermons et d’indulgences.

    L’écologie ne doit pas être une doctrine bien pensante mais une recherche dynamique d’équilibre. Rien de plus mais rien de moins ;)

  9. Olivier : oui, c’est ce que j’ai tenté de dire. J’ai essayé de ne pas prendre une lecture morale de la pronographie / érotisme. Mais un autre angle sur la base de la satisfaction des pulsions / exploration des sens. cet angle là fait apparaître un parallélisme société de consommation / porno écologie/ érotisme est apparu.

    Justement, je pense ne pas avoir pris le prisme moral et même ma conclusion suit cette pensée : si on regarde par le prisme moral / bienséance on ne s’en sert pas. Si on prend le prisme écologie / Nature, ça devient bbeaucoup plus basique : ce qui est physiquement/ chimiquement/biologiquement…. bref naturellement possible ou non (tout cela hors perversité je tiens à mon préambule !!! :) )

    Et je suis absolument d’accord : l’écologie n’est pas morale ou immorale, c’est un fait, des règles de fonctionnement (comme la physique etc.) et toute “moralisation de l’écologie” est une dérive. Par contre,elle ouvre un débat moral à la société….

  10. pardon il y a plein de coquilles ! les corrections :

    “Mais un autre angle sur la base de la satisfaction des pulsions / exploration des sens. cet angle là fait apparaître un parallélisme société de consommation / porno , écologie/ érotisme. ”
    “si on regarde par le prisme moral / bienséance on ne s’en sOrt pas.”

    j’en profite pour préciser :
    “Par contre, par le constat qu’elle implique (on ne vit pas conformément aux règles de l’écologie - un peu comme un bateau qui irait sur l’eau sans être conçu selon les règles de la physique) , elle ouvre un débat moral à la société : choisit on ou non de changer nos règles de constructions du bateau. Si non, pourquoi ?

  11. [...] Ecolo-Info » Etre/Paraître » L’érotisme serait-il, lui aussi, écologiste ? ecoloinfo.com/2009/08/28/lerotisme-serait-il-lui-aussi-ecologiste – view page – cached Vite, vite, août se termine et je vais finir par rater le coche pour ce billet qui me trotte dans la tête depuis des jours… le coche du sexe. — From the page [...]

  12. Bonjour Isabelle,

    Tout d’abord, je tiens à le préciser nulle animosité dans mon commentaire précédent ni dans celui-ci, juste e le plaisir de donner discrètement son opinion… et de porter la contradiction j’avoue :)

    J’espère d’ailleurs que ce n’est pas une telle impression qui t’a fait “bafouiller” dans ta réponse ;)

    Originellement, je tenais simplement à signaler le risque de manichéisme dans le militantisme écologiste (et/ou érotique :p).

    Je vais encore t’embêter mais distinguer surconsommation et écologie - de la même manière que tu nous invites à distinguer pornographie et érotisme - à l’aulne du concept du naturel est aussi sujet à discussion.

    Veux-tu dire que l’érotisme est autorisée par les lois de la Nature (naturel) par opposition au pornographique qui le transgresserait (artificiel, culturel ?!) ?

    Aïe, il va nous falloir alors éclairer le concept de “naturel” et c’est chose peu aisée !

    Il n’y a que dans notre esprit que les lois de la Nature sont écrites, dans la réalité, elles sont mouvantes et fluides comme les baïnes de la côte aquitaine (”spéciale dédicace !” lol).

    Mmmm… passons par un exemple… restons dans l’érotisme mais évitons la crudité pornographique :)

    Les humains sont des animaux grégaires qui vivent des amours monogames en séries (courtes ou longues). Mais dans d’autres races c’est la partouze éphémère, comme tu dis, qui tient lieu de dogme naturel (des batraciens par ex.).

    Les deux comportement sont naturels puisqu’ils répondent au critère de faisabilité bio-physico-chimique que tu énonces.

    Pire encore, si l’homme venait à créer une société fondée sur l’orgie et que la race se maintenait alors on admettrait que le comportement est naturel lui aussi (ça existe pas déjà ?).

    Je crains bien qu’érotisme et pornographie soient avant tout culturels. Et si j’ose pousser un peu je crois que consommation et écologie, à l’image des deux précédents, aussi !

    L’écologie cependant est imbriquée fortement dans une idée de durabilité d’espèce (ce qui est on ne peut plus près de la seule loi de la Nature dont on soit sûr : survivre).

    Je partage avec toi l’idée que dans la surconcommation comme dans la pornographie, on a tendance à confondre le moyen de la fin mais est-ce anti-naturel et anti-écologique ?

    On sait que la surconsommation participe à la mise en danger de notre espèce, je ne sais pas si c’est naturel, écologiste ou non mais c’est une atteinte grave à notre propre écosystème, à notre maison accompagné d’un pronotic vital fortement dévaforable.

    Quant à la pornographie, j’avoue que je ne dispose pas de suffisamment d’études sous le… coude.

    Moi qui n’aime pas commenter longuement, je conclus :p

    En réalité, il y a pour moi dans le concept d’écologie l’idée de maintenir notre espèce vivante sur notre planète sans catastrophe démographique.

    Donc évidemment, lorsque tu rapproches pornographie/surconsommation contre érotisme/écologie, cela ne fonctionne pas pour le cynique que je suis.

    A croire qu’il y a mille façon de concevoir l’écologie. Ce qui est bien signe que c’est un concept culturel :)

  13. Olivier : :) Pas d’agressivité dans ma réponse non plus, mais par le net cela peut parfois y ressembler (on écrit vite !! :) )

    Pour aller dans ton sens : la pulsion aussi est naturelle. Ce n’est pas dans le naturel / non naturel que je me pose, c’est dans l’exploration des potentiels de la Nature. (et oui, je ne peux pas m’empêcher d’y mettre une majuscule… ).

    Comme tu le dis toi-même, l’écologie est finalement une science des équilibres. C’est un peu la leçon qu’on peut tirer de son étude.
    Tu dis “A croire qu’il y a mille façon de concevoir l’écologie. Ce qui est bien signe que c’est un concept culturel :)” je ne suis pas d’accord. Ce n’est pas une utopie ni une idéologie, c’est une science. Vu par le prisme de notre époque évidemment, mais comme toutes les sciences. Donc bref, je ne m’attarde pas là-dessus.

    L’écologisme lui est autre chose : c’est une posture. C’est dire en gros, l’analyse de notre monde, nos actions et tout le tra la la doivent prendre en compte la donne écologique, l’équilibre des êtres vivants avec leur milieu (en gros).
    C’est pour cela que le titre est important : je ne dis pas l’érotisme est-il écologique ? Franchement, je n’en sais rien !!!
    Mais est-il écologISTE ? C’est à dire, nous pousse-t-il à une meilleure reconsidération de notre milieu naturel (ici surtout notre corps) ? J’en suis arrivée à la conclusion que oui.
    Alors que le porno, avec ses valeurs similaires à celles de la sociétés de consommation - qui elles entraînent un comportement non écologiste- semble plutôt en opposition avec des valeurs écologistes.

  14. il y a pas un lien vers la revu erotique de scien po ?
    ca minteresserais de le trouver , j ai chercher sur google mais j ai riren trouvé

  15. merci de refaire ressurgir les bon moment des années70 sex drogues and rock’n'roll

  16. Nice artcile. Thanks for sharing

  17. ou est pac mon commentr

  18. [...] - Ecolo-info : « L’érotisme serait-il, lui aussi, écologiste ? » [...]

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