Manon Delachenal est partie en novembre 2008 dans le cadre de l’association Odysseo2 à la recherche de “projets CO2″ - des projets permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre (projets Kyoto) tout en améliorant les conditions de vie des populations environnantes. Ces projets peuvent être de différentes natures: énergie renouvelable, efficacité énergétique, reforestation, déchets, etc… En novembre dernier, Manon nous offrait un article passionnant sur la question des déchets à Bali. Cette fois-ci, elle nous éclaire sur une solution technologique développée par la société Prakti qui permet de réduire la pollution intérieure des maisons et les dangers liés à l’usage de four utilisant de la biomasse. Un beau projet réellement novateur et inspirant!
Dans le contexte actuel du réchauffement climatique, l’Inde est pointé du doigt. En pleine croissance économique et démographique, 5ème pollueur de la planète, l’Inde sait qu’elle sera bientôt un des pays les plus émetteurs de CO2, rejoignant ainsi la Chine, aujourd’hui le pays occupant la plus haute marche de ce triste podium.

Pourtant, la répartition des émissions est très déséquilibrée, car l’empreinte carbone d’un indien reste très faible comparée à la moyenne des pays industrialisés. En effet, en moyenne un indien génère 1,3 tonnes de CO2 par an – en prenant en compte bien sûr la grande disparité dans la répartition des richesses - alors qu’un français en génère 6,2 et un américain près de 19 tonnes de CO2 par an (Selon le CDIAC - Carbon Dioxyde Analysis Centre)
Mais une chose est sûre: la demande en énergie a augmenté de manière considérable depuis 1990 et cette situation va se poursuivre de manière inexorable. L’EIA, Energy Information Administration, estime en effet que la demande en énergie va plus que doubler d’ici à 2030 en subissant une hausse d’environ 3,6% par an.
Cependant, des technologies simples, efficaces, peu onéreuses et adaptées localement permettent d’agir de manière concrète sur la consommation d’énergie, et indirectement sur les émissions de CO2. Elles permettent aussi de réduire la déforestation, la pollution intérieure des foyers et d’apporter de véritables bénéfices sociaux dans des régions ayant un accès très limité à l’énergie.
“Transformer des technologies appropriées en produits viables”
C’est dans ce cadre que se positionne une jeune entreprise, Prakti Design, implantée à Pondichéry, sur la côte sud-est de l’Inde. Composée d’une équipe franco-indienne dynamique et motivée d’une dizaine de personnes, Prakti affiche une politique éthique de “marque blanche”. Ce terme désigne le principe commercial de mise à disposition de produits sans citer la marque ni l’origine du designer, qui permet aux ONG commercialisant le produit de mettre en avant leur propre action.
“Transformer des technologies appropriées en produits viables”: c’est à travers ce leitmotiv que Prakti entend concevoir et commercialiser des technologies pratiques, durables, de qualité, à un coût raisonnable. L’entreprise souhaite coller au plus près de la réalité en adaptant ses solutions à la situation locale. Les produits fabriqués par Prakti s’adressent donc à des personnes percevant de très faibles revenus, désignés par le terme BOP – Bottom of the pyramid**, avec néanmoins des besoins significatifs en énergie. Sa philosophie se rapprochant bien plus de celle d’une ONG que d’une entreprise à la recherche du maximum de profits, Prakti cherche à œuvrer en priorité pour la diffusion massive de ses technologies afin d’en faire bénéficier le plus grand nombre.

L’entreprise s’est donc entourée de distributeurs affichant les mêmes objectifs et d’ONGs, présentes sur le terrain et qui, déjà engagées sur les thématiques du changement climatique, de la santé, de l’amélioration des conditions de vie, ont pu identifier les besoins précis des populations locales.
Travail sur la pollution intérieure des maisons
Depuis 2006, l’un des objectifs des ingénieurs de Prakti a été de réduire la pollution intérieure des maisons. Plus de 70% de la population indienne cuisine avec des foyers à partir de biomasse (bois, déchets de noix de coco, noix de bétel, ou divers résidus agricoles…). Ceux-ci sont souvent très inefficaces et dangereux pour la santé. 1,6 millions de personnes meurent en effet chaque année à cause de problèmes respiratoires provoqués par de l’inhalation de fumée, dont la plupart sont des femmes et des enfants (Source: Indoor Air Pollution and Health, Fact sheet N°292-June 2005, World Health Program).
L’activité de Prakti s’est donc principalement focalisée sur des fours à foyer amélioré, qui permettent de réduire la consommation de combustible lors de son utilisation par rapport à des fours traditionnels. En effet, le four traditionnel correspond généralement au foyer “3 pierres”. C’est le modèle le plus basique et le moins onéreux, puisqu’il ne nécessite que 3 pierres de tailles homogènes, sur lesquelles peuvent être disposés les plats de cuisson. Face à cette technique traditionnelle, les foyers proposés par Prakti sont basés sur la technologie du “rocket stove“, offrant une utilisation efficiente de la chaleur, qui permet de réduire la consommation de bois, la fumée et la pollution en milieu intérieur.
A force de persévérance, de tests, de feedback, d’observations sur le terrain, deux fours, le LEO et le MOBY, sont actuellement au stade de commercialisation tandis que deux autres sont encore en phase de développement.
Principes de fonctionnement
Le LEO est un four destiné aux familles habitant dans les zones rurales qui utilisent déjà le bois pour leur cuisson. Il existe en 3 versions: avec une seule plaque de cuisson, avec deux plaques, et avec une cheminée intégrée d’évacuation de la fumée. La consommation de bois peut être réduite jusqu’à 40% par rapport à une utilisation sans four.

Le MOBY quant à lui est un four dit “institutionnel”, avec une capacité beaucoup plus importante, et une technologie différente. Il est destiné aux collectivités, telles les restaurants, les écoles, les hôpitaux, les hôtels, etc. Il offre une capacité de cuisson (au choix 30, 65 ou 95 litres) beaucoup plus importante que le LEO (uniquement destinées aux familles). L’économie de bois de cuisson peut atteindre 80% comparée au foyer traditionnel de cuisson.
Prakti a récemment lancé la distribution de ses foyers améliorés dans l’état du Karnataka et du Tamil Nadu, au sud de l’Inde.
Pour promouvoir les cuisinières, l’ONG partenaire se rend dans les villages et exécute, pendant quelques heures, une campagne d’information et de sensibilisation. Les agents chargés de convaincre la population utilisent un jeu montrant les avantages fournis par le four avec de simples dessins. Des artistes locaux jouent également une petite pièce de théâtre mettant en scène un couple, dont le mari n’arrivera à satisfaire son épouse que lorsqu’il ramènera un four efficace et économe en bois à son domicile. Le message est simple mais efficace, et l’assistance, essentiellement féminine, est attentive et intéressée par cette alternative à leurs foyers traditionnels.

Le rôle de la finance carbone
C’est dans ce contexte que la finance carbone peut jouer un rôle primordial. Chaque foyer permet en effet d’économiser jusqu’à 1 tonne de CO2 par an: les crédits carbone ainsi générés permettraient en retour de réduire le prix initial des foyers, les rendant alors encore plus accessibles aux plus basses couches sociales.

En effet, les feedbacks obtenus sont unanimes: les usagers apprécient leur four. Il est effectivement efficace en termes de consommation de combustible, et de fumée, mais le prix de 12 Euros environ reste encore un élément limitant pour une diffusion plus massive. C’est pourquoi l’obtention des crédits carbone apporterait une réelle valeur ajoutée en réduisant le prix de production en usine et par conséquent le prix de vente.
Jamais à court d’idées, Prakti réfléchit également à l’adaptation d’un système de micro-crédit, qui permettrait aux personnes à très faibles revenus de se procurer un foyer amélioré. Il est nécessaire que le crédit offre de la flexibilité dans le remboursement, notamment à cause des saisons agricoles.
Une diffusion à large échelle de ces fours est donc possible et permettrait d’améliorer les conditions de vie de millions d’indiens. A condition bien sûr, de trouver le financement pour développer le concept et en assurer la distribution. A bon entendeur!

**Bottom of the Pyramid – Bas de la pyramide, désigne le groupe comprenant le plus grand nombre de personnes mais aussi les plus pauvres dans les pays en développement, qui se situent en bas de l’échelle sociale. Généralement, on considère que cette catégorie vit avec moins de 2$ par jour.

Diffusion de fours économes en énergie en Inde: un potentiel énorme de réductions de CO2





















le 03 février 2010 à 22:28:
Merci Manon pour cet article qui montre une démarche pratique qui, si elle se démultiplie, aura un très bel impact au niveau des émissions, mais aussi de la santé des personnes qui les utilisent.
Shabnam
le 09 mars 2010 à 17:26:
bonjour!
je suis intéressé par ce projet, je voudrais savoie si une association se trouvant au Gabon en Afrique centrale peut fénéficier de cette expérimentation!
je vous remercie