Ecolo-Info
 La lettre de (l’après) Copenhague #7 - Chère Agnès, chère Nathalie…
De Anne-sophie • 21 décembre 2009 •
Catégorie: Etre/Paraître

Les filles,

Voilà ma dernière lettre de Copenhague. Je n’ai pas voulu l’écrire tout de suite, je soulais me reposer et laisser reposer en moi les 10 jours passés… Je pensais fort à vous en l’écrivant. A toi Nathalie, qui voyage actuellement et rencontre à l’autre bout du monde des gens aussi convaincus que nous, et avec qui nous devons faire front ensemble. Apprends d’eux autant que tu peux leur offrir, c’est indispensable aujourd’hui: la solidarité, l’écoute, l’entraide et le respect. A toi Agnès, qui est si investie dans le local, si exemplaire dans ce que tu transmets à ta fille, si réfléchie et engagée…

Dimanche 20 décembre 2009

Chère Agnès, Chère Nathalie,

Voilà une lettre que j’ai pris le temps d’écrire - après la déception de vendredi soir. Certains disent qu’il fallait s’attendre à un tel résultat, mais je vous assure que nous avons cru très fort qu’un miracle pouvait encore arriver…

Le discours d’Obama, tant attendu, ne fut pas digne d’un discours de prix nobel de la paix. Il fut plat, trop réaliste, si peu enthousiaste. Je me demande s’il s’agit là d’une position tactique pour faire en sorte que la Chine calme ses ardeurs et s’intègre dans un processus dont on serrerait les vis plus tard, mais je ne peux m’empêcher de douter… Je pense qu’il doit aussi composer avec une politique domestique délicate, notamment liée au Congrès, qu’il est nécessaire de convaincre avant d’arriver à négocier plus avant.

Nous avons été abasourdies par la “déclaration politique” de vendredi soir: il ne s’agit pas d’un accord car la décision a été prise en catimini, entre une petit trentaine de pays, sans qu’un votre ne valide réellement la chose. L’issue de ce sommet incarne le déni de démocratie et un mépris considérable de la mobilisation citoyenne unique observée à cette occasion.

La photo suivante est très parlante d’ailleurs: on a l’impression que tout cela a été décidé à la va-vite, sur un coin de table, balayant d’un revers de la main tout le travail effectué en amont de leur venue.

Photo du German Press office - On y voit Barroso, Merkel, Reinfeldt, Sarkozy, Obama, Brown - AFP PHOTO / HANDOUT / BUNDESREGIERUNG / STEFFEN KUGLER

Alors après la déception, la sensation de vide, laissons place aux éléments plus positifs.

Première sensation en me réveillant samedi matin: nous avons tous cela en nous, cela fait partie de nous, Cela nous meut, nous motive, nous fait avancer quotidiennement, fais que nous pouvons passer un temps unique à échanger, débattre, réfléchir, lire, agir, écrire, marcher, courir, acheter, donner sans jamais compter… cela, c’est une conviction indécrottable que sans changement et reconquête de sens, nous courrons à notre perte. C’est une conviction qui chaque jour nous rend plus fort, et que nous allons préserver ensemble.

Diaporama issu de l’album Candlelight Vigil, de Kris Krüg

Le témoignage le plus marquant de mon séjour à Copenhague fut celui d’un représentant des îles Tuvalu. L’entendre parler de son pays qui part à la dérive était tellement fort. Il criait au secours, demandait que l’on assiste le malade dont il tient le chevet, ce pays qui va à sa perte et pour lequel il ne peut rien faire. Pris au dépourvu, dans aide, il ne peut que subir. Qu’aurait-on fait si ce pays était la France? Si nous étions submergés une fois par mois par la montée des eaux? Que ferions nous si nous demandions de l’aide et que cette aide ne reçoive aucune réponse? Nous entretiendrons peut être peu à peu un sentiment de dégoût face aux nations qui nous méprisent, puis nos populations deviendraient difficilement gérables, auraient envie de fuire… mais les voies sont sans issues quand les politiques migratoires n’anticipent pas les raisons des réfugiés climatiques. On peut toujours parler sécurité et budget militaire, mais à quoi bon? Pourquoi colmater alors que l’on peut être visionnaire?

Panneau croisé à la galerie du Colonel, Copenhague, 14 décembre 2009

Autre sensation très forte ressentie pendant notre séjour… La sensation d’être connectée aux convaincus du monde entier, au sens propre comme figuré. Plus de 15 millions de signatures pour les pétitions de Tcktcktck, plusieurs milliers de représentants et de bénévoles d’ONG, tous ici après avoir soigneusement préparé leur venue, travaillé dur, qui se sont comme nous permis d’espérer… et qui savent encore aujourd’hui espérer ainsi. J’aime à écouter Avaaz ce matin: “contrairement aux responsables politiques qui n’y sont pas parvenus, les citoyens du monde ont eux écrit l’histoire. A travers des milliers de veillées, de rassemblements et de manifestations, par une avalanche d’appels téléphoniques et de messages envoyés, à travers une pétition de plusieurs millions de signatures, une mobilisation sans précédent a vu le jour. A l’annonce des résultats des négociations, un de nos membres issu d’un pays d’Afrique écrivait : “il faut du temps pour mettre un éléphant en mouvement, mais une fois en mouvement, il est difficile de l’arrêter… aujourd’hui l’éléphant est en marche.”

Je pense pour ma part qu’il y avait aussi un autre éléphant en face, plus âgé, qui a accouché d’une souris. A nous maintenant de persévérer: comme le dit l’équipe d’Avaaz, “nous avons compris ce week-end que le combat pour la planète ne serait pas remporté à l’occasion d’un seul sommet. Mais nous avons aussi montré ce dont nous sommes capables quand nous agissons ensemble. Si nous restons unis, rien ne pourra nous arrêter.

Et ça, ce fut incarné dans ces veillées organisées partout dans le monde, ces lueurs, ces bougies, ce que nous avons, profondément en nous, exprimé ainsi avec tant de beauté et de poésie. Ces lueurs ne reflètent pas que de l’espoir, mais une détermination sans faille.

Enfin, continuons aussi à agir localement, à encourager ceux qui nous représentent à agir, à choisir, à être courageux et volontaires. Dans quelques années, ils n’en ressortiront que politiquement grandis, et pourront ainsi avoir la sensation d’être de vrais acteurs historiques.

Quant à nous, continuons plus que jamais bien sûr, incitons les, votons pour ceux qui nous paraissent le plus aptes à avoir ce courage politique et la mesure du principe de réalité.

A très vite!

++ Revues de presse ++

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Anne-sophie Economiste de formation (spécialisée sur les questions de commerce et développement et sur les liens entre économie et terrorisme), j'use de mon "virus de l'info" pour essayer de transmettre au plus grand nombre une grille de lecture plus verte de l'actualité!
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6 Réponses »

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  2. Merci beaucoup pour cet article qui me redonne espoir. Le sommet de Copenhague m’a comme beaucoup affreusement déçue, mais vous me donner l’envie de continuer le combat alors merci !
    Je me suis permise de mettre un lien vers votre article sur mon blog : http://ceniniekilafe.canalblog.com/archives/2009/12/20/16214885.html#comments

  3. Oui, gardons espoir!

    Et continuons le combat… celui de tous les jours!

  4. Merci Anne-Sophie pour ce billet.
    De mon côté, de notre côté, une grande déception, mais en même temps, une forte envie de retrousser les manches encore plus haut et de se dire “Allez, c’est à nous, nous pouvons faire qque chose, de nos mains, de nos voix, de nos votes…”. Oui, Copenhague a été un formidable élan des citoyens, ne le gâchons pas en restant arrêtés par “un pseudo-accord” qui n’en est pas un.
    Et puis, une question, une remarque aussi : où sont les entreprises ? Que disent les entreprises ? Face à cet échec, on ne les entend pas. Seraient-elles toutes ravies de cette échec pour continuer à travailler sans changer ? Cela m’étonne, je sais qu’il existe des chefs d’entreprise qui ont envie de faire bouger les choses. Où sont-ils ? Que disent-ils ?

  5. Coucou Emmanuelle,
    En fait, nous avons rencontré des chefs d’entreprises, et dans l’analyse que nous avons faite des slogans (ici: http://ecoloinfo.com/2009/12/14/le-best-off-de-copenhague-slogans-cote-businesscote-manif), on se rend compte qu’entreprises et ONG vont dans le même sens sur certains points. Nous avons aussi reçu des communiqués d’entreprises depuis 2 jours qui expriment une grosse déception. Je pense que nous n’allons pas tarder à en parler;-)

  6. Merci pour cette lettre Anne-Sophie ;)

    D’ici (en Nouvelle-Zélande) on a suivi de très loin Copenhague … Pourquoi ?
    Déjà parce qu’on n’a pas de TV et pas la radio ! Ensuite parce que les journaux en parlent de manière très … évasive .. Est-ce que c’est parce que c’est si loin que les gens ne se sentent pas si concernés ?

    Nous sommes chez une personne qui cultive et vend deux parcelles d’asperges bio. Un sacré boulot, tous les matins on marche 2 heures dans les champs pour les ramasser … Elle est ultra-bio mais tout en étant moderne. Toujours à économiser l’eau, l’electricité, bref c’est un modèle pour nous !

    Je suis ai demandé ce qu’elle pense de Copenhague : ” After all is said and done, more is said than done”… C’est ce qu’elle a dit !
    Le Nouvelle-Zélande n’est pas si green qu’on le croit, même s’ils affichent clairement leur côté anti-nucléaire. Mais les habitants ont ça dans le cœur quand même et ceux qui sont green sont bien au delà des petits gestes, on s’en inspire !! ;)

    Je vous envoie un peu de soleil de l’été de l’hémisphère sud !!

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