Depuis 2 jours, les analyses se multiplient et essayent de prendre du recul sur Copenhague. Si quelques revues de presse sont indiquées dans la lettre ouverte parue hier sur Ecolo-Info et qu’une sélection d’articles est faite dans le fil twitter du Climatoblog, soulignons une série d’articles parus sur Courrier International qui permettent de bien cerner les points de vue qu’ont différents pays sur Copenhague. C’est très instructif, pas très long et franchement intéressant de confronter les perceptions après coup:
- Vu des Etats-Unis: un succès pour Obama
- Vu d’Inde: un sommet pour rien
- Vu de Russie : du pain bénit pour les climatosceptiques
- Vu du Brésil : Le miracle n’a pas eu lieu
- Vu du Sénégal: quelles conséquences pour l’Afrique?
- Vu d’Allemagne : un fardeau de plus pour Angela Merkel
- Des propositions très insuffisantes quoiqu’il arrive
- Vu du Danemark: un revers diplomatique
- Vu de Chine : un pas dans la bonne direction
- Et si l’Union européenne avait tout bon ?

Photo de photo prise sur l’exposition National Geographic à Copenhague - Quelles sont les mauvaises langues? En qui croyez vous maintenant?;-)
Enfin, après ce tour du monde des opinion post-cop15, je vous propose de lire 4 histoires écrites par Maxime, qui permettent aussi de faire un autre tour du monde présent à Copenhague…
Camille, pour moi c’est comme un petit post-scriptum que l’on te dédie;-)
Anne-Sophie
Quand un pays se meurt
L’air assuré, il prend le micro après une représentante d’ONG chilienne. Elle a beaucoup parlé. Lui veut marquer la transition. Il se tait. Il a le micro, mais il se tait, et il nous regarde profondément. Une cinquantaine de gens sont présents dans la salle. Etrangement, sans qu’il ait encore ouvert la bouche, c’est nous qui avons le trac dans l’attente de ce qu’il va dire.
Quand il se met enfin à parler, c’est pour nous expliquer à son rythme, sans brûler les étapes, d’où il vient et ce qu’endurent les siens. Pendant ce long moment, une vue aérienne de Tuvalu est projetée sur le mur…les palmiers semblent flirter paisiblement avec une eau turquoise. De quoi rêver ; il scrute nos réactions pour y déceler ce que produisent d’ordinaire ces photos de carte postale : des sourires émerveillés plein de paradis.
Mais le public sent qu’il y a un loup, et ne s’abandonne pas à ce voyage imaginaire.
Chacun sait bien pourquoi cet homme est là, et son regard déterminé dit qu’il se serait bien passé de ce séjour danois, il aurait préféré ne pas être en mesure et en devoir de nous montrer la photo qui vient.
Deux hommes, sur le pas de leur porte, avec de l’eau jusqu’à la taille. Ils regardent l’objectif le temps de la photo, mais on devine qu’ils n’ont pas de projets, pas de perspectives, tant que cette eau sera là.
Et elle est là de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps, nous dit-il. Sur son pays, aucun point ne culmine à plus de 3m.
Il laisse le temps à chacune de ses phrases de résonner dans l’esprit de l’auditoire. Peu prolixe, il force l’admiration par la puissance de chacun de ses mots.
Son peuple se meurt, son pays va bientôt disparaître. Il est ici en porte-parole, tous ceux du Pacifique comptent sur lui. Il ne partira pas avec un demi-accord.
En guise de conclusion, une réflexion qui ne souffrira d’aucune réplique : ‘puisque nous sommes tous d’accord sur l’importance de la solidarité, mettons-la en œuvre ici et maintenant’.
Tout le monde est là, et tout le monde est au courant…alors pourquoi retarder la décision ?

Photo Reuters - Avant Copenhague, un conseil des ministres avait eu lieu sous l’eau aux Maldives. La situation est tout aussi catastrophique à Tuvalu. Les deux pays ont su montrer leur détermination pendant la COP15, mais cela n’a pas suffit…
Un peu de danse?
Au Bella Center, il faut ruser pour entrer dans les salles de presse, lorsqu’on n’a pas d’autorisation. Mais comme la vie est pleine d’heureux hasards, je me suis retrouvé, sans le chercher, face à une porte ouverte sur une salle remplie de journalistes. Profitant d’une petite confusion probablement due à ce qui se passait dans la salle, je me faufile et joue au journaliste accrédité, le temps d’une demi-conférence de presse.
Les intervenants sont tous en habits traditionnels, un péruvien, une africaine, une indienne et une polynésienne. En guise d’arguments, la polynésienne s’était parée d’un collier à fleurs, d’une tunique bariolée, et d’une fleur de tiare derrière l’oreille. Et elle dansait.
Le plus simplement du monde, elle était descendue de la tribune et s‘était mise à danser pour les journalistes. Son message implicite paraissait évident, c’est l’équilibre du monde qui s’exprimait sous nos yeux : ses ancêtres lui avaient transmis ces danses, leurs traditions…des moments simples qui traduisent le bonheur. Elle nous offrait cette danse l’air de dire “c’est simple, c’est agréable…vous n’aimez pas?”
Moyen original, mais efficace s’il en est, semblait dire le silence régnant parmi les journalistes présents.
C’était son moyen à elle de dire : “A vous de jouer!“

Militants
Vendredi soir, 2h du matin. Retour au bateau après un resto bio et une visite nocturne de la ville.
Une kyrielle de blogueurs, journalistes squatte comme d’habitude les salles laissées ouvertes ou les couloirs: certaines cabines ne disposant pas de prise électrique, le meilleur moyen d’attraper du courant est d’investir les parties communes du bateau….ainsi, tout le monde se rue sur les quelques prises en se vautrant littéralement sur la moquette verte et bleue du SHIP15.
Drôle d’ambiance, un peu geek, mais c’est à l’image du Bella Center, du Fresh Air Center…ou de COP15 en général!
Arrivé au 8ème, je tombe nez à nez avec David, qui est venu ici avec les jeunes Verts européens. Fatigués de ces longues journées, au cours desquelles cette délégation de 36 jeunes engagés sillonne les allées du Bella Center pour faire des contact ou des happenings, ils s’étaient réunis pour ‘debriefer’ devant le pont supérieur, au chaud et pas à l’étroit (car en terme d’espace, il faut bien avouer que les cabines 4 ou 6 places du SHIP15 n’étaient pas vraiment la panacée)…
Outre le débat habituel qui animait leurs échanges, qu’il s’agisse d’ailleurs aussi bien de questions d’organisation que de considérations de fond, ils avaient aujourd’hui une activité ludique à partager.
Samedi, la fameuse manif allait agiter les rues de Copenhague, et ils comptaient bien évidemment être de la partie : ce sera assurément un des moments forts de ce sommet, l’occasion pour chacun de partager ses espérances et son enthousiasme.
Et pour ce faire, ils écrivaient au marqueur, en gros, des slogans sur des pancartes.
3h du matin : “Mosquitos love climate change“, “Siberian people love climate change“.

Une des nombreuses pancartes vue lors de la manifestation du Samedi 12 décembre
Al Gore
Dernier jour pour moi dans la capitale danoise.
Notre Arthus Bertrand national ayant investi la cinémathèque danoise, c’est un bon repaire pour grignoter du fromage ou boire un verre de rouge, gratuitement s’il vous plaît*, tout en profitant d’un superbe programme de projections ou conférences : Wangari Maathai, Nicolas Hulot, et ce soir, en exclusivité : Al Gore…
Annoncée sur les prospectus ‘Good Planet’ présents sur tous les stands d’ONG respectables, cette conférence a attiré pas mal de monde, et l’organisation à la cinémathèque est un peu débordée : s’il était bien précisé que l’intervention de Nicolas Hulot serait accessible à ceux qui s’étaient inscrits à l’avance, ce n’est en revanche pas précisé pour la conférence d’Al Gore…et de nombreux curieux se pressent à l’entrée de la salle. Yann Arthus Bertrand sent la pression monter, et demande à ses équipes d’être efficaces: comme il a finalement été décidé que cette conférence aussi nécessiterait aussi une inscription préalable, listez tous les gens attendus, et estimez le nombre de places restantes pour les ‘sans invitation’. Trop de consignes, trop de gens, pas assez de temps. Ca s’enlise, on fait rentrer au compte-gouttes les personnes sur la liste, en leur attribuant, qui plus est, un siège précis…en attendant, le troupeau de curieux sans invitation se densifie et s’amasse devant l’entrée de la salle. YAB craque face à l’inertie de ses équipes, se fâche tout rouge et dit que tant pis, on laisse tout le monde rentrer sans invit, parce que bon, Al Gore est en chemin et on ne va pas le faire attendre sous prétexte qu’on n’a pas su trier les gens qui auraient ou non le droit de l’entendre…
L’ouvreur fait valoir qu’il a des instructions, et qu’il ne laissera pas passer les gens sans invit….
Les inscrits, eux, se frottent aux deux pauvres demoiselles en charge d’émarger la liste au fur et à mesure.
Les non-inscrits, comme moi, voient pour unique salut la perte de patience de YAB, et le temps qui joue en leur faveur : plus qu’un quart d’heure avant l’arrivée du Prix Nobel, et la salle est remplie au quart, alors que 150 personnes se battent pour y entrer…
Et ce qui devait arriver arriva : les hôtesses baissent les bras devant l’affluence et l’ineptie de leur travail, l’ouvreur cède à la moustache de YAB, et la salle se remplit d’une population certainement plus éclectique que si l’on avait restreint les entrées aux seuls inscrits : des étudiants américains, des journalistes coréens, des réalisateurs en devenir, des enfants, des scientifiques….et Al Gore arrive, chewing gum à la bouche, le costume aussi lisse que sa mèche, l’air convaincu que cet échauffement en public sera une formalité avant la plénière du lendemain, au cours de laquelle il plaidera la justice climatique auprès des accrédités du Bella Center…
“Chers amis…je suis ravi d’être ici, à Copenhague, avec vous. Honoré de pouvoir prendre la parole demain devant l’ensemble des délégations présentes. Est-ce-que vous avez des conseils à me donner, ou des messages que vous voudriez que je passe?“
….ainsi débuta une heure passionnante de questions-réponses que vous pouvez voir en ligne sur le site de GoodPlanet
*en français dans le texte…

Post Scriptum de Copenhague… 4 histoires





















le 22 décembre 2009 à 10:46:
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le 26 décembre 2009 à 23:06:
Merci ! J’adore les vues depuis les coulisses ! C’est sympa d’avoir pu voler ces quelques instants et de les partager avec nous !