Ecolo-Info
 E207a mon amour…
De Matyas • 31 janvier 2010 •
Catégorie: Réfléchir/Entreprendre

Je rentre de chez mes parents, une semaine à me ressourcer près de la mer, à vivre au rythme des oiseaux migrateurs (les oies bernaches viennent d’arriver), à circuler en vélo dans les ruelles (microclimat d’hiver siouplai), à bien manger…

Quand j’entends “bien manger”, je pense à la délicieuse nourriture de ma mère qui nous prépare des petits plats qui nous plaisent, toujours très savoureux, souvent original…hum il fait bon traîner dans la cuisine et partager un moment en préparant ensemble le repas. On parle, on rigole, on se confie…la cuisine est finalement un lieu central, où l’on s’y retrouve souvent, où l’on y prépare nos papilles, chose très importante. En effet, les yeux sont, en médecine chinoise, connectés avec l’estomac et la vue de notre nourriture prépare donc notre système digestif à recevoir ce qui s’offre sous nos yeux. De plus, comme l’araignée, notre salive nous permet d’entourer les aliments en les mâchant, pour envoyer des informations au circuit digestif sur ce qui va arriver. Attention les gars, on balance la sauce !

Ensuite, dans “bien manger” je pense à notre chère Claudie qui a sauvé notre île d’une autarcie biologiquement incorrecte en ouvrant, en 2008, le premier magasin bio. Tous les fanas, qui avaient déjà essayé de créer coopérative bio ou AMAP et qui s’étaient cassés le nez, on été ravi de pouvoir avoir, dans un lieu reculé, des produits de qualités. Claudie profite de son mari pour lui faire ramener des produits bio du continent (la côte, c’est le “continent”, pour nous), qui viennent d’agriculteurs locaux. Elle offre également une variété suffisante de produits pour survivre sans aller à Super U (qui à dû se doper aux hormones OGM vu son changement de volume). Pour finir, elle se fait très peu de marge afin de démocratiser le bio et ça franchement, merci Claudie, ça en a convaincu plus d’un/une (y’en a marre des “e” féminin entre parenthèse). Quelques agriculteurs sont en mode d’agriculture raisonée et nous sommes aussi nombreux à aller chez eux car le goût est toujours le garant d’une agriculture sans pesticides.

VIVE L’ÉTIQUETTE !

Tout ça pour vous dire que me voilà à prendre le train pour retrouver la capitale.

Mais Oh surprise, vers 21h, au milieu du trajet, j’ai une dalle de furieux. Je me précipite (après avoir tranché entre mes convictions écolo-mentales et mon appel crampo-stomacal), au bar de la “Campagnie des wagons lits” - qui d’ailleurs on changé de nom je crois, excusez-moi M’sieur François – pour renifler leurs denrées comestibles visibles uniquement sur prescription.

Bonjour, il me reste des sandwichs au poulet, un rissoto de boeuf, un blablabla de blabla“. Vu le mensonge qu’offre la photo (faut pas déconner : le duo de poisson qui fume avec sa sauce beurre blanc qui sort de la casserole je suis perplexe), je demande à voir les plats.

Je regarde, je regarde…heureusement je suis seul au bar (enfin vu les prix, ça m’étonne pas), et me demande ce qui serait le moins mauvais entre du pain au gluten, un croque-Mr avec du fromage fondu bien gras qui se colle à l’intestin, du riz dévitalisé qui décolle les plombages dentaires et une salade de laitue qui m’a l’air soit flaitrie, soit entamé par un buzhug…

Je regrette les sandwichs aux graines germées de ma maman, tout à coup…

Allez, ne laisse pas ta bonne conscience écolo te pervertir, tu n’as rien mangé depuis ce matin, tu as faim et tu n’en mourras pas. J’opte donc pour le sandwich au poulet rôti. Je sens déjà mon estomac qui se détend et je regagne ma place - avec un petit thé avec, “bio”, m’a-t-on précisé.

J’ausculte mon sandwich : graine de lin et tournesol sur le dessus, pain façon à l’ancienne, la garniture est minimale mais semble délicieuse… j’y croque avec amour pendant que mon regard tombe sur le “natural, fair & délicious” qui est inscrit sur mon sachet de thé.

Alors vraiment le monde se souci de la santé? Moi qui mange mon Miam-ô-Fruit tous les matins avec des bonnes graines de lin et tournesol broyées, et qui est à l’affut de l’aliment de qualité cultivé avec amour? Je me dis en mâchant ma bouchée que la SNCF fait vraiment un effort et je mange en toute tranquillité.

Puis soudain, à la moitié de ce sandwich que je trouve finalement un peu trop brioché à mon goût – mais je ne vais pas faire le difficile – je décide de regarder la liste des ingrédients, réflexe que j’ai pris depuis quelques années déjà.

Voici ce qui est écrit, je n’invente rien, je ne rajoute rien, je n’enlève rien :

Ingrédients :

  • Pain brioché (farine de blé, eau, sucre, poudre au beurre – beurre, protéines de lait, perméat de lactosérum -, graines de tournesol, graines de lin, flocons de seigle, levure, gluten de blé, sel, dextrose de blé, correcteurs d’acidité: E341 et E170, émulsifiants: E471 et E472e, colorant: E101, antioxigènes: E300 et E290, épaississant: E 466).
  • Filet de poulet rôti 28% (filet de poulet 25,7%, antioxydants: E325 et E33, protéines de lait et de soja, sel, lactose, gélifiant: E407a, stabilisant : E451, huile de maïs).
  • Sauce 26% (tomate 11%, fromage frais, mayonnaisse allégée en matières grasses – eau, huile de colza, amidon modifié de pomme de terre, jaune d’oeuf, moutarde – eau, graine de moutarde, vinaigre d’alcool, sel, acidifiant : E270, épaississants: E415 et E466, antioxydants: E385, conservateur: E202, colorant : E160aii), ciboulette, sel, gélifiant : gomme wanthane, poivre).
  • Laitue.
  • Beurre.

J’ai mangé tout ça? Heureusement que j’ai la recette, je vais me faire ça demain à manger, mais tout séparé pour voir ce que ça donne! Ceci dit ça rempli bien mon 7,80 € que m’a coûté ce repas.

J’ai beau savoir, ne pas vouloir voir, je suis scot-ché. Et moi qui me suis fait avoir avec les graines de lin… J’ai beau recompter : 18 “E” dans mon sandwich! Can you believe it? Faites le compte vous même! J’ai limite envie d’appeler les autorités là, tout de suite, et de faire un scandale.

QUI N’A PAS LU KOUSMINE ?

Aussitôt je pense à Catherine Kousmine dont son livre dénonçait la qualité des aliments… dans les années 80 déjà! Elle dit: “la somme de nos erreurs alimentaires dépassent notre capacité d’adaptation” Donc tous les gens qui vous disent “vous mangez bio d’accord, mais vous développez pas vos anticorps…” ou, “si tu nourris tes enfants qu’au bio, ils vont jamais pouvoir résister, ils vont être trop fragile” et blablabla…c’est faux!

Kousmine dit encore :vous qui venez de lire ce livre vous “savez” et vous devez maintenant passer le message : il y n’aura bientôt plus de santé parmi les hommes s’ils continuent à dénaturer leur nourriture, il n’y aura, au milieu de cette société, que des îlots de gens bien-portant dont la conscience se sera élevée d’une manière ou d’une autre. Dans les aliments d’aujourd’hui on nous propose la mort mais aussi la vie, à nous de faire le bon choix“.

Quand je regarde le sommet de Copenhague je me demande combien de gens voient l’environnement dans sa globalité et surtout l’importance de la nourriture. Manger n’est-il pas ce qui nourrit nos cellules et pénètrent le plus en profondeur dans notre intimité corporel ? Quand toute une planète devient polluée (oui les fameux 30% de plastique partout et dans tout…), il devient urgent de regarder ce que l’on mange et surtout reconsidérer l’acte de nourrir (agriculteurs, restaurateurs, cuisiniers, commerçants). Enfin, ne rejetons pas toujours la faute sur l’autre, Coluche disait quand je pense qu’il suffirait que les gens arrêtent d’acheter des conneries pour qu’on arrête de les produire”. Sans commentaire.

Nous sommes bel et bien passé d’une société d’équilibre ou la diététique (l’équilibre alimentaire), la gastronomie (l’art de préparer les aliments) et la médecine (la qualité des aliments) étaient en accord dans une seule et même assiette, à une société industrielle qui a les séparée pour mieux dominer les sols, les semences, les territoires indigènes, les pays du sud, la société civile, les cerveaux…bref, le fonctionnement même de notre vie en réalité.

Nous nous sommes égarés dans un modèle post-guerre 45, qui aujourd’hui est bien dépassé. Lorsque j’ai interviewé Coline Serreau pour son prochain film sur ce sujet, elle répond :lorsque notre agriculture aura changée, ce serait le vrai seul début de la démocratie“. Vu le chemin qu’on a a parcourir, il va falloir être convaincant…

Dans “le mangeur hypermoderne”, François Ascher relaie des études qui prouvent que l’homme est psychologiquement perturbé car il ne sait pas, ne voit pas d’où provient sa nourriture. Avant nous cultivions la terre, puis nous avons acheté ou échangé avec ceux qui cultivait la terre…mais aujourd’hui ? On va à l’hyper ou au super du coin!

MORALE DE MON HISTOIRE ?

Que l’on ne s’égare pas, je vous parle donc ici ni de diététique ni de gastronomie mais bel et bien de médecine, de qualité du produit, de façon de voir l’aliment en tant qu’élément vivant et non élément qui va nous “caler l’estomac” ou l’appétit, et nous rassasier sans nous nourrir.

Aujourd’hui je m’inquiète, car l’aliment peut bel et bien, au contraire, affaiblir notre immunité, notre vraie force vitale pour assumer les épreuves et les joies de la vie. Etudiez l’alimentation d’une personne et vous verrez: ce qu’il mange ou boit à une influence directe sur ces comportements, expériences scientifiques à l’appui (Allez, on se coltine “Anticancer” de David Servan-Schreiber).

Donc, pour en venir au fait: quand j’ai regardé l’étiquette de mon sandwich je me suis rendu compte du nombre de produit qui m’était inconnu. N’est-ce pas dramatique? Qui pourrait me renseigner sur les produits suivant: perméat de lactosérum, gluten de blé, dextrose de blé, correcteurs d’acidité, antioxigènes, antioxydants, lactose, gélifiant, stabilisant, mayonnaise allégée en matières grasses, amidon modifié de pomme de terre, gomme wanthane…qui se trouve apparemment dans mon sandwich au poulet rôti ?

Concrètement c’est quoi ? Personnellement, j’ai du mal à en saisir l’utilité car finalement : pourquoi il est pas “juste” composé de pain, de beurre, de laitue, de poulet et de sauce, ce p***** de sandwich ? (Vous avez remarqué que ma liste d’ingrédients tient dans ¼ de phrase).

Autre questionnement qui me vient : finalement ils sont honnête, ils écrivent la réalité de ce qu’ils mettent dans leur sandwich. Mais écrivent-ils réellement toute la chaîne de traitement des aliments ?

Ne faudrait-il pas (question que je vous pose), rajouter “laitue (cultivée avec des engrais ÔmonPétroleAdoré, de l’eau MaisQuelleEstCetteHormoneFemelle?, des pesticides DégageSaleBête, de xKm de transport Co2J’teKif, puis empaqueté à l’emballage plastique HumJaimeQuandOnMeBrule), Beurre végétal (à base d’huile de palme MaisQuelPauvreOrangOutan, de lait de vache ViveLOstéoporose – crée à partir de vaches enfermées en ferme nourrit aux OGM et aux antibio -, d’acide gras trans MaisLaissezMoiTranquille)”, et ainsi de suite pour le poulet, les E-machins et les conservateurs ?

Autant être exaustif jusqu’au bout, ce serait drôle, non ? (N’y voyez absolument aucune ironie…).

LE MOT DE LA FIN

Ma chère Claudie du magasin bio me dit souvent de pas trop me prendre la tête en mangeant car finalement plus tu stress, plus tes boyaux sont contractés et la nourriture passe moins bien. Moralité de l’histoire ? Il m’arrive souvent de manger contre mes convictions et c’est pas un drame, ça permet juste de vous faire un petit billet sur le sujet pour que vous compreniez l’importance de l’aliment dans notre vie si ce n’était pas le cas ;)

En tout cas la prochaine fois c’est sandwich maison pour moi, j’ai la gorge déséchée et pas moyen que je paye pour boire de l’eau…

++ Liens ++

Et mon alimentation dans tout ça? Camille, Ecolo-Info, mai 2008

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Matyas est Reporter-Photographe et Vidéaste. Créateur de la rencontre ethno-écologique LePeupleDuSoleil.com, il vit avec les éleveurs de rennes Sàmis, derniers nomades d'Europe.
Envoyer un email à l'auteur | billets de Matyas

7 Réponses »

  1. C’est la sncf qui va être contente de s’être fait tailler un sandwich par Matyas :).
    Je confirme, excellent le livre de David Servan schreiber à mettre rapidement entre toutes les mains. On comprend que nous avons vraiment tout pour garder notre santé et que l’assiette est un élément indispensable pour préserver son capital, voir le restaurer.
    A voir le succès de mon article sur le blog (c’est un des billets qui a drainer le plus de visites : http://www.aboneobio.com/blog/post/2008/09/24/641-l-alimentation-anti-cancer-selon-david-servan-schreiber), ce sujet intéresse et c’est plutôt bon signe. On va revenir à du bon sens..Quand ? C’est la question..Les plus rapides arriveront peut être à échapper à l’un de ces Pxxxxxx de cancers

  2. Bonjour Matyas,

    Tout à fait d’accord avec toi pour dire que nombre d’aliments modernes ont une liste d’ingrédients à faire peur. Mais, soyons honnête, c’est une solution qui arrange l’acheteur (c’est pas si cher, la saveur est normée, c’est stérile ou presque)… mais surtout le vendeur (ça se conserve), c’est vrai.

    E170 : c’est de la craie, c’est ce qui donne une couleur blanche à ton pain

    E471 et E472e : ce sont des émulsifiants (ça rend onctueux en mêlant eau et graisse) comme la lécithine de soja qu’on achète en magasin bio. Mais bon dans l’agroalimentaire, c’est souvent un mélange moins heureux.

    E101 : ça s’est pour donner une jolie teinte jaune à ton pain. C’est un colorant - et une vitamine - qui peut être extraite de produit naturel (jaune d’œuf) ou… pas.

    E300 : un antioxydant qu’on est nombreux à acheter en hiver : la vitamine C. Ici synthétique sans doute.

    E290 : ben c’est du CO2, le fameux gaz à effet de serre qui est aussi un conservateur.

    E 466 : c’est de la pâte à papier en gros…

    E325 : de l’acide lactique (ou dérivé), comme dans les yaourts ou la sauce soja.

    E33 : de l’acide citrique ou dérivé.

    E407a : des carréghénanes, issues des algues, bretonnes peut-être. c’est un épaississant comme le agar-agar.

    E451 : des phosphates comme dans le jambon ou la lessive. Y’en a plein le guano (caca des oiseaux) mais en général c’est synthétique si ça te rassure :)

    E415 et E466 : du xanthane, une sorte de gomme pas cher produite industriellement par des bactéries à partir de déchets végétaux.

    E385 : appelé aussi EDTA et interdit en Suisse.

    E202 : un dérivé de l’acide sorbique, un composé naturel issu d’un arbre. Un peu comme l’aspirine issue de l’acide sallycillique du bouleau. Évidemment de synthèse maintenant. Ce produit empêche la moisissure (très crainte dans le bio). Essaie de faire moisir un macdo tiens :)

    E160aii : du carotène qui donne les jambes roses.

    Ouf ! Voilà, j’ai fait tous tes “E”.

    Comme tu le vois, la plupart sont issus de produits naturels au départ, synthétisés maintenant ou produits par des procédés naturels industriels.

    Certains, qu’ils soient naturels ou synthétiques, sont suspectés de ne pas être très bon pour la santé, depuis les algues qui font péter jusqu’à l’EDTA suspecté d’induire des cancers.

    Comme quoi, tout est chimique et ce n’est pas parce que ça commence par un “E” que c’est mal, ce n’est pas parce que c’est naturel que c’est sans danger ;)

    Ce qui fait le poison, c’est la dose pas sa nature.

    L’important, c’est que les chercheurs puissent travailler et avertir des dangers sans la pression de lobbies, et qu’on respecte un minimum de principes de précaution.

    M’enfin, j’avoue que pour moi, le premier principe de précaution c’est de limiter au plus possible les adjuvants pour ne pas obtenir un cocktail aux effets inconnus (comme cela se passe déjà dans nos stations d’épuration).

    En tout cas, bravo d’avoir eu le courage de recopier cette étiquette et de nous en faire part, vivement que tu t’attaques aux chewing-gum ! ;)

  3. ahaha !! Vive les chewing-gum !
    MERCI Olivier pour ta recherche, c’est génial, comme ça j’y vois plus clair :)

    C’est vrai que si certains sont d’origine naturels dans les “E”, ce qui est plus difficile est la reconnaissance. Il faut avoir sa liste sur soi…et ça participe à cette non-transparence dans l’agro-alimentaire.

    @Laurence, DSS c’est top. J’ai l’impression qu’une vraie compréhension se fait aujourd’hui sur l’alimentation. En tout cas autour de moi je me sens moins un OVNI.

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  5. Olivier > merci pour le détail des “E” ! flippant :(

  6. Merci pour ton article! Voile le marteau de la logique économique industrielle qui écrase tout!…. Cela me fait penser à l’article que je viens de rédiger pour EcoloInfo (un peu plus sous l’aspect économique): http://ecoloinfo.com/2010/01/20/notre-societe-d%e2%80%99abondance-impacts-economiques-et-ecologiques/

  7. @Esra : ne nada !

    @David : J’ai lu ton article, il est génial ;)

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