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 En Inde, l’équipe de DynamoS’Olidaire transforme ses kilomètres pédalés en aide aux plus pauvres
De Redacteur Invite • 07 février 2010 •
Catégorie: Respirer/Voyager

L’équipe de DynamoS’Olidaire parcourt 10 000 km à vélo à travers l’Eurasie pour mettre en lumière des initiatives locales de développement. L’association est composée de 3 jeunes orléanais dont le projet s’articule autour de deux thèmes majeurs: la dynamo, puisque qu’ils voyagent à vélo de France jusqu’en Inde pour mettre en lumière des initiatives locales de développement respectueuses de l’environnement; la solidarité, car en Inde ils participent concrètement à l’une de ces initiatives. Ils apportent également un soutien financier par la vente des kilomètres pédalés. Dans leur dernier article, ils nous parlaient de leur passage en Chine, entre Yacks et cultivateurs de Bananes. Aujourd’hui, ils nous parlent de l’initiative locale de développement à laquelle ils ont participé en Inde.

Passé Raipur, nous roulons plein Sud direction Bangalore où nous attendent les militants de Fedina, association axée sur la lutte pour les droits des plus pauvres, notamment le droit des travailleurs. Sur la route, l’Inde apparaît avec un visage plus développé: bâtiments à plusieurs étages, routes en meilleure état, cuisine au gaz, collecte des déchets plus ou moins effectuée. Un soir, alors que nous sommes invités à une fête d’anniversaire, nous discutons avec quelques jeunes, tous diplômés, de bonnes familles. Ils nous écoutent très attentivement leur raconter comment ça se passe chez nous de l’adolescence au mariage, une liberté qui semble aussi les faire rêver. A 25 ans, aucun d’entre eux n’a jamais eu de copine et leur famille choisira pour eux leur future femme… La scène se passe autour d’une bouteille de whisky immonde, ils se cachent derrière un 4×4 pour ne pas que leurs parents les voient boire de l’alcool. Les traditions restent très ancrées dans les esprits des indiens…

Les villages sont plus développés, les immeubles ont plusieurs étage et il y a un grand choix de magasin. Mais l’ambiance reste identique: le bordel !

Après une pause de deux semaines à Bangalore, nous arrivons mardi 6 janvier dans les bureaux de TRD (Trust Rural Development) qui met en place le projet financé par la vente de nos kilomètres pédalés. Nous donnons nos derniers coups de pédales avec une quinzaine de jeunes indiens. Nous passons le porche de la ferme de démonstration de l’organisation. Ursula, la directrice et deux de ses collègues nous accueillent par un rituel “spécial grand voyageur”: après nous avoir passé des colliers aux milles roses autour du coup, elles agitent devant nous une assiette remplie d’eau et d’épices, trempent leur doigt dans la mixture et dessinent un pont sur notre front. “Welcome to our organisation, hope to learn a lot from each other and share our experiences.” (Bienvenue chez nous, nous espérons apprendre beaucoup de vous et partager nos expériences)

Depuis un peu plus d’une semaine, nous sommes accueillis par toute l’équipe de TRD. Le projet financé par la vente des km pédalés par dynamoS’olidaire vise à “renforcer l’autonomie des petits producteurs à travers l’agriculture biologique“, visant à terme à aider 200 familles du Tamil Nadu. Visite du champ de démonstration, rencontre des paysans du programme, participation aux ateliers de formation, traite de la vache, levé au chant du coq… Les kilomètres vendus prennent forme devant nous!

Fedina : tout le staf de Fedina devant leurs locaux. A droite, Duarte, directeur de Fedina

Le travail de Fedina

Le véritable problème en Inde n’est pas tant l’absence de lois, mais plutôt qu’elles ne sont pas bien appliquées” explique Duarte Barreto, directeur de Fedina, un groupement de 29 associations présentes dans 5 états de l’Inde du Sud. Bien des lois “vertueuses” ont ainsi été votées: l’abolition du système de castes en 1952, l’interdiction du travail des enfants en 1953, la loi contre la violence domestique en 2005… Les cas de non applications de ces lois sont très fréquents. Un exemple parmi d’autres? Le “Social Well-Fare Act” voté en 2001, accorde une pension pour tout travailleur retraité. Pourtant, ce vieil homme de 85 ans du slum de Raji Gudda à Bangalore ne reçoit pas ses 400 roupies promis par la loi. Il continue de vendre des bibelots en plastiques récupérés dans des décharges. “Ces gens là acceptent l’inacceptable car ils ne sont pas éduqués, ne lisent pas les journaux et donc ne peuvent avoir connaissance de la loi. Ils ne sont pas conscients de leurs droits“, explique Duarte.

C’est là que Fédina intervient: rencontres, conseils, formations, soutien juridique: l’organisation les accompagne dans leur démarche jusqu’à obtenir leurs droits. A force de combats, les lois seront mieux appliquées. Alors, une grande étape en faveur du développement aura été franchie.

Paysages de l’Inde du Sud Tamil Nadu

Travail dans les carrières

Il est 10 heures du matin et il fait déjà très chaud dans la carrière. On entend les cliquetis des masses s’écrasant sur les rochers. Tout le monde s’affaire: une femme tape sur des blocs de pierre pour les transformer en petits cailloux, des hommes finissent de scinder une dale en deux à l’aide de piton tandis que d’autres placent un bâton de dynamite dans un trou. Ici, ce sont les femmes qui dirigent. Ursula nous explique “il y a 10 ans, je suis allé voir ces villageoises du village de Togamalaï et les ai convaincu de se regrouper pour acquérir un terrain via un contrat de leasing.” Son objectif était double: participer à l’émancipation des femmes de la région et améliorer les conditions de ce travail particulièrement rude. Au début, ce n’était pas facile, les hommes ne voulant pas être les subordonnés des femmes et les autres directeurs de carrières voyant ce projet d’un très mauvais œil. “J’ai même reçu des menaces de mort” dit Ursula. Aujourd’hui, la carrière se porte très bien et attirent de plus en plus de travailleurs. Une seule condition: ils doivent s’engager à envoyer leurs enfants à l’école.

Son principe de fonctionnement est des plus simples et permet à chacun une certaine autonomie: les travailleurs sont regroupés en couple ou en famille. Une parcelle à casser leur est attribuée et ils sont payés au prorata du nombre de pierres vendues. “Ainsi, s’il ne peuvent pas venir pour maladie ou autres raisons, personne ne peut avoir à redire“, explique Ursula. “Un métier qui reste très dur mais beaucoup plus humain” explique une femme pour résumer.

Les conditions de travail restent difficile même dans cette carrière, mais ici c’est humain.

A l’école du bio, TRD donne aux fermiers la clef des champs.

Le groupe d’hommes se préparent studieusement tout près du temple de Chinna Puthur, Ursula et son mari, Nathran leur distribuent des pochettes plastiques. Cette vingtaine de paysans fait partie du premier groupe qui participe à la formation Farmer Field School* (FFS) donnée par TRD et financée par la vente des kilomètres pédalés de dynamoS’olidaire. Ils s’en vont dans la rizière d’un d’entre eux ramasser des échantillons. Velu Chamy, le propriétaire du champ, teste sur une de ses parcelles la culture du riz bio, sans pesticides. Constitué en groupes de trois ou quatre, ils ramassent les insectes, collecte des épis. Ils dessinent ensuite leurs observations sur de grandes feuilles de papier, et les analysent ensemble sous l’œil expert de Nathran, il a déjà écrit plusieurs ouvrages sur le sujet.

Nous visitons ensuite le champ de Ranjar, également membre du groupe FFS. Ses 3 acres de terre lui rapportent d’ordinaire 15000 roupies par an. L’année dernière, après que Ursula lui ai parlé du projet de Frères des Homes de financer des formations à l’agriculture biologique, il décide de se lancer. Il est aujourd’hui le leader du groupe de Chinna Puthur. Il prend un gros risque en convertissant 50% de ses cultures au bio. Ses coûts de production devraient baisser, puisqu’il n’a plus à acheter d’intrants chimiques, et il espère que ses terres vont retrouver leur fertilité, perdue après 20 ans d’utilisation de produits chimique. Il se donne 5 ans pour voir s’il peut se convertir complètement au bio. Même s’il semble tous constater une baisse de la fertilité de leurs sols, cela prendra du temps pour convaincre les paysans de la région de se convertir au bio.

*Farmer field school, école pour fermiers

Formation ffs : récoltes d’échantillons sur le terrain, mise en commun des observations. Nathran le mari d’Ursula, expert en agriculture biologique, forme les villageois.

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2 Réponses »

  1. BRAVO !

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