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 Le mécénat est-il écologique ?
De Emmanuelle • 15 janvier 2010 •
Catégorie: Informer/Partager

Ce titre, quelque peu provocateur, reprend un thème abordé dans le livre “Le mécénat, valeur actuelle” de Nicolas Simon et Marianne Eshet1, et repris dans l’entretien accordé par Bénédicte Menanteau, nouvelle déléguée générale d’ADMICAL (Association pour le Développement du Mécénat Industriel et Commercial), à entreprises&mécénat2, la revue de cette association.

Etymologiquement, l’écologie est “la science de l’habitat”, la science des milieux. Selon la définition du scientifique Roger Dajoz dans son “Précis d’écologie”3, l’écologie étudie les relations des êtres vivants dans leur environnement.

C’est ce que fait le mécénat : connecter l’entreprise directement à son environnement, dans une relation réciproque.

L’environnement en question est d’abord interne car une démarche de mécénat, pour qu’elle fasse pleinement partie de la vie de l’entreprise, doit être validée par l’équipe de direction et  comprise par les salariés. Dans le meilleur des cas, d’abord impulsée par la Direction, dans le cadre d’une stratégie d’entreprise, elle est portée par les salariés qui proposent de nouveaux projets, présentent des associations… En retour, les salariés intègrent mieux les valeurs que l’entreprise souhaite porter. Une démarche de mécénat bien construite peut constituer un outil  précieux de cohésion interne (cf. étude d’ADMICAL - Mars 2009 - “Quel impact de la crise sur le mécénat ?”).

La connexion se fait aussi avec l’environnement externe, avec différents niveaux :

  • économique : en effet, avec un mécénat collectif par exemple, comme celui que réalise la fondation d’entreprises Mécène et Loire, ce sont plusieurs chefs d’entreprise qui travaillent ensemble, étudient des dossiers, rencontrent les associations, pour dynamiser un territoire dans les domaines de la culture, de la solidarité, du sport, du patrimoine, de la science et de l’environnement.
  • sociétal : selon la dernière étude d’ADMICAL “Quel impact de la crise sur le mécénat ?”, les mécènes font évoluer leur budget vers des actions de solidarité, plus que culturelles. En effet, ils prennent en compte les préoccupations de la société et les problématiques des salariés, qui sont aussi des citoyens, dans cette période de crise économique, et se tournent plus vers des projets liés à l’insertion professionnelle, la formation de jeunes en difficulté, l’aide aux personnes dépendantes, etc.
  • institutionnel: en participant à des projets d’associations locales, ou nationales, les entreprises envoient un signe fort aux collectivités de leur souhait d’un territoire riche et dynamique à tout niveau, économique, mais aussi culturel, social, environnemental, solidaire. Elles montrent qu’elles se sentent concernées et qu’elles souhaitent également agir, à leur niveau.
  • et, enfin, associatif bien sûr: en nouant des partenariats avec des associations proches de leurs valeurs et de leur domaine de compétences, les entreprises peuvent tout à la fois apporter de nouvelles méthodes et façons de faire, mais aussi en retirer de nouvelles idées. C’est un apport mutuel, en innovation et créativité.

Pour toutes ces interactions entre les entreprises et leur environnement, le mécénat est écologique. Il est le reflet d’une société dans laquelle les différents acteurs sont amenés, et doivent travailler ensemble pour faire bouger les choses, et permettre à tous de se développer et de construire des projets pour avancer.

Quelques bémols…

A tout cela, je mettrai quand même un bémol pour ne pas faire dans l’optimisme béat ou naïf. En effet, aujourd’hui, une autre définition de l’écologie est liée aux préoccupations environnementales au regard du réchauffement climatique ou des activités de l’homme.  On l’intègre ainsi, dans le développement durable, ou  plus spécifiquement à la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). Et certains assimilent volontiers le mécénat à une sorte de  RSE, puisqu’il touche directement aux parties prenantes de l’entreprise, à son “environnement”.

La RSE, selon la définition européenne, correspond à l’intégration volontaire par les entreprises de leur rôle social, environnemental, et économique au coeur de leur stratégie et de leurs opérations commerciales, un point important étant leur interaction avec leurs parties prenantes internes et externes (employés, clients, voisins, ONG, autorités publiques, etc.).

Effectivement, donc, la RSE a trait à l’environnement de l’entreprise, mais elle s’inscrit de façon plus large et plus stratégique dans son activité. L’ORSE (Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises) en identifie sept approches: éthique, environnementale, sociale, citoyenne, liée au développement durable, aux aux parties prenantes, et financière. Si le mécénat peut correspondre à une action de la RSE, dans sa dimension citoyenne, il ne peut en aucun cas se substituer à une démarche RSE qui s’inscrit au coeur même du modèle économique de  l’entreprise, en amont dans la conception de ses produits, comme de ses achats, et en aval dans la valorisation de ses déchets par exemple.

Les enjeux ne sont donc pas les mêmes et, surtout, ne sont pas au même niveau. En ce sens, le mécénat n’a rien d’écologique, mais s’apparente à un souhait de l’entreprise de montrer qu’elle se sent concernée par les problèmes de société, et qu’elle aussi peut agir à son niveau. Cela fait donc partie de la communication, avec tous les risques de greenwashing et de “bonne conscience” que cela peut comporter…

Pour conclure, je reprendrai les études ARPEA (Analyse des Relations et des Partenariats entre Entreprises et Associations), pilotées par le Rameau en décembre 2008, qui montrent que pour 86% des citoyens et 80% des grandes entreprises, les relations entre associations et entreprises semblent être l’un des moyens de construire un modèle de société plus solidaire et durable.

Emmanuelle de Pétigny (Alterm, conseil en mécénat et partenariats durables)

++ Notes ++

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6 Réponses »

  1. Analyse très intéressante ! Surtout l’aspect écosystème balancé par l’aspect comm. On a exactement connu ça pour Home et le mécenat de PPR : Le mécénat a permis au film d’exister et a permis au message d’être approprié par différents acteurs (effet ecosystème) Et en contre partie, beaucoup de critiques sur une pub mondiale à moindre frais pour le mécène. Et l’interrogation par rapport au message du film : contradictoire ? greenwashing ? etc.

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  3. En tant que spécialistes des questions environnementales dans l’immobilier,

    avec notre site

    :www.ecocopro.com

    nous signalons que nous travaillons sur la réalisation des Centres Culutelles Internationaux pour la Jeunesse dans les cinq continents en partenariat avec l’ONG “ARTCHILD” qui a conçu avec l’UNESCO un concours international de fresques murales réalisées dans 150 pays.

    Les Centres seront réalisés aux nouvelles normes les plus pointues sur la Haute Qualité Environnementale,le premier étant en cours de discussions dans un des pays du Golfe.

    Voici un bon exemple de mécenat axé sur le développement durable…

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  5. Réflexion très intéressante Emmanuelle. merci
    l’entreprise est en effet un vecteur clé du changement!

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