19 décembre, petit déjeuner sur le bateau à Copenhague. Le sommet sur le climat s’est clôturé la veille sur un échec. C’est un peu la gueule de bois. Mais sans surprise. A quelques-uns autour de la table, nous nous demandons comment nous allons réagir une fois rentrés dans nos pénates. La conclusion de tous est la même. Puisque les solutions ne viennent pas d’en haut, il faut les faire partir du bas.
L’effet structurant que devait avoir le sommet de Copenhague sur les changements de modèles n’a pas eu lieu. Pendant ce temps, l’horloge climatique tourne. La machine climatique n’a pas d’oreille. Si cet effet structurant ne vient pas du haut, il va bien falloir qu’il vienne du bas.
Nous connaissons tous la consommation responsable. Une consommation qui prend en compte sa consommation d’énergie, d’eau, de ressources en général et qui essaie d’intégrer la préservation de la biodiversité et l’équité des rapports économiques. Mais nous devons probablement franchir un pas encore dans la pensée de notre consommation. Une consommation qu’on pourrait appeler “structurante”. Une consommation qui n’a pas seulement un réflexe de préservation mais aussi un réflexe de développement et de démultiplication de son effet.

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L’énergie
L’une de mes résolutions de ce nouvel An est de passer enfin à Enercoop pour ma fourniture d’électricité avant la fin janvier. Enfin me plonger dans le dossier et faire ces foutus papiers. Enercoop est un fournisseur d’énergie renouvelable. Faire attention à l’énergie à la maison, c’est bien mais quand je prends mon électricité chez Enercoop, je développe les énergies renouvelables, les entreprises et la formation qui vont avec. J’ai un effet structurant sur mon territoire. Elle est certes plus chère (on m’a dit 10 à 15 % mais je n’ai pas encore vérifié). Eh bien on sera doublement motivé pour nos économies d’énergie à la maison. Ce ne sera pas plus mal.
L’argent
L’argent qui nourrit ma famille, peut aussi nourrir la société. Il suffit de changer de banque. Peu de banques sur le marché ont cet effet structurant sur la société. Il y a deux ans, le rapport des Amis de la Terre sur les banques concluait que deux établissements avaient un effet positif sur la société : la Nef et le Crédit coopératif. Ce rapport a été le coup de pouce définitif pour passer nos comptes au Crédit Coopératif*. La banque à qui je donnais mes liquidités depuis près de 20 ans nourrissait exactement ce que je combats tous les jours: les grands barrages, les producteurs d’armes à sous-munition, à uranium appauvri, les usines à papier et plantation d’eucalyptus, les nouveaux chantiers pétroliers… Et mon argent servait à nourrir tout cela?

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L’alimentation
Enercoop, Crédit Coop…. en menant cette réflexion ce matin en revenant de l’école de mon fils, j’ai pensé au troisième “coop” qui figure dans nos consommations principales: Biocoop. Le réseau Biocoop est le premier réseau historique de distribution nationale du bio. Il est fondé sur une charte, il a sa plateforme de distribution indépendante, (il propose en plus du vrac !) et il est le principal réseau de distribution des producteurs et transformateurs pionniers du bio. Il a fondé une marque distributeur “ensemble” avec le syndicat des producteurs biologiques (la FNAB) pour structurer la filière sur le territoire. Dans notre Biocoop, nous préférons systématiquement ces produits. Acheter bio, où que ce soit, c’est déjà développer la filière, c’est un grand pas. Acheter dans des réseaux qui la structurent, c’est démultiplier l’action de son achat.
L’information
Passons à la consommation de l’information maintenant. On peut s’informer, on peut aussi devenir soi-même media pour diffuser cette information et démultiplier sa portée. Le blog permet le partage de la réflexion. Facebook doit avoir une immense portée aussi mais je n’y ai pas encore mis les pieds alors je n’en parlerai pas:). Mais j’ai récemment découvert twitter. Chaque article que je trouve intéressant, je le passe sur mon fil twitter. Mes abonnés peuvent alors le lire. Twitter permet ainsi d’avoir accès à une information déjà sélectionnée. Twitter est devenu une de mes principales sources de d’information: je suis abonnée à un tas de fils nourris par des gens brillants, experts dans leur catégorie, qui filtrent l’info - ces gens sont si divers qu’ils me distribuent une info que je ne serais pas allée chercher moi-même. C’est à Copenhague dans le Fresh Air Center (dont Anne-Sophie vous a si brillamment parlé dans son billet de lundi) et en regardant justement Anne-Sophie travailler - elle retwitte systématiquement ce qui l’intéresse - que j’ai compris cela: lire les media, c’est très bien. Devenir soi-même media, c’est démultiplier la portée de l’information.

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Et combien d’autres exemples ?
Energie, argent, alimentation, information, plus j’écris ces lignes, plus je suis convaincue qu’un tas d’autres exemples de “consommation structurante” existent. C’est dans ce genre de billet qu’on attend avec encore plus d’impatience les commentaires qui apportent vos propres idées ! :-)
* le crédit coopératif peut héberger les comptes courants.
++ Liens ++
- Biocoop - et une actu chaude: “Eau Revoir”
- Hum… ça chauffe, comment choisir ma banque?, Ecolo-Info, 30 Septembre 2008

La consommation structurante





















le 06 janvier 2010 à 18:28:
Précision utile aussi: La Nef aussi héberge les comptes courants ;-)
Bon déjà si tous les lecteurs de ce blog passent au crédit Coop, c’est un bon point… mais La Nef mon dieu comme c’est bien. Si vous avez le courage, venez une fois assister à l’assemblée générale. Ca vaut le coup, vraiment. Transparence totale. Vous savez où va quoi et pourquoi (pour infos… j’ai pas pu avoir les mêmes infos auprès de mon agent crédit Coop de l’époque…)
Sinon, baignant dans la “consommation” et m’intéressant fortement aux vocables, je me suis arrêté sur ce billet pour ce nouvel adjectif: “structurant”. A vrai dire je ne sais pas quoi en penser. C’est sûr que “consommation responsable” ca fait un peu culpabilisant.
Il y a trois ans, pour notre SCOP eco-sapiens (une coop… une de plus !) nous avions brassé les méninges pour trouver le slogan “guide d’achat éthique”. “achat” plutôt que “consommation” car on peut très bien consommer sans acheter. Ethique plutôt que “responsable” (ou vert, ou citoyen ou durable -pouah !).
Parce que l’éthique c’est étymologiquement le comportement et que cela nous semble plus actif.
Aussi ne sais-je pas quoi penser de ce “consommation structurante” ! Séduisant car ca fait solide, robuste et fiable. Et en même temps, j’ai peur que ce terme trahisse le paradigme dans lequel nous baignons à savoir que c’est par la consommation que nous nous structurons, que nous créons notre identité.
Un bon slogan de la décroissance est “plus de liens, moins de biens”. Petit rappel que ce qui nous structure et ce qui structure le monde, ce sont bien plus nos échanges immatériels que nos flux de marchandises.
J’avais déjà écrit un billet sur cette idée nouvelle et naturelle qui consiste à dire “sauver la planète” (plutôt que “préserver l’environnement” il y a à peine quelques années). Aussi dans ce billet, je ne parviens pas à savoir s’il s’agit d’une consommation qui structurerait le monde (et dans ce cas c’est équivoque !) ou d’une consommation que se structurerait elle-même (”développement et démultiplication de son effet”).
En conclusion, je pense que la consommation est plus reflet que moteur de notre monde. Ce qui structure ce monde, ce sont des rapports de force (le monopole de la violence d’abord, sa privatisation ensuite) et un statu quo sur le fait qu’en fin de compte “les plus malheureux n’ont pas à se plaindre” et donc pas à se révolter. Ce n’est pas un hasard si dire qu’”un caddie a plus de poids qu’un bulletin de vote” est devenu un lieu commun. Mais justement, je crois que c’est un leurre de faire croire aux individus qu’ils ont un “pouvoir d’achat”.
Au jeu de l’éternel passe à la patate chaude (l’industriel accuse le consommateur qui accuse le politique qui accuse l’industriel…) il n’y a que des perdants.
Mais bien sûr, en attendant une meilleure gouvernance (tiens tiens, regardons encore du côté coopératif…), il nous faut cette transition d’une consommation éthique, ne serait-ce que pour vivre en accord avec nous mêmes.
le 06 janvier 2010 à 18:39:
Je suis également de plus en plus convaincu que “Puisque les solutions ne viennent pas d’en haut, il faut les faire partir du bas” et partager ainsi la connaissance auprès de tous en est le moyen. Je me suis abonné aux Flux RSS de ce blog afin d’en suivre l’actualité et puisqu’on parle de Facebook j’y ai partagé cet article qui tombe a point nommé pendant cette periode ou “les bonnes résolutions” sont d’actualité.
le 06 janvier 2010 à 19:41:
[...] Ecolo-Info » Agir/Grandir Respirer/Voyager » La consommation structurante ecoloinfo.com/2010/01/06/la-consommation-structurante – view page – cached 19 décembre, petit déjeuner sur le bateau à Copenhague. Le sommet sur le climat s’est clôturé la veille sur un échec. C’est un peu la gueule de bois. [...]
le 06 janvier 2010 à 22:05:
Baptiste : merci pour ta réflexion.
“Et en même temps, j’ai peur que ce terme trahisse le paradigme dans lequel nous baignons à savoir que c’est par la consommation que nous nous structurons, que nous créons notre identité.” : entièrement d’accord avec toi. Quand je vois comment le bio évolue… On ne change pas les vieux réflexes… On ne remet pas en cause la surconsommation, on dit “regardez mon produit, il est bio donc il est bon”… même s’il vient de l’autre bout e la planète, qu’il est blindé dans du suremballage à n’en plus finir ou qu’il ne sert a à rien…
Je ne pense pas que la consommation soit le seul lieu d’action. Mais on est forcément aussi consommateur. Ce n’est pas de consommer le problème, c’est comment on consomme.
Le citoyen est malmené en ce moment. Cela a été frappant à Copenhague. Les élus devraient représenter les citoyens, la majorité devrait l’emporter. Personnellement, je pense que c’est la grande leçon de copenhague : ni l’un ni l’autre n’ont fonctionné alors que pourtant là les pays du monde entier étaient réunis et la force citoyenne était extrêmement présente. Mais certains élus, en l’occurence les chefs d’Etat des pays les plus puissants, n’ont pas appliqué les règles de la démocratie. Ce n’est pas nouveau mais à Copenhague, cela a été particulièrement clair. Aussi, le citoyen doit trouver de nouvelles marques pour exister, puisqu’il est nié.
Ici, je me suis seulement intéressé au consommateur. C’est intéressant ton propos : ton métier c’est de vendre toi-même de la marchandise mais tu es aussi pour plus de liens, moins de biens….
Idem pour l’entreprise : c’est pas parce que des boîtes n’ont aucun souci de l’éthique, qu’on devrait rejeter en bloc les entreprises !! et je crois beaucoup aussi aux SCOP. Les entreprises RSE assurent désormais 10 % du PIB Français… Et on ne parle que du PIB….
Pour l’existence du citoyen, là aussi à Copenhague on a vu les choses bouger… Des nouveaux systèmes se révéler. Ce sera un autre billet !!! :)
A daniele : entièrement d’accord. :)
le 07 janvier 2010 à 0:20:
J’aime beaucoup la conclusion de Baptiste:-)
“La consommation est plus reflet que moteur de notre monde. Ce qui structure ce monde, ce sont des rapports de force (le monopole de la violence d’abord, sa privatisation ensuite) et un statu quo sur le fait qu’en fin de compte “les plus malheureux n’ont pas à se plaindre” et donc pas à se révolter. Ce n’est pas un hasard si dire qu’”un caddie a plus de poids qu’un bulletin de vote” est devenu un lieu commun. Mais justement, je crois que c’est un leurre de faire croire aux individus qu’ils ont un “pouvoir d’achat”.”
Peut être devrait-on réfléchir en termes d’imitation dans la logique humaine, de ce qui inspire et donne envie “de faire comme les autres” parce que c’est “bien” ou “in”. A quand le mimétisme structurant?
le 07 janvier 2010 à 10:06:
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le 07 janvier 2010 à 11:12:
@Anne-So, Baptiste : j’aime beaucoup ta question, Anne -Sophie : A quand le mimétisme structurant ?
En fait la question est plutôt : comment être structurant à nos échelles individuelles et locales ? La consommation peut-elle être structurante ?
le 07 janvier 2010 à 11:45:
“Mimétisme structurant”. Formulation heureuse en effet. Aller-retour entre le moi qui ne se construit que par rapport aux autres et le moi inconnu.
Puisque nous sommes semble-t-il d’accord sur les objectifs à court terme (essor d’une offre éthique), à long terme (moins de biens, plus de liens) et sur les moyens à court terme (rendre l’éthique “in”), il reste à envisager les moyens à long terme. A savoir, comment change-t-on de paradigme, ou, pour le dire selon le vocable des objecteurs de croissance, “décolonise-t-on l’imaginaire”.
J’entends par imaginaire des choses aussi abstraites que concrètes (…!) comme la foi dans le progrès technique, le mythe du développement, la nécessité de l’économie (par exemple).
Pour cela il serait intéressant d’étudier d’autres révolutions mentales dans l’Histoire (ce “laboratoire du monde”).
Je pense à la révolution chrétienne en Occident (comment on est passé de la persécution des premiers chrétiens à une Europe chrétienne - 5 siècles quand même…)
Mais surtout à la révolution industrielle qui elle n’a pris qu’un siècle et qui a connu de sacrés résistances (il y avait plus de troupes contre les luddites que contre l’armée napoléonienne…)
Bon, on s’éloigne du sujet. Mais j’ai hâte de lire un ouvrage qui essaiera de faire les comparaisons entre ces précédentes révolutions mentales et celle à venir qui, à mon avis est inéluctable.
Question ouverte.
le 07 janvier 2010 à 17:55:
ça carbure on dirait ! je ne comprends pas tout. Est-ce que vous voulez dire :
- qu’il faut acheter en accord avec ses valeurs,
- rendre désirable la valeur respect,
- et ne pas confondre les verbes être et avoir ?
c’est ça ou je simplifie trop vos propos ?
le 07 janvier 2010 à 23:41:
Pour moi le bio devient un véritable argument de vente ,créant par la même occasion une coquille vide…ou plutot pleine de marketing vert.On badge des mangues bio ensachées dans un plastique non recyclable et hop ca se vend.Le consommateurs avertis écolo sait différencier le bio business et disons le bio écologique,mais pour les autres ” bio” se confond avec équitable ou écologique en continuant l hérésie de manger tout à toute les saisons tant que c est bio…
Moi je fais mon marché favorisant les produits locaux ,frais et naturel.Ainsi je trouve des pommes de terres avec de la terre dessus et des pommes certes moins brillantes mais si bonnes!
le 09 janvier 2010 à 16:19:
Dreadshu @ effectivement pour moi aussi la question n’est pas bio ou pas bio, elle est sur le sens donné à sa consommation. Il n’y a pas de sens à acheter des haricots verts bio poussés au kenya, dans un pays qui aura nécessité de l’eau, expédiés par avion pour la fraicheur et emballés dans des sachets fraicheurs. Je crois que les consommateurs vont de plus en plus s’intéresser à l’histoire du produit, et vouloir que cette histoire soit réellement en phase avec leurs valeurs. Le reportage d’envoyé spécial sur les Jeans ce jeudi mettaient bien en évidence le “salaire de la mort” pour ces ouvriers qui payent de leur vie les traitements à répétitions sur les pièces de jean. Les consommateurs qui étaient devant leur écran n’auront surement pas la même indifférence dans les rayons. C’est l’information qui déclenche une prise de conscience. Chacun a beaucoup de “naiveté” dans son approche de consommateur, certains vont accepter d’en savoir plus et progressivement changer leurs pratiques, d’autres préfèreront ne pas savoir parce que ce n’est pas évident d’être un consommateur aujourd’hui ^^.
le 13 janvier 2010 à 0:19:
@baptiste : idem pour moi. C’est la période de la Renaissance qui l’intéresserait le plus de creuser dans cette révolution des esprits. Un prof d’histoire des paysages nous avait raconté que le moyen trouvé pour faire passer la révolution agricole de l’époque était le background des tableaux religieux !! (avec prés, haies, etc.)
@ Laurence Dreadshu : tout à fait d’accord sur le bio non écologique because emballages et transport. C’est un comble de ne pas pouvoir dire bio=durable à cause de ces dérives.
Sinon, ce que je veux dire, c’est que lorsqu’n est passé à une consommation responsable, qui nécessite de faire attention à l’histoire des produits, on peut tenter de passer à un autre stade, qui me semble plus puissant : favoriser dans ses achats des biens produits par des acteurs qui structurent le territoire (alimentation locale, énergie locale et renouvelable, etc…) et donc qui permettent d’installer les filières qui ne le sont pas assez politiquement. La question est “comment remplacer l’effet structurant que devrait avoir le leadership politique sur le territoire vers un DD, quand il n’existe pas ?”